LA VIK ECONOMIQUE
senter chez im banquier, chez qui vous aviez un crédit, pour en toucher le montant en billets de banque ou en espèces. Et pourquoi aviez-vous un crédit chez ce banquier ? C'est que vous aviez, en Europe, en France peut-être, en Angleterre, eu Allemagne ou ailleurs, des débiteurs auxquels vous aviez vendu du coton, des jambons, des machines agricoles ou autres choses. C'est avec votre lard, votre coton ou vos machines (jue vous avez payé les emplettes de ces dames; et c'est avec leurs l'obes, leurs bijoux ou leurs colifichets (|ue nous avons payés, par des intermédiaires plus ou moins nombreux, vos marchandises américaines. »
M. Laboulaye avait raison, mon cher Monsieur Perplexe. Et c'est ainsi que, par le monde, de pays en jiays et de ricochet en ricochet, se croisent et se contrebalancent ces grands courants d'échanges qui sont comme la circulation de la vie à travers le globe, et qui seraient autrement considérables si les gouvernements voulaient bien s'abstenir de les contrarier par des obstacles de toutes natures.
M. Perplexe. — Alors, suivant vous, nous avons avantage à importer plus qu'à exporter ?
M. Serviable. — Evidemment. De même que moi, négociant, j'ai intérêt à recevoir plus que je ne donne, et que mon bénéfice, au bout de l'année, est l'excédent de mes entrées sur les sorties ; pourquoi voulez-vous que la nation, qui est l'ensemble des individus, s'enrichisse quand ses membres s'appauvrissent, et s'appauvrisse quand ils s'enrichissent ?
M. Perplexe. — Mais pourtant, mon cher Monsieur, quand je lais une affaire avec mon voisin, si j'y gagne, il faut bien qu'il y perde. Et si la France, dans ses échanges avec les Etats- Unis, est en bénéfice, c'est, apparemment, que les Etats-Unis sont en perte, et réciproquement.
M. Serviable. — Et pourquoi donc, s'il vous plaît ? Ne puis-je pas préférer ce que vous me vendez à ce que je a'ous cède ; et vous préférer ce que je vous cède à ce que vous me vendez "? Vous êtes habile dans un métier, et moi je le suis dans un autre. Si je voulais faire moi-même ce que vous faites mieux que moi, et si vous vouliez faire vous-même ce que je fais mieux que vous, il nous faudrait nous donner tous les deux plus de peine et faire plus de dépenses. En travaillant l'un pour l'autre, nous profitons l'un et l'autre de la supériorité que nous ne possédons pas, et nous gagnons chacun la différence. C'est là. quand les transactions sont honnêtes, tout le secret du commerce, pour •les nations comme pour les individus.