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I. Voir mes Causeries du Grand-père. Alcide Picard

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utilisalion productive. Ils tleviciuieiil les i)6res de l'agriculture, les créiileurs de moyens d'existence nouveaux et moins précaires, les premiers nourriciers du genre iiumain. n^-' Or, ce qu'ont fait ces sauvages, donnant plus qu'ils ne prenâîfnt, et considérés à juste titre, par leurs frères, comme des bienfaiteurs et non comme des usurpateurs, c'est ce qu'a fait et ce <iue fait, depuis l'origine des temps, tout travailleur lionnêtequi. sans dépouiller aucun de ses semblables, se procure, l)ar son travail et par son intelligence, en découvrant une source de richesses nouvelles, en améliorant une culture, en perfectionnant une espèce animale, en inventant des outils, des moyens de communication ou de transport avantageux, une aisance ou une fortune personnelle. Et c'est du i)ront que tire, de la formation de ces richesses et de ces propriétés individuelles, la société dans laquelle elles se forment que résulte, par une sorte de rayonnement inévitable, la richesse générale. Nous mangeons du pain parce qu'il y a des cultivateui's, propriétaires ou autorisés par les propriétaires, qui ensemencent et récoltent le blé. Nous avons des vêtements de laine et de coton parce qu'il y a des gens, au bout du monde peut-être, qui possèdent des champs ou des troupeaux. Nous avons l'espace à notre disposition, parce que des ingénieurs comme Georges Stephenson ou Fulton nous ont donné les chemins de fer et la navigation à vapeur. Nous commençons aujourd'hui, habitués que nous sommes à ces puissants moyens de locomotion, à oublier que nos pères et quelques-uns de nous-mêmes ne les connaissaient pas au début du siècle dernier. Il en est de même pour tout. Nous nous imaginons que le monde a toujours été tel qu'il est. Il a été fait par la succession des efforts des hommes qui ont eu intérêt à le faire tel, et qui ne l'auraient pas fait si le fruit de leur labeur leur avait été refusé.

« Qui a fait la terre ?» a dit Prudhon. « C'est Dieu. En ce cas, propriétaire, retire-toi! » — « Qui a fait la terre? » a répondu Michelet, en montrant comment chaque motte de cette terre a été façonnée, pétrie par la main du cultivateur. « C'est l'homme. » vv-vêXC- •

Guarda il sole che si fa vine

« Regarde le soleil qui se change en vin, » a écrit le grand poète italien, le Dante. « Regarde la sueur de l'homme qui se change en pain, » pourrions-nous dire eu contemplant le rude travail du laboureur. Et de même de tous les produits du tra-

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vail liiiiii;iiii. Kt c-t-la est si vrai, io sentiment iln didil personnel de possession qui résulte du mérite personnel est tellement naturel, ([ne le lanalisme le j)lus alistdu des doctrines tliéori(iues ne saurait en triompher. Les communistes Russes, ces très honnêtes et très intéressants sectaires nommés les Dukouborkis, forcés de quitter la Russie, (»ù ils étaient persécutés pour leurs croyances religieuses, avaient été accueillis avec bienveillance au ('anada, où des terres dépendant du domaine public avaient été mises à leur disposition. Mais ce n'était (ju'une tolérance provisoire, (les terres, pour leur être assurées, devaient leur être attribuées par un acte à titre de propriété. Ils s'j' refusaient. Et, comme ou leur faisait observer qu'autrement ils n'avaient aucune garantie, leurs lots, légalement vacants, pouvant être achetés à l'Etat Canadien, ce qui les aurait dépossédés : « Comment, » disaient-ils « nous aurons travaillé, défricjié, semé, planté, bâti, et nous ne serons pas sûrs du lendemain? »

Cette sécurité du lendemain, cette reconnaissance du titre que constitue le travail de la veille, c'est la propriété.

En droit, il n'y en a pas d'autre, et elle est inviolable. En fait,

-il y en a des contrefaçons, des violations pour mieux dire : il y des possessions irrégulières, usurpation de la possession régulière, dépossession du fruit du travail, au i^rofit de la violence ou de la fraude. Il y a le vol, qui suppose la propriété, puisqu'il n'est autre chose que la substitution injuste de celui qui n'a point travaillé à celui qui a travaillé. Et c'est cette propriété usurpée que dénonçait, au fond, Proudhon, dans son auathème fameux : « La propriété, c'est le vol ». Ce même Prudhon, dans un autre de ses écrits, relevant les échecs constatés par l'histoire, les injustices et les désordres provoqués par tous les essais de communisme, s'écriait, en adressant cette apostrophe à ses amis tels et tels, communistes ; « Arrière communistes, vous m'êtes une puanteur! « /û/-iti\-

Xe soyons pas si durs ni si intolérants. Respectons toutes les convictions sincères ; reconnaissons que, sous ces revendications contre la propriété, il y a souvent un fond d'asiîirations

^généreuses ; et que bien des abus, dans tous les pays et dans tous les temps, ont pu se couvi'ir du respect dû au droit; mais maintenons sans défaillance le droit. Le communisme, c'est le retour au dénûment primitif. La propriété, celle qui n'est que la reconnaissance de ce qui est dû au travail, c'est le pionnier de la communauté grandissante de richesse et de bien-être.

LA yu<: ECONOMIQUE n

MES ARIUÈRE-NgVKlX .MK IIKVKONT crrr OMItHACE : 1"

CELA MÊME EST UN EKUIT QUE JE (;()ÛTE AUJOL'l{I)'.HUI.

'EIl! QUOI, IJÉFENDEZ- VOUS AU SAGE ■{• -f 't t t +

DE SE DONNER DES SOINS"pOUR LE l'J.AI'-ril t)'AIJTRUlV

La FONTAINE.

L*Héritage.

EUX honiiiies sont nés le même jour, et leur vie va se ])asser dans le même pays. Mais leurs destinées seront inen différentes, et dès la première heure tout est contraste entre eux. Celui-ci est l'iche, c'est-à-dire que sa tamille est riche. Son père, par son travail et son intelligence, a su acquérir de la fortune, ou peut-être, tout simplement, sân.^ avoir rien fait que de conserver ce qui lui avait été laissé par d'autres, il en a. De ce fait, lui, l'enfant nouveau-né qui entre dans le monde, est assuré de soins qui préserveront son existence ; et il trouvera, lorsqu'il sera en âge de se diriger luimêilie, le chemin tracé devant lui et des provisions préparées pour le voyage dé la vie. Sans peine, sans efforts, sans prévoyances, sans privations préalables et sans mérite personnel, ■il aura, comme on dit, son lit tout fait et sa table mise : il ^ un héritage.

L'autre, à la lettre, entre nu dans ce monde. 11 n'a rien (et pas toujours) que les soins imparfaits de ses parents, qui n'ont que leur travail; et si, à force de privations, ces parents parviennent à l'amener tant bien que mal à l'âge d'homme, il n'aura pour subsister par lui|même que ses bras : il n'aura pas d'héritage, ou, s'il en ^ un,- ce sera un héritage passif, la charge de ses vieux parents, devenus incapables de se suffire désormais, et auxquels i] lui faudra rendre ce qu'il en aura reçu.

Quelconti-aste dans ces deux situations, quelles-inégalités et, ne faut-il pafi xHre, quelles "injustices ! Beaucoup se le disent, en effet, et," par un sentiment de révolte biennatureU ils concluent logiquement qu'il faut supprimer l'héritage. Ce que laisseront les mourants, au delà d'un minimum indispensable, sera attribué à l'Etat, qui en usera, soit pour fonder des établisse-

meiils triiistryclioii, de prévoyaiu-o, <U' rclr.iitc suit iionr décerner lies prix aux iiiveiifenrs et des iiKMJailles ou |iensi(»Ms aux vieux serviteurs, aux sauveteurs ou autres considérés eoniUK; des bienfaiteurs puldics.

Oui, celai>arait juste au premier ai»ord ; si juste (|u'il semble dillieile d'y trouver ;\__i;eilire. Ht cependaul i)artout, sous une forme ou sous une autre, la transmission des itiens dès pareuts auxetdants, d'uxie partie do la famille à une autre loutau moins, a été consacrée ])ar lu loi ou par l'usage. (;'est qu'il est impossible, et (|u'il sérail injuste et dangereux de méconnaître le lien (lui attache les uns aux autres les membres divers de la même famille ; c'est que les i)arents, en donnant le jour à des enfants, s'obligent à assurer leur existence ; c'est qu'ils travaillent i»our eux, et non seulement pour les nourrir et les élever i>eudant leur enfance et leur jeunesse, mais au delà. C'est que souvent, très souvent, les enfants, sous une forme ou sous une autre, foopèreut à la création, à la conservation de la fortune paternelle, et ({ue, lorsqu'ils n'y ont pas travaillé nuitériellement. ils y ont contribué en inspirant et en entretenant chez eux l'activité, l'économie^ la prévoyance; que c'est pour eux. pour leur avenir, que ces parents ont peiné, et que les priver de la satisfaction de laisser après eux, à leurs représentants, ce qu'ils leur ont destiné, c'est les dépouiller par avance "et c'est tarir eu eux la source principale de leur énergie. C'est, en d'autres termes, sous prétexte d'enrichir la société de ce qu'on leur enlève, la priver de tout ce qu'elle aurait naturellernent recueilli de l'augmentation de son actif par leur travail. La richesse rayonne, et celui qui la possède ne peut en jouir ([u'à la condition de la dépeiiser.

Certains, remarquant que nous ne pourrions rien, pour ainsi dire, sans la collaboration de la société, sans la sécurité dont elle nous fait jouir, les conuiiissances dues aux générations précédentes, ou à nos contemporains, dont nous profitons, et les ressources de toutes natures préparées par d'autres mains que les nôtres, se croient en droit de conclure que la majeure partie, sinon la totalité, du fruit de nos labeurs, devrait revenir, après nous, à cette société dont nous sommes les débiteurs.

Ils oublient de faire le compte de ce que la société, de son côté, doit aux travaux individuels de ses membres. £t ils ne voient pas qu'en face des héritages personnels, transmis par les individus à leur parenté, et en vertu de ces héritages mêmes, il y a un héritage collectif, dont il est impossible de calculer l'importance, et qui disparaîtrait si l'on enlevait au

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père «le raiiiille l.i laciilté de travailler non soiilenienl puur lui-même, mais jiuur eeux (jiii lui sont chers.

« Mes arrièro-iievcux iik; (lovroiil lx-I ombrage »,

fait dire La Fontaine à l'octogénaire «[ni plante des arbres qu'il ne verra peut-être ])as grandir :

« Cela nièiiie est un fruit que je goûte aujourd'hui.

Eh ! quoi, défendez-vous au sage

De se donner des soins pour le plaisir d'aulruiP »

Non seulement pour le plaisir, mais pour le bien, pour l'enrichissement, pour le bien-être sous toutes ses formes, pour le développement matériel de l'ensemble des générations qui suivront,

« Veut-on, » disait l'auteur d'une excellente étude sur La cherté des grains, M. Victor Modeste, « toucher du doigt cette hérédité universelle'? ...... « Su^iposez qu'une de nos industries,

celle du verre par exemple, vienne à disparaître. Est-ce au prix d'un million de francs d'expériences et de tentatives que vous la reconstitueriez ?Non sans doute. Eh bien ! jugez par-là du prix de l'ensemble ; et dans cet ensemble, il n'y a peut-être pas un capital, pas un procédé découvert qui n'ait été transmis par un père à son fils, par un donateur à quelque donataire. Triptolème a eu vraisemblablement des héritiers pour sa charrue, et l'inventeur anonyme du verre pour sa découverte »

« Et pourtant à quel prix vous procurez-vous le grain qu'a préparé la charrue, le verre, le coton, la laine, le lin, filés, tissés et teints par vingt séries de procédés industriels? »... « C'est que les machines, c'est que les découvertes travaillent pour vous gratuitement ; c'est qu'en même temps que les inventeurs avaient des fils, ils avaient des frères, des parents, dont vous êtes les descendants ; et que la propriété, les capitaux, les fruits du travail et de l'intelligence, sous toutes leurs formes, se souvenant mieux que vous, sans vous, de ces parentés inconnues, vous ont compris d'eux-mêmes dans l'héritage.... »

C'est cet héritage universel que l'on supprimerait en portant atteinte à l'héritage individuel.

27 (:<L\ SOMMATION. — hJ^AnCMC

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