LE PIED N EST PAS L ŒIL ; ET L ŒIL N EST
PAS LE pied; mais tous deux soxt du
CORPS. -J- -{--}- -^ -J' -l' -[- -^ -f -f- -f SAINT PAUL.
Solidarité.
ON parle ht pas tort, gine avo:
beaucoup, aujourd'hui, de solidarité, et l'on n'a Maison se trompe peut-être quand on s'imagine avoir annoncé au monde une vérité nouvelle en lui rappelant que nous ne sommes pas indépendants les uns des autres, et que l'intérêt, comme le devoir, nous commande l'union, la justice et la bienveillance. Nos pères de 1789 avaient inscrit la Fraternité dans leur devise, et longtemps avant eux elle avait été proclamée par la philosophie et par la religion. Nous sommes les membres d'un grand corps : Membra sumus corporis magni, avait dit le païen Sénèque, et saint Paul, dans ce qu'on pourrait appeler ses ^mandements, avait écrit : « Le pied n'est pas l'œil, et l'œil n'est pas le pied; mais tous deux sont du corps, et ce qui nuit à l'un nuit à l'autre. Vous êtes tous frères ». Le 'même saint Paul, à une autre page, nous avait rappelé non moins énergiquement notre dépendance mutuelle et notre dette à l'égard de nos semblables, connus ou inconnus. « Qu'as-tu, que tu n'aies reçu? » Qu'as-tu, en d'autres termes, dont tu ne doives compte ? C'est l'idée dont se sont inspirés les chefs contemporains de
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l'école solidariste, vt vu paiticiiliti- le plus populaire et le plus distingué »le tous, M. Léon Bourgeois, qui Ta exagérée et (qu'il nie permette de le dire respeetueusenient) défigurée, en prétendant faire d'une oMigalion morale tpii s'impose à notre conscience une prescription civile, formulée en créances légales sur chacun de nous ^ La société, nous dit-il, par les idées, les connaissances, les ressources qu'elle a mises à votre disposition, par la protection qu'elle vous a assurée, a participé à vos travaux, et vous lui devez une part très considérable de vos succès. Elle est fondée à vous considérer comme son débiteur et à vous présenter sa créance. Elle le fera, entre autres, en prélevant, à votre mort, sur l'actif qu'elle vous permet ^de laisser à vos successeurs, une quote-part représentative de l'assistance qu'elle vous a fournie; et vos héritiers seraient mal venus à s'en plaindre, car ce qui leur restera, après ce prélèvement, sera encore, pour eux, tout bénéfice.
Je remarque d'abord, ou je rappelle, que les héritiers, dans beaucoup de cas, ont été plus ou moins les artisans de la fortune de leurs auteurs, et que, lorsqu'ils n'y ont pas travaillé effectivement, c'est pour eux et à cause d'eux qu'avaient travaillé leurs ascendants ; en sorte que, frustrer ceux-ci de la satisfaction de transmettre à qui bon leur semble le fruit de leurs sueurs et de leurs privations, c'est les atteindre euxmêmes et les décourager dans leur laborieuse carrière. D'où un préjudice pour la société, qui, en déshéritant ses membres individuellement, se déshérite elle-même. Car, s'il est vrai que chacun de nous, dans ce qu'il est et ce qu'il peut, doit beaucoup à la société, c'est-à-dire à l'ensemble des contemporains et de ses prédécesseurs, jusqu'aux plus anciens, aux plus ignorés, et aux plus humbles, il n'est pas moins vrai que tout ce que Ja société est, sait, peut et possède, elle le doit à ses membres. S'il y a dette et créance, donc, elle est réciproque. Et qui sera capable d'en faire le compte? Qui osera dire à un Jacquart, à un James Watt, à un Stephenson, à un Fulton, à un Pasteur ou à un Berthelot, quand bien même il aurait de ses découvertes ou de ses inventions tiré des profits immenses, qu'il est débiteur de son siècle et de son pays, et qu'il lui faut rendre gorge en la personne de ses enfants '?
I. \oir Solidarité du Capital et du Travail; coniérence a la société protestante du Travail. GuilJaumin-Alcan ; et la discussion à l'Académie des sciences morales sur la Solidarité.
Ne vaut-il pas mieux, vraiment, eu respectant les intentions des uns et des autres, laisser la i)art de la société et de ses membres se régler d'elle-même, par le libre jeu des transactions ? Stcphenson, enrichi par ses grandes inventions, laisse à son fils Robert, devenu le plus grand ingénieur de l'Angleterre, une fortune dont il lui a montre à Caire un noble emploi ; c'est tant mieux pour ce fils. Mais l'Angleterre, l'Europe "et le monde, à peri)étuité. jouissent et jouiront des inventions de son père, et, comme l'avait annoncé celui-ci, en appelant la voie ferrée « le grand chemin des peuples et des rois », il n'est pas un ouvrier qui, en prenant le tx'ain pour se rendre à son travail au lieu d'y aller péniblement à pied, ne fasse une économie de peine et, souvent, d'argent.
Est-il vrai d'ailleurs que, pour les services qu'ils reçoivent de la société, ses membres n'aient rien payé et lui restent indéfiniment redevables? S'ils vivent par elle, en partie au moins, n'est-ce pas par.eux. et par eux seuls, qu'elle vit, et pouriaitelle subsister sans leur contribution (le mot est expressif) à son existence? Ce n'est pas exagérer que de dire que cette contribution, de nature ou d'autre, dans le cours d'une vie moyenne, représente plusieurs fois la totalité de la fortune possédée à la fin de cette vie.
Il est trop facile enfin de prendre son parti des charges supportées par les héritiers, voire de l'expropriation partielle dont on les menace, sous prétexte de reprise. N'y eut-il. sans parler du retranchement de capital, que la nécessité d'acquitter, dans un délai de quelques mois, des frais et des droits de succession, pour lesquels on manque de ressources, c'est souvent la gêne, la ruine même.
On n'a pas, même quand on est à l'aise, la somme, toujours relativement grosse, qu'il s'agit de débourser, le dixième du capital reçu ou davantage. Ce qu'on reçoit est en terres, en maisons, en parts d'une usine ou d'un commerce, toutes choses qui ne se réalisent pas sans pertes considérables, ou ne se réalisent pas du tout. Il faut ou vendre dans les pires conditions, ou emprunter à un taux exorbitant, et c'est la ruine. Un exemple, qui montre bien les inconvénients de ces charges inattendues qui grèvent les successions et écrasent les héritiers. Ce sont les ai-ticles 829 et suivants, relatifs au rapport, qui sont ici en cause.
Un homme riche, ou d'une belle fortune au moins, marie sa fille, et, pour la bien marier, lui donne une dot relativement élevée. Son gendre, industriel ou négociant, met la dot dans ses