LE CREDIT
Fullou l'appliquant a la iiavin-alion : Slepliensoii iinaginaut sa machine voyageuse, tieslinée à devenir, entre les mains de ses successeurs, le puissant enijin qui relie les ré}j[ions et leurs haiùtants, et. suivant le mot de (iladston, « l'une des grandes navettes de la trame de l'unité humaine ^ » Leurs inventions sont admirables. Nous le savons bien aujourd'hui. Mais, au moment où ils les ont coniques, elles paraissent si merveilleuses que personne n'y veut croire ; et c'est par la raillerie et l'incréilulité que les savants eux-mêmes les accueillent. Ils sont d'ailleurs dépourvus île ressources pour tenter utilement la réalisation de leurs hardis projets. Ils auront travaillé en vain comme avait travaillé avant eux. parmi d'autres, le pauvre Denis l'apin, voyant briser, sur la f ulda. par les bateliers du Weser, son premier bateau à feu. Des hommes plus intelligents ou plus généreux que d'autres se rencontrent. C'est Mathieu Boulton, mettant à la disposition de Watt ses capitaux et ses usines ; ce sont les Pease faisant confier à Stephenson la contruction d'un chemin de fer, et lui fournissant les moyens de construire lui-même, dans ses ateliers, ces appareils que ne comprennent pas encore ses contemporains ; c'est le Chancelier Améi'icain Livingstone qui. après de longs déboires et de cruels mécomptes, met enfin Fulton à même de lancer, sur l'Hudson, son Clennont, baptisé encore par les gens pratiques du nom de « Folie Fulton >\
Ces bienfaiteurs de l'industrie nouvelle qui va révolutionner le monde n'ont pas, eux non plus, ajouté, au moment où ils ont fait crédit aux inventions méconnues, un dollar ou une livre sterling au capital de leur patrie ou de l'humanité : mais, en mettant à la disposition de leurs grands compatriotes désarmés les ressources qui leur faisaient défaut, ils ont provoqué l'éclosion de cette série d'inventions et de progrès, et fait les plus admirables semailles de travail productif et de richesse.
Tel est, sous quelque forme qu'il se produise et à quelque œuvre qu'il s'applique, le rôle du crédit. Telles en sont à la fois la grandeur et les limites. £t il importe, en reconnaissant les services qu'il peut rendre, de ne point en exagéi-er la portée et de ne point lui demander, au risque des plus cruels mécomptes, ce qu'il est incapable de donner.
De grands travaux considérés, à tort ou à raison, comme d'utilité lîublique. paraissent nécessaires. Mais, pour les