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L'ASSISTANCE

La gueiM'o l'iitin. l:i liiiiiidc itoiii-voyciise des calaiiiilés liuniaiuos. la guerre qui fauche les iiioissuiis eu même temps que les homuies, qui détruit les fruits du travail jjassé, et suppriuie, avee les bras, les i)rouiesses du travail avenir; la guerre qui met la solitude au foyer, avec le dénûmeut, u'estelle pas elle-mèuie un fait de la volonté humaine, un fruit détestable de nos iguorances et de nos haines, contribuant, par le mal qu'elle fait, aies aggraver et à empoisonner l'avenir après avoir désolé le présent? Et quel({ue place qu'elle ait teuue encore dans les douloureuses destinées de notre temps, de ((uel- <|ues menaces (ju'elle continue à trouliler notre Iranijuillité, u'avons-nous pas ac(iuis déjà la preuve de la possibilité d'en écarter les causes et d'en réduire les occasions?

Tout donc, tout, parmi les maux dont nous soulï'rons, est plus ou moins de notre l'ait. Tout, dès lors, pourrait être ou supprimé ou diminué, si. plus éclairés, plus sages, plus prudents et meilleurs, nous savions le vouloir d'une volonté soutenue et persévéraute. Cette volonté, cette sagesse, cet amour éclairé de nous-mêmes et de nos semblables, sommes-nous capables de les avoir? Tout est là.

C'est pourquoi, sans avoir l'illusion d'attendre demain la suppression de la misère, je soutiens que sa disparition graduelle, son adoucissement tout au moins, n'est point une utopie, mais un but à poursuivre comme un devoir, avec la confiance de s'en pouvoir de plus en plus approcher. £t, avec l'illustre Tolstoï, dont, sur d'autres points, je n'accepterais pas toutes les idées, j'affirme que, le mal étant en nous, c'est en nous que Hous devons chercher le remède et le salut.

LES BIENFAITS MAL PLACES SONT DES 't MÉFAITS, t t -ir t t t -J- t 'i-' i' Saint BASILE.

L*Assistance.

Ç1 L semble que rien ne soit plus naturel, plus agréal)le et plus

1 1 facile que de faire le bien. On assure cependant que rien

V n'est plus difficile. C'est un saint, saint Basile, je crois, qui

a dit : « Les bienfaits mal placés sont des méfaits ; » et c'est

un économiste, Bastiat, qui a écrit : « Ce n'est pas la bonté de

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l'inleiition qui fait la bonté de la potion, » traduisant ainsi, à sa façon, le vieux dicton : « L'enfer est pavé de bonnes intentions. »

Un sentiment naturel nous porte, quand nous le pouvons, à assister nos semblables. « Si un être pensant et sentant, » a écrit Voltaire, « dans une étoile de la voie lactée, voit un de ses semblables malheureux ; s'il peut le soulager, et s'il ne le fait pas, il est coupable envers tous les globes. »

Voilà qui est bien et qui parait sans réplique. Pourtant si, par irréflexion, par faiblesse, par vanité peut-être, nous cédons étourdiment au premier mouvement de pitié qui nous saisit à la vue ou au récit d'une misère vraie ou fausse ; si nous accordons inconsidérément notre appui à quiconque nous le demande, si toute main qui se tend vers nous, digue ou indigne, honnête ou criminelle, obtient le même subside et est assurée du même accueil, nous ne ferons autre chose, souvent, le plus souvent peut-être, que d'encourager la paresse, de nourrir le vice, voire d'armer le crime et de faciliter le recrutement de l'armée du mal. Saint Paul a recommandé d'aider ses frères et vanté l'esprit de sacrifice qui permet d'apaiser la faim et de couvrir la nudité ; mais il a condamné la facilité aveugle qui ne sait pas distinguer entre le vrai besoin et l'infortune simulée. Et il n'a pas reculé devant cette conclusion sévère : « Celui qui ne tra vaille pas, (lisez qui ne veut pas travailler), ne mangera pas. » « Car, » a-t-il dit ailleurs, « toute peine mérite salaire; » et le salaire doit être mérité.

C'est cette doctrine de sage et sincère bienveillance, de fraternité vraie et éclairée, de bon sens et de bon cœur, qui a été enseignée et pratiquée par tous les maîtres de la science économique, par tous les philanthropes expérimentés et, en particulier, par cet homme de bien dont l'ignorance et la mauvaise foi ont fait un monstre, l'Anglais Malthus. Je ne veux pas entreprendre ici la discussion de toutes les idées de Malthus, notamment de celles qui concernent la population ^ ; je dirai seulement qu'elles ne ressemblent nullement à la contrefaçon que l'on en a faite, et que si Malthus, à certaines pages, s'est montré trop effrayé de la progression (qu'il croyait fatale) du nombre ; si surtout il a eu trop peu de confiance dans la puissance du travail pour accroître les moyens d'existence et les maintenir au niveau des besoins, jamais il n'a conseillé, pour

1. Voir Pages et discours (Alcan); Malthus et la véritable notion de l'Assistance; La question de la population. Conférence à l'asile de Vincennes.

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maiiiltiiii- r<'(Hiilil»re l'iilre les bras qui produisent et les bouches (jui lousKMiuient. lieu que ii'avitueut la raison la plus droite et la morale la plus hauU'. Il a reeoiuuuindé le travail, l'économie, la chasteté avant le mariay:e, riionnéteté dans le mariage, et l)roscrit, bien loin de les approuver, les moyens préconisés par les apôtres du Néo-.Maltliusianisme, pour limiter artiticiellement le nombre des naissances. « Je ne suis pas l'ennemi de la population, ■' a-t-il écrit expressément; « mes seuls ennemis sont le vice et la misère. .le désire d'abord que les hommes soient heureux, et ensuite qu'ils soient nombreux. <> Kt, réfutant lui-même ce qu'il avait dit précédemment d'excessif sur la contradiction fatale de la loi de multiplication des êtres humains et de celle de leurs moyens d'existence, il a été jusqu'à écrire textuellement, comme résultat de ses constatations : « Plus la population est rare, et plus elle excède, plus elle est dense et moins elle surabonde. » le nombre étant, lorsque la qualité ne fait pas défaut, l'un des éléments de la force et de la puissance créatrice, u La consommation ne peut excéder les produits, » avait dit avant lui Quesnay. <( La mesure des subsistances est celle de la population. Mais l'économie dans les dépenses, le sage emploi des consommations faites par les hommes utilement laborieux peuvent accroître presque indéfiniment la masse des capitaux: » autrement dit la production.

Mais encore une fois, je ne traite pas eu ce moment la question de la population, et je n'en ai voulu dire que ce qui était indispensable pour avertir des erreurs et des calomnies dont est victime la mémoire de Malthus. Je reviens à la question de l'assistance, au sujet de laquelle il n'a pas été moins mal jugé, et sur laquelle il importe de se faire des idées saines.

(( Nous sommes, » dit Malthus, « des êtres raisonnables, et nous devons chercher à régler nos actes selou la raison, eu essaj'ant de nous rendre compte de leurs conséquences. » Or l'expérience, et particulièrement celle de la charité officielle et banale, telle qu'elle se pratiquait en Angleterre, avant lui. a démontré que ces distributions de secours par fournées et selon des listes arrêtées d'avance, au lieu de diminuer le nombre des pauvres et des mendiants et de les aider à se relever en cherchant du travail, ne faisaient que les enraciner dans la paresse et dans la misère, en les accoutumant à compter sur autrui, et contribuaient à entretenir et à développer une tourbe de professionnels de l'oisiveté et de la mendicité, honte et menace pour la société qui les nourrit, et se transmettant de père en fils leur esprit de révolte et de haine contre cette société. L'homme vé.

r.A ME ECOSdMlQlJE H'i

rit;il)lriiu'iit l)ic'iifais;iiil, <lil Maltlius, ne se laisse pas duper par lie lausses apparences et ne cède pas par faiblesse aux importuuilés. Il sait discerner le véritable besoin du mensonge et imi)oser silence au mendiant impudent. Mais il accueille, il rechercbe, il soulage le dénûment vrai et la souffrance courageuse. Non content d'ouvrir, quand il le croit juste et utile, sa main à la main (jui se tend vers lui, il se souvient que ce n'est pas en vai» que le pauvre et le riche se rencontrent, et « il s'honore de cette rencontre. » Aux secours matériels, qui ne peuvent que soulager passagèrement le corps, il sait joindre les indications utiles, les bons conseils, les marques d'intérêt, la bienveillance personnelle, qui relèvent le courage et mettent dans l'âme l'espérance et la consolation. V^oilà pour nos devoirs à l'égard de la véritable misère, de celle qui n'est pas une exploitation impudente de la pitié ou une dégradation irréparal»le.

Mais ce n'est pas assez. Même cette misère incurable et coupable, lorsqu'elle est réelle et douloureuse, Malthus ne l'abandonne pas à elle-même, en se bornant à dire qu'elle est un châtiment mérité et un avertissement salutaire. A l'homme qui a faim et qui ne peut plus se procurer de pain, il ne se refuse pas à en donner. A la femme, à l'enfant que laisse sans secours la lâcheté égoïste du mari ou du père ivrogne, il veut que l'on vienne en aide, mais avec intelligence et non pas, comme il arrive trop souvent, en entretenant le vice, cause de la misère. Et ce que, dans ces différents cas, l'on fait pour le mauvais pauvre ne doit jamais, a-t-il soin d'observer, équivaloir à ce que peut obtenir, pour son salaire, un ouvrier honnête et laborieux. Aller au delà, c'est encourager l'imprévoyance, le désordre et se rendre complice du mal.

Ce n'est pas tout. Quand, fut-ce par sa faute, un homme est atteint par la maladie, victime de quelque accident ; quand on se trouve en ijrésence d'un bras ou d'une jambe cassés, d'une fluxion de poitrine ou d'une attaque de rhumatisme, ce n*est pas le moment de détourner la tête et de dire au malade qu'il paye justement le prix de ses fautes ; il faut commencer par le secourir ; on lui fera plus tard la leçon.

Eh! mon ami, sauve-moi du danger, Tu feras après ta harangue !

avait dit, avant lui, le bonhomme La Fontaine.

Telle est, réduite à sa plus simple expression, la morale de Malthus et sa théorie sur la charité. Elle est exposée d'ailleurs

«•j coALiTipys h:T Gi{h:vi:s

avec un aoi-eni (riminaiiiU'. i\v bioiiveiHance, do réelle et respectueuse sympathie pdur le malheur et de compassion pour la faute elle-même, dont il est impossible, si l'on est sincère, de méconnaître la grandeur.

Je sais que. tout en renchuil Justice peut-être à ces sentiments, heaucou[). aujourd'Imi,' no veulent plus admettre ni ce mot de cluuilê «pie je viens de prononcer, ni celui d'aumône. Ce sont là. disent-ils. des termes désobligeants, ([ui su])posent de la part de celui qui donne un mérite, et de la i)art de celui qui reçoit une dette de gratitude. Le secours est un droit, et l'on ne doit rien à celui, individu ou administrateur, qui le donne.

Mais comme dette, comme créance, dans le sens rigoureux (hi mol. qui en déterminera la validité et la limite ; qui fera le dénombrement exact des ayant-droits et la mesure de la taxe à imposer aux débiteurs ? Qui ne voit qu'en substituant ainsi à l'idée d'un devoir, dont l'accomplissement suppose l'exercice de la volonté et de la raison, un droit absolu et cependant indéterminable, on ouvre, d'une part, la porte à toutes les exigences, et on la ferme, de l'autre, aux sentiments les plus honorables et les, plus généreux de la nature humaine, à la bienfaisance réelle et à la sympathie?

LA LIBERTÉ FERA AUX INTÉRÊTS UNEi* ir JUSTICE QUE TOUTES VOS LOIS ARBITRAIRES NE SAURAIENT LEUR FAIRE, t t f t "l' LAMARTINE.

Coalitions et Grèves.

ti ^ Q

^^^OUT marchand cherche à vendre cher sa marchandise,

n et tout acheteur cherche à obtenir au plus bas prix pos-

V sible celle qu'il veut se procurer. Le libre débat, lorsque

les lois n'y mettent point obstacle, finit par déterminer

à quel point leurs prétentions adverses se doivent rencontrer.

Il se fait même, dans les sociétés où beaucoup de transactions

analogues s'opèrent, une sorte de moyenne, qui finit par être,

dans la majorité des cas, acceptée comme normale et qui pi-end

LA vue ECOXOMIQUE 86

le nom de <> piix-cdiirant ». Il y a, dans cluKUie profession et à chaque é|)(K|iie, un prix-coiii-unt des salaires et des ditîérentes sortes de salaii-es. suivant les localités ; et ces prix-courants, sansétreabsidusetsans empêcher des arrauKements particuliers plus ou luoins diiïérents, se maintiennent pendant un certain temps. Ils subissent cependant, lorsque les circonstances changent, des modifications, parfois importantes, soit en hausse, soit en baisse ; et c'est ce qui arrive, notamment, quand une crise industrielle ou commerciale vient troubler gravement les affaires, quand un désastre financier ou une guerre altèrent les conditions du travail, ou quand une demande exceptionnelle de tel ou tel article en fait subitement monter le prix. D'une façon générale, et sans empêcher ces variations partielles, on peut dire que le prix de la main-d'(iHivre, ou salaire, tend à s'élever, et que, même sans entente avouée, et, à plus forte raison, en se concertant, les salariés de chaque catégorie visent incessamment à faire accroître leur rémunération. Leurs réclamations, quand elles se traduisent sous la forme de démarches collectives, prennent le nom de coalitions ou de grèves. Et elles peuvent être plus ou moins accentuées, amiables et paisibles, impérieuses, menaçantes ou violentes. Elles sont, selon les cas, des manifestations incontestables de la liberté de discussion, ou des violations inexcusables de cette liberté. On se figure assez généralement que ces désaccords entre employeurs et employés, ces interruptions de travail et ces levées en masse de tels ou tels corps de troupes de la grande armée du travail sont des nouveautés, et l'on en accuse volontiers ce qu'on appelle le régime nouveau, ou la démocratie. On se figure que, sous l'ancien régime, quand le Souverain pouvait dire, pour toute justification de ses décrets et ordonnances : « Car tel est notre bon plaisir, » il en était tout autrement, et que le grand troupeau de ce qu'on nomme un peu dédaigneusement la classe ouvrière accomplissait silencieusement sa tâche en acceptant, sans discussion, comme le bœuf accepte sa pâture, la rétribution qui lui était offerte. Il n'y a pas de plus grave erreur. De tout temps le monde du travail a été agité comme il l'est aujourd'hui. Des ordonnances de François 1*^% à propos de réclamations des ouvriers imprimeurs de Lyon, enjoignent à ces artisans de se contenter des salaires et livrées auxquelles ils sont accoutumés, et, pour prévenir toute entente entre eux, leur interdisent de se réunir ailleurs que dans les « chambres et poêles » de leurs maîtres, « même pour ouïr messe en commun ». Les statuts de la Reine Elisabeth,

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en Aiiîilelerre. v\ ilo la plupart des rois ses prétiécesseurs et successeurs, coiitieunenl des j)rescni)tioiis et intenJictious du inèine genre, jusqu'à ordonner aux cultivateurs de faire connaître « le niunbre d'attelages de bœufs et d'hommes » qu'ils emploient; et à faire marquer, au front, de la lettre R. (robher, voleur) les ouvriers agric(des qui se déroberaient par la fuite à leur servitude. En Allemagne, les Juges de paix étaient investis du pouvoir de fixer d'autorité les salaires des diverses professions. Kt lorsqu'en 17UI l'Assemblée Constituante abolit le régime des corporations et maîtrises, elle prohiba, par un article spécial, u toute réunion d'artisans d'un même métier sous prétexte de s'occuper de leurs prétendus intérêts communs ».

Aussi, dans la première moitié du xix^ siècle encore, toute idée d'accord entre les intéressés au sujet des conditions de leur travail était-elle considérée comme illégale et sévèrement punie. Kn Angleterre. jus(iu"en 1825. tout concert. même pacifique, enti'e ouvriers, pour faire modifier leurs salaii'es. était qualifié de conspiration (Conspiracy. ) et traité en conséquence. En France jusqu'en 1803. il en était de même, et les coalitions et grèves, même sans violence aucune, tombaient sous le coup des articles du Code pénal.

Aujourd'hui, dans ces deux pays, le droit de coalition est hautement reconnu, et l'on peut dire, qu'en fait au moins, il en est à peu jîrès de même partout. En principe, on ne peut qu'approuver cette réforme. Il est clair que, tout homme étant maître de sa personne et seul juge de savoir s'il lui convient ou non de consentira telles ou telles conditions de travail, on ne saurait refuser à un groupe plus ou moins nombreux d'hommes de formuler les mêmes prétentions ou les mêmes répulsions. L'homme isolé, eu face de la force, individuelle ou collective. que représente le patronat, est impuissant; ce n'est que par l'union qu'il peut arriver à se faire écouter. Mais cette union, tout comme la force capitaliste ou patronale, peut devenir oppressiAe. Et alors les rôles changent et ce n'est pas la liberté qui triomphe, c'est l'arbitraire ouvrier qui remplace l'arbitraire patronal. Ce n'est plus l'ouvrier réduit à travailler pour un salaire qu'il n'accepte pas, c'est l'ouvrier réduit à ne pas travailler pour le salaire qu'il accepte ; c'est le chômage imposé, quelque déraisonnable qu'il soit, par des minorités violentes à des majorités asservies. C'est l'industrie privée de sécurité par les brusques cessations de travail auxquelles elle est exposée. C'est l'incertitude partout, les contracts et les engagements les plus formels, à toute heure, mis en question, rom-

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pus avec ou sans prétexte, et toute prévision sérieuse devenue impossible.

Expli(juons-nous bien ; il ne s'agit pas de rien retirer des libertés reconnues, et, sous prétexte d'ordre et de discipline, de rétablir l'ancienne suprématie du patronat. Il s'agit, au nom de la liberté vraie, de la lil)erté de tous, d'empêcher les uns d'être tyrannisés par les autres, et la violence et l'improbité de se tlonner carrière sans obstacle. La discution des conditions du travail doit être libre, absolument libre, aussi bien pour des groupes volontairement formés que pour des individus isolés, aussi bien pour les heures et la durée de la journée, ou l'installation des ateliers que pour le chiffre de la rémunération. Mais, une fois un engagement contracté, il doit être observé, sans changement non réciproquement admis, jusqu'à expiration du temps convenu ou achèvement de l'ouvrage entrepris. Si, dans l'industrie dont il est question, il j a un délai d'usage pour la mise à pied ou l'abandon de l'ouvrage, ce délai, d une part, aussi bien que de l'autre, doit être respecté. L'ouvrier ne peut pas honnêtement demander son compte à la minute, pas plus que le patron le mettre dehors séance tenante. Si, individuellement ou en groupe, en équipe, un ou plusieurs hommes se sont engagés à exécuter, dans un temps donné et pour un prix de.... soit à forfait, soit à la journée, un travail déterminé, ils ne peuvent, sous aucun prétexte, exiger d'autres conditions avant d'avoir achevé l'ouvrage entrepris. C'est une question d'honneur, et c'est une question d'intérêt ; car agir autrement c'est compromettre la marche de la maison à laquelle on est attaché, peut-être de l'industrie que l'on exerce dans le pays où l'on est, et s'exposer à demeurer à pied définitivement.

A plus forte raison doit-on s'abstenir, pour faire prévaloir ses prétentions, de toute intimidation, de toute violence, de toute injure et de tout sévice à l'égard soit des patrons dont on .veut obtenir des concessions, soit des camarades qui veulent rester en dehors du mouvement. Se livrer à de tels actes, altérer les produits que l'on doit fournir, endommager les outils ou les machines. « saboter », comme l'on dit, et s'imaginer que l'on joue innocemment un tour au « singe », c'est se conduire en malhonnêtes gens et. qui pis est, en imbéciles. Car toute perte subie par l'entreprise retombe fatalement sur le personnel entier. Si le patron est ruiné, c'est la maison fermée et le personnel en plan. S'il n'est qu'atteint dans ses intérêts et sa sécurité, ce sont ses ressoui'ces et sa bonne volonté diminuées et le salaire nécessairement réduit comme un cours d'eau

89 LES moi S -HUIT

qui baisse, et dans Iei|(iei il est devenu plus dilllcile de puiser. Si l'on veut que les rouages d'une machine marchent sans grincer et sans se rompre, ce n'est pas du sable et du gravier (ju'il y faut mettre, c'est de l'huile. « L'huile, » dit un vieux proverbe, « est à moitié serrurier. » Liberté, respect mutuel et bienveillance, voilà les vrais secrets pour résoudre, au profit de tous, le problème social.

l'une des causes de notre infériorité,

PAR rapport aux FILATEURS ANGLAIS, c'est que nous TRAVAILLONS deux heures DE TROP. 1- t t t t i- t t -}- t OTTEVAERE, fllateur à Gand.

Les Trois -Huit.

jOILA une formule dont la fortune peut sembler extraordinaire. Inconnue ou peu s'en faut, dans la première moitié du xix^ siècle, elle est aujourd'hui un mot d'ordre, et le mot d'ordre d'une grande et puissante armée, de la plus grande et plus puissante armée qui tût jamais, l'armée internationale des travailleurs. C'est en elle que se résume et se condense, pour ainsi dire, le plus clair de leurs revendications. C'est elle qu'ils inscrivent, dans toutes les langues, sur leur bannière, et c'est en son nom qu'à une date, qui tend à devenir légendaire, ils organisent, dans toute l'étendue du monde civilisé, des manifestations dont il serait insensé de nier l'importance.

Je ne m'en étonne qu'à demi. Et je ne suis point de ceux qui ne voient dans l'agitation en faveur de la journée de huit heures qu'une foi-me passagèi'e du perpétuel mécontentement qui travaille les sociétés humaines. Je sais d'ailleurs que, si l'impopularité comme la popularité de la formule est relativement récente, la formule date de loin ; je surprendrai peut-être plus d'un de ceux qui me liront, en disant qu'il y a bien longtemps, pour ma part, que je la connais et que j'en suis partisan. C'était vers les premières années de cette utile publication qui a rempli et honoré la vie d'Edouard Charton : le Magasin pittoresque.

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