ET LES SERVICES CONTRE LES SERVICES
La Balance du Commerce.
^\ ^^ SERVIABLE. — Eh ! bien, mon cher Monsieur [vV[r Perplexe, où en êtes-vous dans votre Commission \j O O tles Douanes, et qu'avezvous décidé au sujet des
matières premières ?
M. Perplexe. — Oh! rien encore; nous n'allons pas si vite en besogne. Et, franchement, je vous avoue que je suis toujours bien embarrassé. J'ai bien essayé de faire comprendre à mes collègues que nous ne pouvons pas nous passer des produits des autres nations ; et que charger de droits ce qu'ils appellent des matières premières, c'est enchérir d'autant le travail de nos industriels qui les mettent en oeuvre. Ils me répondent que l'expérience universelle leur donne raison, et que si les produits étrangers, quels qu'ils soient, pouvaient entrer librement chez nous, nous en verrions bientôt sortir notre or et notre argent, nécessaires pour les payer. Déjà, avec notre tarif protecteur, nous n'avons que trop de peine à les conserver ; et la balance du commerce n'est pas toujours tant en notre faveur. M. Serviable. — La balance du commerce, M. Perplexe ? Vous croyez encore à cela?
(j'.l LA UALXNCE DU COMMEHCE
M. l\'rplt:ri'. — .Mais coiimn' huit le iiiiiinlc. Monsieur ! Tout le monde sait l»ien (jue (|uauil un iinporfe plus ({ue l'on exporte on esl en perte ; car enlin, quanti on acJiète, il laut payer; et, pour payer, ilonner sou or ou sou argent. Tandis que, lors([u"on vend, ou est eu gain, l'on reçoit de l'or ou de l'aryent.
M. Sercidlilc. — Vraiuieut? Et coninieut se fait-il alors que fous les pays prospères importent plus (jn'ils n'exportent ; et que la Grande-Bretagne, qui doit sa richesse à sou conunerce, ait tous les ans. depuis bien longtemps déjà, un excédent d'imporlalions de plusieurs milliards et ne se voie pas privée de sa dernière livre sterling et de son dernier shilling?
M. Perplexe — En eiVet, c'est bien extraordinaire ; et je ne me l'explique pas.
M. Serviahle. — C'est bien simple pourtant. C'est (jue, n'en déplaise au mensonge des mots, les produits ne se paient pas eu espèces, mais en produits. Est-ce que, même dans le commerce intérieur, même pour nos atTaires personnelles, nous avons toujours la main à la poche pour solder nos acquisitions? Nous payons en papier, en billets de banque, en chèques, en traites, qui nous évitent le maniement matériel du métal, et ijui nous permettent de faire presque sans déplacement de numéraire des opérations qui représentent des sommes considérables. C'est bien autre chose de pays à pays. Les produits importés sont payés par des produits exportés, et réciproquement.
«. Messieurs, » disait spirituellement un jour, dans une conférence entre Américains et Français, le savant professeur Laboulaye, « il y a ici. dans cette assemblée, un certain nombre de dames américaines qui, après quelque temps de séjour à Paris, se sont aperçu qu'elles n'avaient plus rien à mettre. Elles sont allées visiter nos couturières et nos modistes ; et elles ont fait l'acquisition d'un certain nombre de robes et d'objets de toilette, dans ces prix doux que nous connaissons. Après quoi, elles vous ont dit. à vous. Messieurs leurs maris, de vouloir bien payer.' Et vous avez payé. Mais comment? Aviez-vous apporté de New-York, de Chicago ou de Cincinnati des sacoches pleines de dollars, voire un poi'tefeuille rembourré de bank -notes? Vous avez tiré de votre poche un petit carnet grand comme la moitié de la main; vous en avez détaché une feuille; vous y avez inscrit un chiifre ; vous avez signé, et vous avez remis ce bout de papier aux fournisseurs, qui, sans plus de façon, vous ont donné quittance. C'est que ce papier ils n'avaient qu'à le pré-