‹ La vie économique, questions essentiellesChapitre 6 sur 45 · LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

LA PROPRIÉTÉ

Oli, toit est a tous les hommes, comme tous les moucherons qui volthiext

DANS l'air sont A TOUTES LES HIRON- DELLES. MAIS QUAND UNE HIRONOELLE EN A ATTRAPÉ UN ET Qu'eLLE LE TIENT DANS SON BEC. IL EST A ELLE.... -}- -}•!--{- -J- QUESNAY.

La Propriété.

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^ O N simple lait, iiisigni Il II plus, quand ou sait ^^^ uemeuts.

ïuiiiant eu apparence, eu dit souvent

;ait y réfléchir, que de longs raisou-

nemeut!

J'étais, eu 1865, avec ma famille, à table d'hôte, dans je N^e ne sais plus quelle ville. Dijon, je crois. L'u plat de pommes de terre, de très bonne apparence, circulait, commençant à se rapprocher de nous. Il était pour l'instant aux mains d'un jeune sous-lieutenant, fort poli et bien élevé, mais de bon appétit, qui s'en adjugeait une part respectable. « Pas tout, soldat, prends pas tout ! » s'écria subitement une petite voix d'enfaut. C'était celle d'un de mes fils, âgé. alors, de quatre ans, qui aimait les pommes de terre et craignait de ne pas en avoir sa suffisance. Voilà, me dis-je. dans sa naïveté, l'un des sentiments qui expliquent et. dans une certaine mesure, justifient les attaques contre la propriété et ces théories communistes, qui ne peuveut uaitre. suivant beaucoup de gens, que dans des cerveaux détraqués et des cœurs pervertis. Elles ont séduit cependant, il faut bieu le reconnaître, de grands et nobles esprits, des Platon, des Fénelon, des Thomas Morus. des Tolstoï, eu même temps que des Anabaptistes, des Muncer. des Jean de Leyde et des Egaux comme Babeuf.

« Instinct grossier de révolte et de pillage, déchaînement des appétits et de l'envie! » disent les irréfléchis et les peureux. qui ne songent qu'à défendre leur caisse ou leur lopin de terre et ne se sont jamais demandé ce que peut exciter de réflexions amères. dans les âmes ulcérées, le contraste de la misère des uns et de l'abondance des autres. Oui, envie et révolte chez certains, chez beaucoup peut-être ; envie et révolte entretenues, provoquées trop souvent, par le dédain et la dureté de ceux

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(UTiis ftnisidèreiit coiimi»' k's lioiiiciix du iiiuudt'. Idées fausses surtout, provenant d'une ii>noranee excusable des conditions dans lesquelles se forment la richesse et d'une déviation du sentiment de justice plus ou moins enraciné au cœur de tous. « (lomme il n'y a ([ue très peu pour tous, » écrivait un jour un homme, pénétré ])ourtant d'achniralion pour la science économi(iue. <( l'admiriihle science du ])aiii ». le Père Gratry, « celui (jui a beaucoup est dans l'injustice. ))

(( (^elui qui a Iteaucoup », me permis-je de lui répondre, « est dans l'injustice <juaiul sa part a été grossie aux dépens de la part des autres. 11 est à l'ahri do tous reproches, il est respectable et bénissable quand sa part n'est grosse que parce (ju'il a y)r(iduit lui-même beaucoup et a ajouté à la fortune publi<jue en" faisant sai)r()i)re fortune ». Là, est le véritable nœud de la ([uestion. Si vous croyez (et beauct»up malheureusement le croient, oubliant tout ce qu'ils ont vu surgir sous leurs yeux de ressources nouvelles, de richesses insoupçonnées, d'accroissements de la fécondité des mains, des esprits et des cœurs), si vous croj'ez que les moyens d'existence préparés pour l'humanité sont une quantité déterminée et invariable, il est clair que celui qui a beaucoup ne peut être mieux partagé que parce qu'il a détourné ou usurpé une partie de ce qui devrait revenir à ceux qui ont ])eu. Si. au contraire (comme cela est la vérité, et comme je ci'ois l'avoir démontré dans nombre d'autres pages) le lot primitif de l'humanité, la communauté à laquelle on fait allusion, lorsque l'on dit avec Rousseau, que « les fruits sont à tout le monde et que la terre n'est à personne » ; si cette, communauté de l'enfance du genre humain est une communauté de dénûment, de faiblesse et de souffrance, comme l'est, pour chacun de ses membres, cette enfance impuissante et débile dont il ne sort qu'en se constituant lentement ses organes et son intelligence, alors il en est autrement. Tout, sans doute, au début, a été offert et proposé .à tous^ Tout — je l'ai déjà dit; mais il n'est pas inutile de le répéter — est à tout le monde, en ce sens que rien n'est à personne, et que, dès lors, ce qui n'est à personne pouvant être appréhendé sans faire de tort à autrui, chacun peut, par son travail où son intelligence, s'approprier, en

I. Voir : Leçons d'économie politique, tome premier; les quatre Leçons sur la propriété et l'Hérédité. Voir également dans les Conférences d'économie industrielle (Hachette) mes deux conférences sur les mêmes sujets, et ma brochure Communauté et Communisme (Alcan).

21 LA PROPRmTE

r;ippri>|iri;iiit à ses besoins, iiiu- ii;iil liicii iikkIcsIc d'aljord de Cl" doiiiaiiu' vajiuc. Mais lorsque crtlo a|»|in)iirial ion, <|ui n'a rien |iris à personne, (jni a lait eonnailre par (|iul(jiies-uns de ses côtés la valeur et la puissance du travail, a tait appaiailre, c'est-à-dire a protlnit. dt's utilités, ces utilités apparliennent à leurs auteurs, et représentent pour enx une portion de l'emploi de leur vie. de leur activité, de leur iiersonne; elles sont, en quehiue sorte, personnalisées, et ne peuvent plus leur être enlevées sans une injustice qui découragerait de les imiter et de chercher à combattre le dénûment primitif tous ceux qui en seraient témoins.

« La terre, a dit Rousseau, n'est à personne et les fruits sont à tout le monde ». Soit ; mais cette terre qui n'est à personne, n'a de valeur pour personne ; et les fruits, s'il y en a, et s'ils ne sont pas trop amers, ne peuvent encore être à quebju'un qu'à la condition d'être obtenus d'abord au prix d'un effort, qui n'est pas toujours sans mérite. « Tu me demandes le fruit que j'ai cueilli, l'œuf que j'ai déniché, le poisson que j'ai pris, en me disant que tout est à tout le monde », répondra, et a répondu toujours le sauvage auquel un autre sauvage prétendait disputer sa capture : « C'est mon temi)s, c'est-à-dire une portion de ma vie, que tu veux me prendre. Tu veux avoir sans peine ce qui m'a coûté de la peine. »

Un groupe d'hommes occupe en commun un territoire. Ils y vivent misérablement de ce que l'on a appelé de nos jours les droits primitifs : chasse, pêche, cueillette ou pâture. L'un d'eux, ayant remarqué comment certaines graines comestibles se reproduisent, a l'idée de gratter un coin de terre et de l'ensemencer. Enlève-t-il, eu s'appropriant, c'est-à-dire en appropriant a l'entretien de l'existence humaine ce coin de terre, quelque chose à ses compagnons? « Nous aimons. » disaient ceux-ci, au témoignage des premiers missionnaires qui ont visité jadis les Indiens d'Amérique, « qu'il y en ait parmi nous qui cultivent la terre. Ils cessent, pendant qu'ils le font, de chasser le gibier, et il nous en reste davantage. »

Ils font mieux ; et la légende de la naissance du maïs, que j'ai reproduite ailleurs^, montre qu'ils s'en sont bien rendu compte. Ils apprennent à substituer ou à ajouter à cette jouissance primitive, qui n'était qu'une dévastation en commun, une

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