‹ La vie économique, questions essentiellesChapitre 5 sur 45 · TROP? LA VÉRITÉ EST QU'ELLE NE · texte numérisé non relu

TROP? LA VÉRITÉ EST QU'ELLE NE

PRODUIT PAS ASSEZ, ET C'EST POUR CELA qu'elle est PAUVRE.... "i" 'l' -^ i" i- Michel CHEVALIER.

LES NEUFS DIXIÈMES DE LA POPULATION DU GLOBE NE MANGENT PAS A LEUR FAIM. Jacques NOVICOAV.

Surproduction.

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1A France produit trop, disaient, il y a trois quarts de siècle, quelques grands industriels Français, désireux -t) de voir fermer plus étroitement à leurs concurrents Anglais ou Belges l'accès du marché national, de notre marché, comme ils l'appelaient. Et de quoi, leur répondait M. Michel Chevalier, la France produit-elle trop ? Est-ce du blé '? 11 y a des Français par centaines de mille qui n'ont jamais mangé de pain ; et il y en a des millions qui n'en mangent pas à leur faim. Est-ce du vin? Il y a des Français qui en boivent trop, à certains jours au moins, peut-être parce qu'ils n'en boivent pas assez tous les jours ; mais il y en a bien davantage qui voudraient en avoir habituellement, à un prix abordable, et qui ne seraient pas des ivrognes. Est-ce de la viande? Combien de Français n'en mangent que rarement et en trop petite quantité pour la dépense de force qu'ils

sont obligés «le faire ! Est-ec des vôlemeiils, dos meubles, d^s ustensiles de ménage? Un certain uombre de Français et de Fran(;aises, assurément, sont bien logés, bien vétùs, g-arnissent leurs habitations de beaux meubles et d'objets .d« prix ; mais combien végètent dans des taudis sans jour, sans air, sans confortable et sans. nécessaire! Et »ju'est-ce donc (jue la pauvreté, à plus forte raison la misère, sinon la rareté ou l'absence des choses utiles ou indis|)ensables à la vie? Ea vérité, c'est que la France , quoique moins pauvre que d'autres nations, est pauvre, très pauvre. Et elle est pauvre pai'ce qu'elle ne produit pas assez, ou parce que, gênée par des mesures qui l'empêchent de demander aux autres nations ce qui lui man(juë, elle est réduite à ce que peuvent lui fournir difectement l'exploitation impartaite de son sol et le labeur de ses bras,. La production de la France s'est accrue,. depuis trois quarts de siècle, grâce aux progrès de la science, de l'industrie et du commerce, et il en a été de même dans le reste du monde. Il s'en faut cependant que la pauvreté, que la misère même, aient disparu. Et s'il est excessif peut-être de dire, avec le savant Russe Novicow, que les neuf- dixièmes des habitants de la. terre ne mangent pas à leur faim, il est incontestable que c'est le cas d'un trop grand nombre encore, et que l'humanité, dans sou ensemble, ne produit pas assez.

Il y a pourtant, dit-on, dans les différentes branches d'industrie, des producteurs qui ne trouvent pas à vendre leurs produits à un prix convenable ; il y a des moments où le blé reste dans les greniers, les étoffes en magasin, les meubles chez l'ébéniste et le vin chez le vigneron. Oui; mais est-ce par hasard qu'il.n'y ait alors personne à qui ces objets fassent défaut et manque-t-il de gens qui seraient bien aises de pouvoir se les procurer? Ce qui leur manque, ce n'est pas le désir, c'est le moyen de les acheter. Et ce moyeu, ce serait du travail, dont les vendeurs auraient l'emploi, ou d'autres i^roduits, à échanger contre ceux qui leur font défaut, ou de l'ax'gent, obtenu en échange de leurs produits ou de leur travail. Ce n'est pas l'acheteur qui manque, c'est la possibilité d'acheter.

Ce n'est pas la surproduction qui pèse sur.ie marché, c'est l'insuffisance de la production correspondante, ou la difficulté de mettre l'offre du marché national en rapport avec l'offre du marché étranger.

En fin de compte, il n'y a pas, et il ne saurait y avoir, surproduction générale, surabondance partout et de tout. Mais il y a souvent rupture d'équilil)re, engorgernent partiel sur tel ou

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tel point, parce (lu'il y a niaii(|ue de circulation et de coiisoiiiniatioii, c'est-à-dire de uioyeiis de consommer, sur il'autres points. Supprimez les arrêts arliticiels, tes entraves au travail et aux échanges ; laissez chacun travailler, vendre, acheter et consommer sans obstacles ou faveurs lé|j:ales ou aduiioistralives, et tout s'équilibrera au bénéfice de tous, .

C EST L [1MPUISSANCE.de CHACUN QUI FAIT

l.A PUISSANCE DE TOUS* CHACUN SE.

6r»»A^<**^/t*^^U,*V P2SiàîLL^' UN MÉTIEH, TROUVE SON COMPTE '^^^^^ T A TRAVAtLLER pont J.F.S AUTRES, "i" -t ± ' ' PLATON.

Division du travail.

AXS l'état d'isolement, à supposer qu'il soit possible, l'homme serait son seul ouvrier, son seul fournisseur et son seul client. Il ne produirait que pour lui-même, et nul autre que lui ne j^rofiterait de son travail. Il réunirait en lui tous les genres d'industrie dont il pourrait avoir besoin, je veux dire tous ceux qu'il serait eu ét^t d'exercer, et le nombre, assurément, en serait restreint, car comment, à soi seul, se livrer à beaucoup d'occuuations diverses et trouver pour chacune le temps d'y faire quelques progrès? Dans l'état de société, à des degrés divers, à mesure que cet état se complique et que le nombre des membres augmente, les occupations se multiplient et se diversifient, et, en-se db-%er- •sifiant. se perfectionnent. Chacun, ne faisant plus qu'un certain nombre de choses et les faisant plus habituellement, y devient plus habile ; il acquiert, par l'habitude, une adresse, une facilité qu'il ne se serait pas soupçonnée, imagine des procédés, dès outils, des. combinaisons, des tours de main nouveaux, et, travaillant, non' plus pour lui seul, mais pour les autres qui, de leur, côté, travaillent pour lui, produisant, par conséquent, plus en gi'aud et pouvant perfectionner son installation et soU outillage, se voit amené, forcé, en quelque sorte,- à produire' mieux et à meilleur compte. J^-*..c*^ftjL/^

C'est ce qiTbn appelle la division du travail, division qui est, en réalité, une union : division des tâches, union des efforts et partage des résultats. Le cultivateur sème et récolte pour des consommateurs qu'il ne connaît pas ; le maçon construit pour le cultivateur et pour d'autres ; lé carrier, pour eux, extrait 1b

LA ME kcOSOSIKjiE 18

])ieiTe. (juc le voiliirier traiisimrte ; le lissciiiiid, pour tous, , connus ou inconnus, tisse son étolTe, et, pour lotis de même, le Aivi«^ mineur extrait la houille, le hûcheron abat le IkTTs. le charpen- ' fier le débifeet le menuTsier le lat^'onne. Si bien (jue, le sachant ou ne le sachant pas, (ce qui est inexcusable), nous sommes à toute heure les serviteurs les uns des autres et mettons à contribution, pour la moindre de nos satisfactions, tous les climats, tous les sols, toutes les races d'hommes, les sueurs des uns, les (i^ veillesjles autres. la physique, la mécani(|ue, la chimie, le vent,

, la vaiteur. le poids de l'eau et la puissance de l'électricité. Le

"'^^ phnihpmldiufi lui-même, aditune Anglaise intelligente, suppose une division du travail qui confond l'imagination. Il y a, effectivement, une fraternité des choses, une communauté des besoins des travaux et des satisfactions qui devrait nous rappeler à toute heure la fratei'uité des personnes ; et, si nous étions / justes, nous ne mangerions pas un morceau de pain, nous

) , n'endosserioj^ pas un vêtement, nous ne goûterions pas une

trxÀ,' satisfaction sans adresser, dans le fond de nos cœurs, un remer- |f.^^^^'Ciement à nos frères inconnus qui ont travaillé pour nous et à ^^ la loi suprême de solidarité qui nous unit.

Et nous sentirions redoubler en nous, par un redoublement de bonne volonté, le besoin de payer aux autres la dette de notre gratitude.

C'est cette fraternité des choses, enseignant la fraternité des hommes, qu'a admirablement bien chantée notre grand poète Sully Prudhomme, dans ces vers qui mériteraient d'être dans toutes les mémoires :

LE SONGE *- ^6*^ - ^t/vc-^t^-v .

Le laboureur m'a dit en songe : « Fais ton pain ; Je ne te nourris plus, gratte la terre et sème. » Le tisserand m"a dit : " Fais tes habits toi-même. » Elle maçon m'a dit : « Prends la truelle en main. "

Et seul, abandonné de tout le genre humain, Dont je traînais partout l'implacable anathème, Quand j'implorais du ciel une pitié suprême. Je trouvais des lions debout dans mon chemin.

J'ouvris les yeux, doutant si l'aube était réelle. De hardis compagnons sifflaient sur leur échelle: Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés ;

Je connus mon bonheur et qu'au monde où nous sommes Xul ne peut se vanter de se passer des hommes ; Et depuis ce jour-là je les ai tous aimés.

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