LA BALANCE DU COMMERCE
M. PerpUwc. — Oui. je crois cdiiipicmlre. (l'est riiistoire de 1 'aveugle et ilii |);ir;il\ liiiut- :
Ainsi, sans que Janiuis noire amitié décide Qui de nmis deux remplit le plus utile emploi, Je marcherai pour vous, vous y verre/ pour moi.
(l'est la frateraifé des choses.
M. Si'iviahle. — A merveille! Des choses et des hommes, s'ils voulaient bien le comprendre.
M. Perplexe. — Oui, quand j'achète, quand j'importe, c'est une utilité, une satisfaction, une recette que je me procure. (Juaud j'exporte, c'est un objet utile, un fruit de mon travail dont je me défais; c'est le prix auquel je me procure ce que j'achète. Si j'exportais sans importer, ou si je u'imijortais pas l'équivalent de ce que j'exporte, je ferais un marché de dupe. Pourtant, comment se fait-il que différents pays à la fois, comme résultat définitif de leurs échanges, se trouvent avoir importé plus qu'ils n'ont exporté, c'est-â-dire avoir reçu plus qu'ils n'ont donné'?
M. Serviable — Par la raison que nous indiquions tout à riieure : que chacun cède ce qui a moins de valeur pour lui que pour sou client, et reçoit ce qui a moins de valeur pour son client que pour lui. Si. pour se procurer en France un produit déterminé, il faut à un Français quatre journées de travail, et à un Américain, par suite d'avantages naturels de terrain, ou de climat, trois seulement ; et si, à l'inverse, ce que l'on fait en France en ti-ois jours ne peut se faire en Amérique qu'en quatre, en échangeant l'un contre l'autx-e ces deux produits, le Français et l'Américain épargnent également une journée de travail. Et c'est ainsi, comme on l'a dit sous une forme paradoxale, mais, au fond, avec une parfaite vérité, que nous pouvons, les uns et les autres, à la condition de nous entendre, consommer plus que nous ne produisons.
Sans compter les frais de transport et autres, qui modifient le chiffre des déclarations en douane, et dont il faut bien tenir compte. Si j'expédie d'Europe en Amérique cent mille francs de marchandises, ces marchandises arrivées à destination vaudront, par suite du fret, de l'assurance et des droits de douane à payer, cent dix, cent quinze, cent vingt mille francs sur le marché américain ; et c'est cette somme supérieure que je convertirai en marchandises américaines, qui seront majorées à leur tour en arrivant en France. Je serais en perte, et mes
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confrères américains également, si nous ne réimportions pas toujours, (le part et d'autre, plus que nous n'cxi»ortons.
M. Perplexe — Alors les nations, pour s'enrichir, n'auraient plus besoin de chercher à se dépouiller ? La richesse ne serait l)lus une proie ? La guerre fia guerre de tarifs, comme la guerre à coups de canons), ne serait qu'une sottise et un crime; et nous aurions intérêt à nous respecter, à nous assister et à nous aimer les uns les autres? C'est trop beau! Et ce n'est pas à la Commission des Douanes que vous lerez adopter pareille utopie.
L USINE ET L ATELIER DONNENT LE PAIN AUSSI BIEN QUE LE CHAMP, ifr "i' 'Y "f "^ Contre-Amiral RÉVEILLÈRE.
CoopéraHon.
Yl L faut abolir le salariat et le remplacer par la coopération, 1 1 clament chaque jour une foule de braves gens qui ne savent ni V ce que c'est que le salariat, ni ce que c'est que la coopération et ne se doutent pas que le salariat est partout et la coopération aussi. Sous quelque forme: et sous quelque nom que se présente la rémunération d'un travail ou d'un service, c'est, comme je l'ai dit ailleui-s, un salaire. Et quels que soient les rapports établis entre l'employeur et l'emploj^é, c'est une coopération, puisque l'un et l'autre, et d'autres avec eux, les producteurs et les transporteurs des matières premières, les constructeurs des machines, les architectes, matons, terrassiers, les boutiquiers, épiciers, bouchers, etc,. qui les nourrissent et les habillent, ont contribué, eux aussi, à l'exécution de leur travail et participé à ses résultats.
Que, dans cette coopération, la part de chacun n'ait pas été faite avec une exactitude suffisante, qu'il y ait avantage à faire mieux apparaître, par une détermination préalable des di'oits et 'des devoirs de chacun, la communauté d'intérêt qui les lie, et à stimuler ainsi le zèle et l'activité de toutes les parties prenantes, c'est possible, et toutes les combinaisons proposées dans ce but, pourvu qu'elles soient librement acceptées, sont intéressantes. Mais aucune [d'elles ne supprime le
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salaire ; elles leiuioiit. eu le iiropoilioiinaiit plus réellement à la lâche aceoiiiplie par chaeim, à le rendre plus équitable, plus réuuMiéraleur et plus encourageant. Changer les mots n'est pas ihanger la nature des choses; mais c'est parfois changer Titléc que l'on s'en lait, et, par suite, les sentiments <|ue l'on en a et lu fa(;on dont on se conduit. Voir juste, c'est le moyen d'aeir bien.
CHANHER I-E NOM DES CHOSES N'eN "i" f CHAXGE PAS LE CARACTÈRE, MAIS PEUT CHANGER PARFOIS l/iyÉE QUE l'oX s'EN FAIT. TEL QUI SE TROtiVE HUMILIÉ DE ir RECEVOIR UNE GRATIFICATION, SE SENT FIER DE TOUCHER SA PART d'uN DIVIDENDE, 'ir t
ParHcipaHon.
renons très bien, disent certains réformateurs, ^st pas au pouvoir du Gouvernement de régler i-ement les salaires. Xi les coalitions les plus formidables, ni la grève la plus universelle ne peuvent avoir la puissance de faire distribuer en salaires, d'une façon durable, plus que l'équivalent de ce que le travail fournit en produits. Toute hausse qui. au lieu d'être déterminée par une augmentation du capital existant et du travail qu'elle paie, serait obtenue au prix d'une réduction du fonds des salaires, amènerait promptemeut une crise dont le monde des travailleurs deviendrait nécessairement victime. Mais il y a bien des manières de déterminer la rétribution due au travail, et de faire, sans arbitraire et sans violence, monter le taux de cette rétribution en intéressant plus visiblement les travailleurs à produire mieux et davantage.
L'une de ces combinaisons, qui a fait ses preuves, et qui a été recommandée par les autorités les plus sérieuses, c'est la participation aux bénéfices. Le capital sans doute est l'aliment de l'industrie ; l'intelligence qui dirige en est l'âme : et, par conséquent, ils ont droit à une part importante de la richesse qu'elle produit. Mais le travail, la main-d'œuvre est l'indispensable moteur ; et. puisqu'il participe dans une mesure toujours considérable
^. O OUSoompn Ir^ (ju'il n'est V >J arbitraireii
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à la production, il doit i)artic-i|)or aux héiïcfices. \\\ lieu, doue, d'un salaire unifornément réglé à forfait et quels que soient les résultats de l'entreprise, ou en plus de ce salaire à forfait, ne serait-il pas juste (jue les ouvriers fussent intéressés dans l'œuvre à laquelle ils coopèrent, et reçussent, comme les actionnaires dans les sociétés industrielles et linancières, ce que l'on appelle un dividende ?
La chose est possible, d'importantes expériences l'ont démontrée ; et la maison Leclaire, dont la prospérité n'a jamais été menacée, n'est pas la seule (jui ait fait la fortune de ses chefs en assurant et en améliorant la condition de son personnel. Pourquoi ce qui a si bien réussi ici et là n'est-il pas généralisé? Et qui empêche le législateur de prescrire, en en déterminant les bases et les proportions, l'attribution, dans tou'.e entreprise commerciale ou industrielle, d'une certaine proportion des bénéfices aux employés et ouvriers, suivant l'importance et la durée de leurs services?
Une première condition, pour qu'une pareille réglementation fût possible, serait qu'il y eût des bénéfices. Il n'y en a pas toujours, malheureusement, et, quand la caisse est vide, peu importe qu'un article de loi ou le texte d'un engagement prescrive d'y puiser.
Puis, lors même qe'il y a des bénéfices, il n'est pas toujours facile d'eu établir le compte ; encore moins de discerner à qui l'on en est redevable, et à quelle période, à quelle partie du personnel changeant, par conséquent, il peut être juste d'en tenir compte. Le succès de M. Leclaire lui a fait grand honneur; c'était un homme de bien et c'était un habile homme. Mais la combinaison à laquelle il a dû ce succès, relativement facile dans une entreprise comme la sienne, ne l'est pas, et peut même être absolument impossible dans une autre entreprise. Que faut-il à un entrepreneur de peintures? Des échelles, de la couleur, des pinceaux, c'est-à-dire un capital circulant et renouvenable. relativement peu important, et presque pas de capital fixe, immobilisé en bâtiments, machines, etc. Ce qu'il fallait pour que ce capital circulant fût px-oductif, c'était une bonne clientèle, dont la recherche et l'entretien était l'affaire du patron, puis un bon emploi du temps de ses ouvriers, et des matières mises à leur disposition. Courir de chantier en chantier pour les surveiller semblait indispensable pour obtenir ce bon emploi. M. Leclaire, en intéressant son personnel aux résultats de son travail, le chargeait de se surveiller lui-même. Les comptes, d'ailleurs, n'étaient pas diflB-
7o PARTICIPATION
ciles à fairt' : faut triiiiilt', tant de peinture, tant d'essence, tant de journées de travail et tant de recettes ; un peu d'arithinéti(iue y sullisait.
Voyez, en taie de cet atelier en quelque sorte familial, (|uel([ue développement qu'il ait pris, une usine, comme une filature ou un tissage, une forge ou une fonderie, une entreprise de transport ou de navigation. Quelle importance prend le capital fixe, et quelles dillicultés pour se rendre compte de sa part dans l'ensemble du travail : pour savoir en combien de temps il sera amorti ! Puis qiielle complication dans la multitude des opérations de toutes natures par lesquelles doivent passer rélalioratiou. le placement et la rétribution du produit! (l'est du minerai de fer et de la houille (ju'il a fallu se procurer et faire venir de loin peut-être : c'est du bois, du coton, de la laine, du caoutciiouc amenés de l'étranger par des voies diverses : et. finalement, quel que soit le genre d'industrie, des mois, des années parfois entre l'achat des matières premières et la réalisation des ventes, qui sont le terme de l'opération. Qui distinguera, au milieu de toutes ces complications, la part prise au résultat final par celui-ci ou celui-là, la faute ou le mérite qiii auront assuré, réduit ou compromis le bénéfice '? L'atelier a été construit avec plus ou moins d'intelligence ; la direction a été habile ou insuffisante ; les matièi-es premières ont été acquises à des cours avantageux ou à des cours onéreux ; les marchés passés pour la vente se sont trouvés, jjar suite de circonstances extérieui-es. favorables ou défavorables ; les rentrées, bien surveillées, n'ont point laissé de mécompte, ou, au contraire, jjar suite de facilités imprudemment accordées, des clients se sont trouvés insolvables. En quoi, je le demande, l'ouvrier qui a bien accompli -sa tâche, mais qui n'a été pour rien dans ces causes de pertes ou de bénéfices, étrangères â sa besogne personnelle, peut-il prétendre à une part sur le gain ou subir sa part de la perte*?
Il n'est pas vrai cependant qu'il n'y participe pas dans une certaine mesure. Si la maison qui l'emploie est pi-ospère, il a la sécurité de son avenir et, tout naturellement, des chances de voir améliorer sa situation. Si les affaires de la maison vont mal. il est exposé à eu pâtir. Son intéi-êt est donc, puisqu'il y contribue par son plus ou moins de conscience, d'adresse et d'activité, de bien employer son temps et les matières qu'il a à mettre en œuvre. Et l'intérêt du patron, d'autre part, est de le traiter convenablement et de lui savoir gré du bon accomplissement de sa tâche. Il peut, et il doit souvent, pour le faire réel-
Icnienl participera ses béiicliccs. lui .iIIoikt. (luaii'l il le mérite, un salaire supplémentaire, ou, lorsipie les inventaires sont satisfaisants, lui aecorder spontanément, sans employer le mot, pourtant admis dans beaucoup de maisons de commerce, de « gratification », lui tant pour cent prélevé sur les bénéfices. Mais il est difficile, d'une part, bien que cela ait été essayé par quelques industriels, exceptionnellement assurés de leur puissance, d'exiger la mise à découvert des livres, au risque de compromettre parfois par des indiscrétions dangereuses la for-" tune commune, ou de prétendre, d'autre part, asseoir cette rétribution additionnelle sur tout le vaste ensemble d'opérations auxquelles, il faut le répéter, la majeure partie du personnel est, en réalité, étrangère.
Il y a un moyen, très différent, mais très positif, de réaliser, dans une certaine mesure seulement, il est vrai, mais de réaliser sûrement la participation des employés et ouvriers à la fois aux bénéfices et aux pertes. C'est de les constituer ou de les laisser se constituer eux-mêmes, par l'octroi ou par l'achat d'un certain nombre de parts du capital social, actionnaires de l'ensemble de l'entreprise. Jusqu'à présent, cette combinaison n'a été que rarement tentée et n'a pas toujours réussi. Elle n'a du moins rien de factice et d'arbitraire.: et il est possible que l'avenir en fasse une des solutions équitables et bienfaisantes des difficiles rapports du capital et du travail. Telle est du moins la pensée qui semble avoir inspiré la création projetée d'actions de travail.
Je n'insiste pas ; et je ne voudrais pas que l'oia crût trop facilement à la possibilité de réaliser une combinaison qui n'est point sans doute applicable à tous les cas. Ce que je veux dire, et ce que je me borne à dire, c'est, d'une part, qu'il n'existe pas de formule cabalistique au moj'en de laquelle on puisse assurer d'une façon générale et uniforme une détermination rigoureusement équitable de la rétribution proportionnelle du capital, de l'intelligence et du travail; et c'est, d'autre part, que tout ce qui pourra être fait honnêtement et sans violence pour approcher de cette détermination et pour mettre en relief la solidarité qui relie ces trois éléments de la production, et l'intérêt qu'ils ont au même degré à accomplir consciencieusement leur tâche et à se soutenir mutuellement, ne i:>eut être que lavorable aux uns comme aux autres, et faire, par conséquent, participer le salaire, comme le capital et l'intelligence, à la prospérité ou aux mécomptes de l'entreprise dans laquelle ils sont engagés.