LA ME ÉCONOMIQUE
LES PEUPLES VOUS DEMANDENT DU PAIN; VOUS LEUR DONNEZ DES BALLES ET DES BOULETS, -j- -J- -f- -J- "t- -{- t" -^ -{• -:f- HENRY RICHARD.
La Guerre.
^ A guerre est une folie, car, quel qu'en soit le résultat, ri elle est toujours une cause de ruine et de misère. De
d^u^ misère et de ruiue actuelles, par les destructions qu'elle entraîne, les moissons ravagées, les maisons démolies ou incendiées, les ponts coupés, les usines détruites, les morts, les deuils, les maladies et les interruptions de travail et d'études. De ruine et de misère ultérieures, par l'insécurité qu'elle engendre, les craintes, les rancunes et les haines qui lui survivent, et l'état de paix, ou « peur armée », comme disait le général Turr, qui fatalement s'ensuit, continuant, selon le mot de Bastiat, à consommer autant pour les digestions du monstre que pour ses repas, et fournissant, par la continuelle préparation de la lutte, de nouvelles facilités et tentations de lutte ^. La guerre est funeste par la perturbation qu'elle apporte, et qu'apporte comme elle la paix armée, dans la répartition naturelle des vocations et dans les habitudes des populations. Ce n'est pas en vain que la majeure partie de la jeunesse, à l'âge où se dessinent les carrières et se terminent les apprentissages, voit interrompre ses travaux et ses relations, et se trouve, par des fatigues excessives parfois, par les mauvais exemples souvent et par les entraînements de l'oisiveté, détournée de la régularité de la vie de famille ou d'atelier et engagée sur la
I . Voici, d'après le rapport de M. Alfred Neymarck, présenté au Congrès de l'Institut International de statistique les chiffres officiels des dettes publiques européennes de la paix armée :
i865 1870 1887 1908 milliards de francs Capital des dettes publiques européennes 66 76 117 i/i8 Service désintérêts 2.4 3 5.5 6
Dépenses militaires 5 3.5 4.5 6.7
« Depuis 1870, le capital nominal des dettes publiques européennes a doublé : i/i8à i5o millions contre 75 ; le service des intérêts elles dépenses militaires ont également doublé. C'est là ce que montrent les budgets : mais ils ne montrent pas tout. Ils ont des jeux d'écriture qui masquent la vérité. L'Europe, si elle ne change pas, marche fatalement à la guerre, à la révolution ou à la ruine ».
[r.\ LA GUEliliE
voie (les dissipations et des désordres. C'est, en tout cas, la partit' la plus saine et la plus vigoureuse de cette jeunesse qui, si malheureusenient elle est appelée sur les champs de bataille, est enlevée par la niurt, par les maiailies et par les inlirniités à l'entretien et au renouvellement normal de la race, abandonnant aux éléments défectueux ou inférieurs le soiu de combler les vides. D'où un alVaiblissement de la natalité et un abaissement de la (lualité.
« C'est vrai. » avouent, ne pouvant fermer les yeux à l'évidence, les partisans de la guerre et de ce qu'ils appellent la grandeur militaire. « Mais quelle école de courage, d'énergie, de dévouement, de sacrifice et de mépris de la mort ! »
Il est parfaitement vrai que la guerre, au milieu de ses horreurs, donne lieu parfois, souvent même, à l'exercice des plus nobles vertus. Mais la vie civile, dans son cours régulier, estelle moins féconde en occasions de courage, d'endurance et de dévouement ? Le chauffeur sur sa machine, le mineur dans sa galerie, le marin sur son navire, le pompier au feu, le médecin à l'hôpital et au chevet du pestiféré ou du diphtérique, le physicien et le chimiste dans leur laboratoire, n'out-ils pas, bien souvent, des dangers analogues à courir, d'autant plus méritants, en somme, qu'ils n'ont pas. pour les soutenir et les élever au-dessus d'eux-mêmes, l'entraîuemeut de la lutte, l'excitation de l'exemple et la nécessité visible de défendre leur peau? Ceux-là, certes, aussi bien que le soldat que ses officiers mènent au combat, savent, non pas mépriser la mort (ce qui est mépriser la vie, celle de ses semblables comme la sienne), mais sacrifier, quand le devoir le commande, leur vie pour la patrie et pour l'humanité. Les héros du champ de bataille sont grands quand, au lieu d'être, comme les Pizarre et les Cortez et d'autres plus célèbres, des oppresseurs et des détrousseurs de nations. ils sont de nobles défenseurs de l'indépendance et de l'honneur de leur pays ou de modestes serviteurs de la loi. Mais les héros de la paix, les héros volontaires et conscients de la science, de la liberté, de la justice, de l'humanité, ceux qui. pieusement, pour reprendre le mot de Victor Hugo, sont morts non pour la patrie seulement, mais pour la vérité, la justice et l'honneur ; ceux qui ont agrandi et anobli, pour eux et pour les autres, la vie et son emploi, ceux-là sont plus grands encore, et leur gloire bienfaisante l'emporte sur toutes les autres. Vivre bien et faire bien vivre, vaudra toujours mieux que tuer ou se faire tuer.
Ai yih: iicdXdMKji'i': d24
j'ai vu la paix descendre sua la terre