‹ La vie économique, questions essentiellesChapitre 24 sur 45 · FREE TRADE, THE GREAT PEAGE MAKER · texte numérisé non relu

FREE TRADE, THE GREAT PEAGE MAKER

LES CHOSES ONT DEUX FACES SELON QU ON LES REGARDE DU CÔTÉ DU PASSÉ OU DU CÔTÉ DEL'AVENm; DU CÔTÉ DU TRAVAIL qu'elles ONT COÛTÉ OU DU CÔTÉ DE + i" l'eMPLOI QUI VA EN ÊTRE FAIT, t i- ir

Matières premières.

^\ /;27 PERPLEXE, Député. — Quel embarras bon Dieu !

llVrl et qu'il est difficile de savoir ce qu'il faut faire pour

O servir les intérêts du pays et pour satisfaire ses

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électeurs ! Je sors de la Commission des Douanes ; c'est notre cinquième séance, et chaque fois nous y passons trois grandes heures à discuter sur la façon dont nous devons traiter les marchandises étrangères. Aujourd'hui, il s'agissait des matières premières. Faut-il les laisser entrer librement comme destinées à alimenter le travail national ? Faut-il les taxer comme faisant plus ou moins directement concurrence à

«:> MATIKHES PIŒMIEHKS

ce travail national ? Kl tl'aboi'd (|u't'sl-co c'est (pie les matières preinières? .M. liu Fuseau, (jui est lilateur, i)réteii(I (|ne les filés anglais ou belges sont des produits tai)ri<|ués, contre l'invasion desfjuels il u besoin d'être itrolégé. M. Bernard, (jui est fabricant de toiles, soutient (jue ce sont des matières premières altsolument indispensables à son industrie, et (fu'il est injuste de l'inipèclier de se les i)rocurer au meilleur prix. M. Jourdain, qui a obtenu une médaille il'or et la croix à l'Exposition pour ses draps, atlirme ((u'il ne [)eut se passer des laines de Saxe ou d'Australie; et (jue les laines de France, sans l'appoint d'un mélange avec ces laines exofi(jues, ne peuvent suffire pour la confection de ses beaux produits. M. Le Berger, qui est (ier de ses troupeaux de moutons, lui répond (ju'il méconnaît les mérites de l'oviculture frant^aise ; (jue ses laines sont un produit tont comme les draps de son collègue, et que l'on ne saurait les sacrifier aux troupeaux étrangers Et ainsi de suite de métiers en métiers. C'est à en perdre la tête!

M. Serviable. — Bonjour, M. Perplexe. Comment allez-vous aujourd'hui? Vous avez l'air soucieux. Vous est-il arrivé quelque chose de désagréable?

M. Perplexe. — Non pas, non pas ! C'est-à-dire si ; mais ce n'est pas ce que vous pouvez supposer. Et ma foi, tenez, puisque je vous rencontre, c'est comme un fait exjjrès : vous allez me tirer d'embarras. Vous êtes armateur, n'est-ce pas ? Vous avez pour profession de faire alternativement, suivant les circonstances, de l'importation ou de l'exportation, c'est-à-dire d'expédier de France au dehors des marchandises dans d'autres pays, et de faire venir du dehors eu France d'autres marchandises?

M. Serviable. — Parfaitement. Le commerce est un va-etvient. Nous avons besoin des autres et les autres ont besoin dé nous : services pour services et produits contre produits.

M. Perplexe. — Très bien, je vous entends. Et cette réciprocité parait assez raisonnable. C'est même, au dire de certains, l'idéal vers lequel nous devrions tendre : Donnant, donnant ; et chacun laissé juge de ce qui lui convient de vendre ou d'acheter. Mais vous savez que nous n'en sommes pas là; et que la Commission des Douanes, dont je fais partie, n'a pas été instituée pour laisser le champ libre à toutes les fantaisies de l'offre et de la demande. En ce moment, elle est précisément occupée à déterminer ce que l'on doit entendre par matières premières, et à décider à quel régime ces matières premières seront soumises. Or, nous avons beau faire et beau dire, nous ne pouvons pas parvenir à nous entendre.

Vous êtes uu liomine pnilicjiie. x\I. Serviable. Vous n'êtes pas (le ceux qui veulent toujours vendre, ni de ceux <(ui veulent toujours îicheter ; vous laites l'un et l'autre alternativement et même tout ensemble, selon les circonstances, et vous vous en trouvez Men, puisque vous avez fait à ce jeu-là une helle fortune, et (jue vous continuez à y trouver votre compte. Ditesmoi donc un peu ce que vous en pensez. Et d"a])ord qu'est-ce que c'est au juste qu'une matière première, et qu'est-ce que c'est qu'un produit? Vous me direz ensuite connnent vous estimez qu'on les doive traiter l'un et l'autre.

M. Serviahle. — Ma foi, Monsieur, ma réponse va probablement beaucoup vous étonner. Elle scandaliserait la plupart de vos gros bonnets de la Commission des Douanes. Mais, puisque vous y tenez, je vous la donne tout net. Tout, sans exception, est à la fois, suivant les cas, ou plutôt suivant la façon dont on l'envisage, matière première ou produit. Et il n'y a aucun moyen de donner d'une façon définitive à une marchandise quelconque l'une des deux dénominations ou l'autre.

M. Perplexe. — Vous plaisantez, M. Serviable ! Il faut être chair ou poisson ; et il ne suffit pas de changer les noms des choses pour en changer la nature. Je sais bien peut-être, quand j'achète du blé, si c'est pour le manger afin de m'en nourrir demain, ou si c'est pour le semer, afin d'en augmenter la quantité et d'en avoir à vendre l'année prochaine.

M. Serviable. — Précisément, mon cher Monsieur. Et vous ne pouviez mieux démontrer l'incontestable vérité de mon assertion. Qu'est-ce qu'une matière première ? A parler absolument, c'est une chose qui est encore dans son état primitif, qui n'a reçu aucune façon, que la main de l'homme n'a point touchée soit pour la déplacer, en la mettant à la portée de ceux qui en ont besoin, soit pour la façonner, la transformer, la modifier de manière à lui conférer une utilité qu'elle n'avait pas eue jusque-là. Le minerai dans la terre, la houille au fond de la mine qu'aucun tx-avail n'a ouverte encore, et dont l'existence même n'est pas soupçonnée, sont des matières premières. De même le bois ignoré ou inexploitable dans les forêts vierges; le caoutchouc à l'époque où personne n'avait encore la moindre idée des nombreux emplois dont il est susceptible ; les argiles d'où l'on devait tirer l'aluminium, les « terres rares <> dans lesquelles dormait, inconnue, l'incompréhensible puissance du radium ; tout enfin, avant d'avoir été étudié, appréhendé, utilisé, est matière première. Tout est produit aussitôt que, par un travail quelconque, de cette chose inutile, l'homme a fait

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une rli(t>c iilili- ini ctnisideiio (i;ir lui Loimiu- Ifllf. !.«' caoïitchouf est lin |»n>(luit quand il a été récolté, tout coniine le blé ou les fruits de mon jardin. Le minerai de fer est un j)roduit (luaud il a été extrait pour être fondu; le coton, (juand il a été cultivé, récolté, expédié à l'usine qui le mettra en œuvre. Et ainsi de tout sans exceptiou et sans limite, jusqu'au moment de la consommation déltnrfive, qui en fera disparaître, en la réalisant, la possilwlîté d'utilisation. Et il y a là toute une série, parfois courte, parfois indéfiniment prolongée, toute une suite d'états successifs qui font [)asser la même chose de l'état de matière première à produit, de produit à nuitière première, de matière première à produit ^>encore. et ainsi alternativement. Le minerai de fer, jiour reprendre les mêmes exemples, est devenu produit par le travail du mineur ; il est matière première pour le maître de forges qui va en faire de la fonte, du fer ou de l'acier, (leux-ci seront matière première pour le forgeron, pour le coutelier, pour le serrurier, pour l'armurier, qui en feront, selon les cas, des instruments de travail, ou des agents de destruction. Le coton, le lin, le chanvre, la laine sont des produits pour le cultivateur ou pour l'éleveur. Ils sont des matières premières pour le filateur, dont le fil (M. Bernard a raison) produit pour celui-ci, est matière première pour le tisserand ; de même que l'étoffe, produit pour celui-ci, va être matière première pour le tailleur ou la couturière. Prenez tel exemple que vous voudrez, mon cher Monsieur, ce sera toujours la même histoire. Les choses ont deux faces, comme le dieu Janus. suivant qu'on les regarde par devant ou par derrière, du côté du passé et du travail qu'elles ont subi, ou du côté de l'avenir et du travail qu'elles sont destinées à subir, du côté de l'acheteur, ou du côté du vendeur.

M. Perplexe. — C'est très intéressant. M. Serviable. ce que vous me dites ; et je n'y avais jamais réfléchi.

M. Serviable. — Ni la plupart de vos collègues de la Commission des Douanes et du Parlement, mou cher Monsieur. Et savez-vous poui-quoi? C'est que c'est si simple, si évident, quand on veut bien y réfléchir, qu'on n'a jamais cru que cela valtit la peine de s'en occuper.

M. Perplexe — Et qu'est-ce que vous concluez*? Car enfin il faut conclure, puisque nous avons des décisions à prendre et un tarif de douanes à rédiger.

M. Serviable. — Ce qu'il faut conclure, M. Perplexe'? C'est ce que vous ne conclurez pas. Ce qu'il faut faire ? C'est de ne rien faire : de renoncer à sêner le travail national, en gênant

les échanges qui l'alimeiilcnl, de le laisser se hniiiiir dos produits dont il a besoin, et de lui permettre de fournir aux autres, en retour, les produits qui leur font défaut : matières premières ou produits, services contre services, travail contre travail, avantages en retour d'avantages, importations compensées par des ex])ortations, ventes et achats se soldant réciproquement, avec bénéfice pour les deux i)arties. Il ne s'agit, en somme, pour l'une comme pour l'autre, (jne (l'obtenir à meilleur compte ce dont elle a besoin, à charge de réciprocité. La matière première par excellence, au fond, c'est le travail, c'est le temps, « l'étoile dont la vie est faite »; c'est la vie qu'il s'agit d'améliorer en en perfectionnant l'emploi et en en diminuant la dépense.

LES PRODUITS S ECHANGENT CONTRE LES PRODUITS "t -V t' ■!' 1" "t" 'i' "i" 1" "t J.-B. SAY.

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