‹ La vie économique, questions essentiellesChapitre 14 sur 45 · SALAIRE · texte numérisé non relu

SALAIRE

'.\ s'il n'en f,'Mjriu' ([iie 4 ou r>. Plus dv thiw^cv aussi et peut-être plus lie mérite, pour le prèfeur, à prêter à 10"/,,. pour tenter une expérience, dont le succès fera la fortune de celui qui la riscjue, ([u'à prêter à 5 "/o avec une absolue sécurité.

D'où il résulte, comme en toute autre matière, que ce qui importe — et l'on pourrait presque dire la seule chose (jui iuïporte — c'est la loyauté et. par conséquent, la liberté du contrat de prêt. On fait très bien de punir connue usuriers — il serait plus juste dédire comme escrocs — les gens qui, par des manœuvres dolosives, en abusant de la crédiilité de leurs dupes, ou en favorisant les désordres de la jeunesse inexpérimentée, consomment à leur profit la ruine de ceux qui s'adressent à eux. On a tort de flétrir de ce nom d'usurier et de punir comme des criminels les gens (jui se bornent à demander, avant de risquer leur argent, les garanties que comportent l'état général des affaires et les conditions particulières du prêt qui leur est demandé. Les restrictions légales à ce genre de contrat ne font que le rendre plus difficile et plusonéreux pourles emprunteurs besogneux, qui, se voyant fermer la porte des honnêtes gens, sont réduits à s'adresser à ceux qui ne craignent point de risquer la prison ou l'infamie, mais les font payer. Ce qui a fait dire à Montesquieu, à Turgot, à Bastiat et à bien d'autres que toute loi contre l'usure est une loi en faveur des usuriers.

IL N Y A QUE TROIS MA.MERES DE t t SUBSISTER DANS UNE SOCIÉTÉ : IL FAUT ÊTRE MENDIANT, VOLEUR OU SALARIÉ, t MIRABEAU.

Salaire.

ON connaît l'I dîner, un jo rence, étend

'histoire de ce curé qui, n'ayant pour son jour juaigre, qu'une poularde de bonne appaîtendit gaîment la main sur la bête en disant : <( Je te baptise carpe, » et, la conscience rassurée par cette opération, se mit tranquillement à dévorer la viande muée en poisson. Nous en faisons tous autant tous les jours et à tout propos. Il nous suffit de changer le nom des choses ou de le laisser changer par d'autres pour en concevoir aussitôt une opinion différente.

LA Vil': ÉCONOMIQUE 'lO

Rien do plus curieux, en ce genre, que lu déluveur (jui s'attache, pour toute une catégorie de personnes, au mot île salaire, et la honte, la colère ({u'elles paraissent éprouvera l'idée d'être salariées. Qu'est-ce jxiurtanl que le salaire, sinon la rétril)ution donnée, par celui (jui reçoit un service, à celui qui le lui rend? Et celait (Uj reconnaître, par un équivalent, le service reçu, n'est-il pas la chose du monde la plus naturelle, la plus universelle aussi':' C.ar nous ne vivons que de services réciproquement échangés. Quand un homme est payé par moi pour un service, nesuis-jcpas payé par lui i)ar le service qu'il me rend?

Un architecte, un huissier, un expert, se déplacent pour constater ou apprécier des faits qui m'intéressent. Je leur paie une vacation. Un médecin vient me voir et me prescrit un remède; c'est tant pour sa visite. Un avocat étudie et plaide une affaire, et l'avoué « occupe » pour moi ; je dois à l'un des frais, et à l'autre, comme au médecin, des honoraires.

Un fonctionnaire touche un traitement, un ministre ou un ambassadeur des émoluments ou des frais de représentation; un chef d'Etat a une liste civile ; un acteur reçoit des feux, un professeur un cachet, un écrivain des droits d'auteur, etc. C'est toujours la même chose : un service pour un service, une peine pour une peine, une indemnité ou une rétribution, en compensation d'un avantage. Toute peine, dit le proverbe, mérite salaire. Et ce qui est à souhaiter, ce n'est pas de pouvoir se dispenser d'être salarié; c'est de pouvoir toujours recevoir le salaire auquel on a droit et payer celui dont on est redevable.

Je vais plus loin. Même les services que l'on appelle gratuits, alors qu'ils sont libres et non pas imposés — ce qui en ferait une spoliation — les travaux scientifiques ou littéraires, entrepris à titre désintéressé, par amour de l'art, de la science, de la morale; les fondations charitables, le temps donné à l'assistance matéi-ielle de nos semblables, au soin des malades, à l'éducation des enfants, au soulagement des misères de toutes sortes, toutes ces choses, qui se traduisent en sacrifices, en démarches, en dépenses, si elles sont réellement volontaires et sincères, sont j^ayés par le sentiment du devoir accompli, du résultat espéré, du bien que l'on croit faire, et par la satisfaction de la conscience. Salaire vain pour ceux qui n'en comprennent pas la valeur ; salaire réel pour ceux qui l'apprécient, puisqu'il suffit pour les indemniser de ce que leur coûte leur dévouement. Salaire partout, partout légitime, partout respectable, partout juste lorsque ni la force ni la fraude n'interviennent pour en fausser la valeur et le mérite en le restrei-

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