LE LUXE
TOUT EST NÉCESSAIHi:, ET TOUT EST {- i" DAN«:EHEUX. t t t t t -t- l' Sr t VOLTAIRE. (ZADIG).
CE SONT LES YEUX DES AUTHES QUI NOUS l'EHDENT. t t t t t i t t t 1' FRANKLIN.
Le Luxe.
OLE faut-il penser du luxe ? Est-ce un bien, est-ce un mal ? Doit-on l'encourager ou le proscrire ? Peut-on, ^ ([uand on en a le moyen, se le permettre, on doit-on se l'interdire '? Et dans quelle mesure ?
Questions qui, depuis qu'il y a des différences dans les fortunes et dans les goûts tout au moins, n'ont cessé de diviser les hommes et de recevoir, selon les circonstances, les réponses les plus diverses et parfois les plus contradictoires.
« Sachez surtout que le luxe enrichit Un grand Etat s'il en perd un petit, »
a dit Voltaire, ne se demandant pas comment une perte peut devenir un bien quand elle se multiplie par le nombre. Si les riches ne dépensaient pas. écrit à son tour le grave Montesquieu, les pauvres mourraient de faim. Votre luxe, répondent les autres, c'est le vampire qui dévore la substance des misérables ! C'est Lucullus consommant, pour l'un de ses repas, la nourriture de centaines de prolétaires: c'est Elisabeth laissant, à sa mort, trois cents robes de soie, et c'est Fi'ançois P"" et les seigneurs de sa Cour portant, au Camp du drap d'or, leurs moulins et leurs châteaux sur leurs épaules.
C'est aussi (il est peut-être bon de s'en souvenir) la même reine Elisabeth recevant du roi d'Espagne Philippe II, comme un présent magnifique, une paire de bas tricotés, les premiers qui eussent paru en Angleterre : la reine Isabeau, la femme du malheureux Charles VI, portant des chemises de toile, ou les ouvriers Anglais se permettant, au dire d'Adam Smith, de se chausser de souliers, tandis que les ouvriers Français marchaient nu-pieds ou traînaient de lourds sabots. C'est encore le bourgeois du XVI* ou du xvii' siècle mettant des carreaux de verre à
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ses fenêtres, au lieu des pa|)iei-s huilés el des morceaux de canevas ((ui laissaient passer un peu de lumière, ou la glace sans tain (jne le chocolatier Marquis faisait poser, vers 1840, à la devanture de sa bouliciue, rue V'ivieniie. Aujourd'hui, il n'y a guère d'épicier, de charcutier ou de cordonnier (jui se prive d'une pareille devanture. Les souliers et les chemises sont devenus d'usage général, et c'est parce que (jucltiues uns, pour lesquels c'étaient des ohjets de luxe, ont pu se les procurer et donner à d'autres l'idée de les imiter, que, de proche en proche, la fahrication en a été développée et l'usage s'en est ré])andu.
Il faut des devanciers en toute chose. Et si tous ceux qui portent aujourd'hui des has, des souliers et des chemises doivent s'estimer heureux qu'il n'ait pas été interdit aux grands personnages du temps jadis de se passer ce luxe alors extraordinaire, ils auraient tort de jalouser ceux de nos contemporains qui peuvent, grâce à une aisance ou à une fortune d'honnête origine, se payer quelques satisfactions ou quelques élégances, qui deviendront graduellement d'usage plus courant. Ce luxe- là. s'il peut s'appeler du luxe, est tout simplement le développement naturel d'un sage bien-être. Il n'a rien de répréhensible, et nuil venus à s'en offenser les envieux qui croient en souffrir !
Mais il y a un autre luxe, véritablement coupalile et malfaisant; c'est ce luxe de parade, d'ostentation, qui n'a d'autre but et d'autre intérêt que la satisfaction d'une sotte vanité, et n'aboutit, le plus souvent, qu'à faire détester la richesse et ceux qui la possèdent, blessant, chez les uns, les sentiments les plus respectables, et excitant, chez les autres, les colères et les haines. « Ce sont les yeux des autres qui nous perdent, » a dit Franklin ; et nous perdons les yeux des autres quand nous étalons devant eux, sans souci de les blesser, le spectacle tentateur des dissijjations, des orgies et de la dépense inconsidérée. Les jeunes filles d'une commune de Philadelphie, pour se procurer de jolis bonnets ornés de quelques rubans, se mirent à tricoter des bas et des mitaines jiour la ville. Je ne suis pas, dit Franklin, trop mécontent de cet exemple de ce que peut produire le luxe, car enfin, ces jeunes filles se procuraient par leur travail une satisfaction avouable qui pouvait contribuer à leur bonne tenue; et nous autres, à la ville, nous pouvions mieux protéger contre le froid nos mains et nos pieds. Le même Franklin, lorsque sa fille Sarah, pendant la guerre de l'Indépendance, lui demande de lui expédier d'Europe des plumes et des dentelles, pour faire bonne figure au bal offert au général
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Washiii;,'toii et faire lii»iimiir au tiuiil <le son père, lui répond (jue le yoûl (le son père, « (tii iiiilicK tic lu misère universelle », est (ju'elle ne soit pas parée.
Question de mesure, et question de milieu et de circonstance.
PLUS ON EXAMINE AVEC ATTENTION -f •{-
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COMBIEN SE trompent CEUX QUI s'iMA- GINENT QUE NoTUE ÉPOQUE A ENFANTÉ DE NOUVELLES MISÈHES SOCIALES. LA VÉRITÉ EST QUE CES MISÈRES SONT ANCIENNES. CE QUI EST NOUVEAU, c'esT l'iNTELLIGENCE QUI LES DÉCOUVRE ET l'hUMANITÉ QUI LES SOULAGE -|- î- 1- -!' 1- I" 1- !- t t