LA VIE ÉCONOMIQUE :W
pas prévenir absolument ces accidents ; mais on peut se préserver de la ruine qui en serait la conséquence en aHectant une certaine somme h s'assurer, en cas de sinistre, une indemnité compensatoire. On fait de même pour les pertes résultant, du non remhoursement de ses créances. Et l'intérêt, qui est à la fois la représentation de la privation de jouissances à laquelle on consent et la rémunération du service rendu à l'emprunteur, est, en réalité, une assurance. Quoi de plus raisonnable? Si, à prêter son argent, on n'avait que des risques à courir, sans aucune perspective d'avantages, personne ne consentirait à un marcbé de dupe, et les emprunteurs trouveraient fermées toutes les portes.
11 n'est point exact, d'ailleurs, que le prêt d'argent diffère totalement des prêts en nature, loyer des terresou des maisons, avances de semences ou de fumier, ou livi-aison temporaire de bestiaux ou d'outils. Quand on emprunte de l'argent, ce n'est pas pour le conserver inutile dans sa caisse ; c'est pour le convertir en instruments de travail, en semences, en machines, en 1er, en bois, en laine, en coton, matières premières de l'industrie que l'on exerce ; et par conséquent ce sont, en réalité, ces choses que, sens l'apparence de l'argent, l'on emprunte.
« L'argent est stérile, » disait le célèbre philosophe Ai-istote. Il est stérile, comme toute chose, quand on ne sait pas l'utiliser. Il ne l'est pas quand on lui donne un emploi utile et fécond. Ce grand Aristote, a écrit l'Anglais Bentham, avait bien su voir que des pièces de monnaie, quelles qu'elles soient, ne font pas de petits. Il avait oublié de remarquer qu'avec ces pièces de monnaie qui ne font pas de petits, on lîeut se procurer des brebis et des béliers qui en font, du grain qui en produit au centuple, une maison que l'on loue ; en sorte que, en rendant au prêteur, au terme convenu, en outre de la somme prêtée, une partie du profit que l'on en a tiré, on se trouve encore plus riche que si l'on n'avait pas emprunté et payé un intérêt.
Il reste vrai, et il sera toujours vrai qu'il y a des emprunteurs maladroits, malhonnêtes aussi bien souvent, qui, ne songeant guère à l'obligation de réaliser l'engagement .qu'ils contractent, consenteni à leurs prêteurs des conditions déraisonnables, et des prêteurs, comme M. Harpagon, qui abusent effrontément de la crédulité ou des besoins de leurs clients. Mais entre personnes majeures et opérant en pleine connaissance de cause, le véritable intérêt, dépendant des circonstances, est nécessairement variable. Il peut y avoir plus d'avantage pour l'emprunteur à payer 8"lo, s'il en gagne 1-5, qu'à n'en payer que