‹ La vie élégante à ParisChapitre 11 sur 85 · DES LOCUTIONS · texte numérisé non relu

DES LOCUTIONS

Les mauvaises locutions sont des restes d'habitudes de mauvaise éducation ou de mauvaises firéquentations.

Il y a une vieille maxime qui dit : « Riez avec ceux qui rient; pleurez avec ceux qui pleurent. »

Telle n'est pas mon opinion absolue.

Dans ce livre un peu trop didactique peut-être , je ne puis pourtant pas vous laisser sans notions sur tout ce qui peut vous être utile, même sur les choses qui au premier aspect pourraient paraître puériles.

Des raisons particulières, des motifs d'affaires peuvent vous conduire chez des gens communs, dont les locutions sont déplorables ; gardez-vous

de les imiter, et ne hurlez pas tovjours avec les loups.

Pour bien rendre ma pensée, je vais vous donner ici une série de locutions ou d'expressions de mauvais ton, pour vous en préserver. Cela me laissera la latitude de m'entretenir avec vous, dans les chapitres qui concerneront les salons, de choses d'un ordre plus élevé , ainsi que des traditions des beaux temps de Texquise âégance des manières.

Vous avez trop d'esprit pour ne pas comprendre que je serais d'un ennui mortel, si je vous donnais une espèce de dictionnaire pédagogique des us et taiaiêmes àa monie; aussi je me bomerav à tous laôsser qadiqpies' seraeuces que vocis saurez Mfîe germer. Les fruits qu'elles porteront seront dus MA FemeîgnementS' de quelques amis et amtès, parmi lesquelles il' fiaiït placer dxk premier rang l» spirituelle et. lama» eomtesse de IBrsàf , à&&b la fiile si (Mstii^oée élait une perle à la cour de TesesœK

V Qa lae demande pas des nouvelles de sa femme à im BMUfi, mt lui disant madame vofr& èpou^; es même quand il s'agit de sa ûlle, vous ne pou'^wi

1. Cette terre bénie du ciel,, cette patrie des grande géni«« •t des grands talents, est placée sous le gouvernement paternel te:4i%itco héfiitie». âJLgrBmi MoroLSk

D£ L*C]&É6ANCE P£RSOIf!fELLE. 55

pA5 ^Sre : Comment va votrs demomUt?^ Ydus dfti» aa mari : «Coimnent va madame ***!» iFoasajcmtez le nom du mari. Si c*est de sa fille que voiis prenez des noHTciles, tous dites • mademoiselle votre

Si vous parlez aux enfants de lenrs pareRts, tous avez le soin dédire : c MonsieciryoCre père, nmderme vuÉre mère, madame votre tante, » ete., etc.

Un imi prormcia), qui était venu à Paris prar assister aux dernières filtes, i^en retourna cbexhii eir disnÉqu^il étsit content d^avoir vu Fempenur, ionipomt. et kwr p&it hcfBànownne.

Dites bien clairement mademoiselle quand vous paaiez à une jeune personne. Maniselte est commun, 00 impertinent.

Sn IlaMe, Te laissa-aller del parlare permet de cKie, en citant de très^grandes dames qui stmt parfiétsmentvertuaiHses, la Cdona, pour la {Hrincesse Ck^cma de Rome; là Pi§natelH, pour la prineesse Kgimtelli de Naples; la Corsini^ pour la prmeesse Corsini de Florence; la Centuriom^ pour la prin* eene Centurioni de Gènes. Turin étant en contact plus immédiat avec la France, la langue it^ Henné y est un peu plus rigide dans Fexprffîsîoai la Fr«R£, les susceptibilités, ou le purisme^ de noire langue, ne pœ-mettent ces mots que pour ce qui appartient au théâtre ; encore est-il de tort

bon goût, quand on parle de grandes artistes, de faire précéder leur nom des mots mademoiselle ou madame.

Femme enceinte ne se dit plus, femme grosse se dit plutôt; on a adopté état intéressant ^ quoiqu'il soit précieux et affecté.

Ne dites pas un cadeau; dites un don.

Les expressions orgie ^ bacchanale et mots analogues, ne doivent jamais retentir dans un salon. De grâce, pensez à ce que vous voulez dire avant de parler : car, s*il doit vous échapper un mot qui blesse la décence ou la convenance, il est préférable de vous abstenir.

Un seul exemple pris dans le demi-monde vous suffira pour vous préserver. A l'une des visites de ces marquises inconnues et de ces duchesses im^ possibles, la maîtresse de la maison disait à une jeune personne : < Tenez, ma petite, le marquis ici présent a depuis longtemps une tocade pour vousv.., — Merci, répond la personne pour prendre le ton du genre, je ne cultive pas les jeunes gens. »

Je vous prie de faire attention au mot conséquent^ qu'on estropie trop souvent. Un homme conséquent est celui dont la conduite est conforme à ses principes. Une fortune, une terre, une belle maison, peuvent être considérables^ mais jamais consén qv>entes.

Ne dites pas d'un homme gros qu'il est puissant^ ou d'une femme grosse qu'elle est puissante. La puissance est dans la force ou dans le pouvoir.

Gardez-vous de dire, comme les gens les plus communs, en parlant d'un général qui vient d'être élevé il une haute dignité dans la Légion d'honneur, qu'il a obtenu le crachat, c'est ignoble et dégoûtant ; dites la plaque de la Légion d'honneur. Il en est de même de tous les ordres étran-

Jf appelez pas Paris la capitale.

On ne dit plus pincer de la harpe ^ toucher du ^no. Jouer s'applique à tous les instruments. On dit sonner de la trompe; donner un ton de diasse. On dit aussi battre la caisse, et non battre k tambour; le tambour est l'homme qui bat la caisse.

Le mot croisée a vieilli ; dites fenêtre.

Ne dites pas : « J'ai mangé v/n fruit, un raisin; » c'est du fruit, du raisin qu'il faut dire.

Vous pouvez, en parlant à une femme distinguée et respectable, lui dire : « J'aurai l'honneur devons faire ma cour tel jour, si vous voulez bien me le permettre. » Mais on ne doit pas avancer que M. *** fait la cour à Mme *** ; il est plus convenable de s'exprimer ainsi : « M. *** rend hommage à l'esprit de Mme ***; » à /a beauté

58 LA Vi£ iLfiiiÀliTË A PARIS,

ne serait pas par&it, £8r i»Ia pesnak dooner une coulear mcuémUe «aux «aasiduilés de if. ***: Et généralemeat ie j^atérialisme , le ^aktmsme^ acHit malxeçus dans Ibs salons de la Ixxmeaampagnie.

Ne dites pas de oesiriTialitfe : « ie yms me jeler dansJes bras de Morphée; — Voilà un fauteuil i|iii vous tend les bras; — iËmilie s'en ya idaas le royaume des taupes; — Ses épaules sont .falanoha comme un lait y ses mains comme un salin; — ie vais ce soir en société. « — On doit dire comme idu lait, €&mme du Mtsax, et quant ra mot st^îHâ^ il est aussi boul&rersé» par le peuple, que le mtii amsèquefnl.

lûiTL peut èÀ^^ en société^ lorsqu'on est uni par des liens d'intérêt avec des commerçants <mi des industriels : cela veut dire que vous avez formé une entreprise avec qudques perjsonnes et qu'il y a entre vous un .acte de âociéité. Voilà |>our les i«iations d'affaires*

Quant au mot .socikè, pris en général, c'esl.xin peuple qui primitivenàent, et afin de s'eatr'aidi^^ soit pour donipter les animaux, soit pûor oiWier la terre, mi pour vaiacre tes éléments, soit. penr développer les facultés e^ Dieu a données à l'homme, s'est réuni en nation, en sadètèy&ïmaBûttantJt'état vagabond «^.sauvage.

DE L*£l£GA»C£ FfiRSONNSLU:. 59

Qa<a donxké soment <ua fieu ^d^^tBOsioa au aot société ; mai&iltie^uidrajaflaaiis dire atkr anismnài, pour dire aller dans le monde.

Dâfis \es MéiBûires attribués à la mar(piîfle*de Gréquy, on k^ouvececi : « Geux ^ «disent kéonw sêciàté ne sont pas de la ècwse compe^gnie^ « Cela rend ma ^nsée .naiettx ^lue tout ce qw jlauraîs Ji 4Ϋatar.

Ke 4îtes pas atfer -ea soirée^ autant vaudmMl : oUiT'^» moxûi^e, mjûMT^ yen mùl.

Jte confondez faiS\mortifisr avec fâcher : < J*ai élé bien morti^ Ab Jie m*ètre pas tsoayé chezimoi lof»que ¥ausiavez fxi&]ai pdne^^y venir. > Moriîfiàwwtlant dire humilié^ cela ne peut être le seEutiiDent ^ue vûus avez éprouvé; c'est /ocÀé iju'il est d'usage de dire, ^pjeique., jBuka&t moi, la vraie phrase devcaftt être ^ « J'ai beaueoup regretté, » etc., «le.

J'«spère bien qu'en offiraol du talmc vx)iis m diÉss pas : JSa im^sm;»»? — ni J^lf 4^0» de smit; ^^Jr iJAnuinB, pour se tuer; — ni Ses {irocédésititf-«- DÛ de moi (envers moi) . >

Ne dites point ^Miser j^Mvvniurier^ ces mots ae sont pas /S7iK)Qymes. ûslui qui dit um soUise «st un sot, puisqu'il (ait rjn^)(»^ant et n^nque 4e justesse dans Tesprit. Celui qui dit une injure est un bomme violent et colérique, «qu'un duel ne suffît pas fiour

Celui qui dit d'un homme gai : Cest v/a farceur, d'une femme trop gaie : Cest une farceuse^ est un pilier d'estaminet.

Garez-vous de ces trois espèces d'hommes, ils ne peuvent que vous nuire, tôt ou tard.

On ne doit pas désigner un homme qui a trèspeu de fortune, un homme pauvre enfin, par les mots : n est peu fortvné, car fortuné veut dire heureux ; tandis que l'on peut éprouver les chagrins les plus cruels en jouissant d'une immense fortune. On n'est donc pas fortum parce qu'on possède deux cent mille francs de rente, on rCest que riche. < Il y a de la Providence là-dessous, » disait Pascal.

Si vous allez, comme moi, en omnibus, vous entendrez les gens qui vous dérangent vous dire poliment : Excusez, au lieu de : « Je vous demande pardon. » La majeure partie vous dira même , avec une fort bonne intention : Je vtms demande esccuse, ce qui est bien autre chose; cela voudrait tout simplement dire ceci, si ces personnes parlaient français: «Vous avez eu des torts envers moi, et j'exige que vous vous en excusiez. » Ce qui serait désagréable pour vous, après avoir eu les pieds écrasés.

Ne dites pas : béuiy pour bête; — embêter^ pour ennuyer; — douceurs ^ chatteries y pour sucreries ou

friandises; — beau râtelier^ pour belles dents; — carré y pour palier de l'escalier; — une bonne trotte y pour une longue course; — fendant ^ pour tranchant ou présomptueux; — pas moins ^ pour néanmoins; — quoique pa, pour malgré cela; *sur y pour aigre ou acide; — entregent^ pour adresse , habileté, quelquefois intrigue.

Pour exprimer qu'une chose est à la mode ou contre la mode, il ne faut pas dire : Cest le bon genre y cela est de mauvais genre. Genre ne peut être synonyme ni de mode ni de goût.

Ne dites jamais : éduquer^ pour élever ; — endèver^ pour s'impatienter;— croquer, &%uer, pour mentir;

— rouler carrosse y pour aller en voiture; — bougon^ nery pour gronder; — se soûler y pour s'enivrer; — décesser y pour cesser ; — bâfrer y pour manger avec avidité; — éreintéy pour harassé; — priser y pour prendre du tabac; — bisquer y rager y pour être contrarié ou impatient.

Ne dites pas davantage : Les jambes me rentrent dans le corps y pour Je suis très-las; — R fait des morales y pour dire II donne des leçons de morale;

— // fait les cent coups y pour II fait mille folies; — Votre chaise est sur m^oi, pour Votre chaise est sur ma robe ou sur mon paletot.

Il y avait au xvn» et au xvm* siècle des quahfications qui ont disparu. Ainsi < le titre de Madame

6f LA VIE .SL£6AMTJE A PABiS.

était portée droit ^r tantes les filles de France, dit Saiirt^imon; il^'éteidit aux filles des duchesses funelleB^, puis enfin aux fiUes dama ^atours; i» fgt Louis XIII qui créa ee dt^oît pour Mlle 4*Haiiiefert.

« Louis XIV domn des lettres spéciales pertaat permission à Mlle de Sery, comtesse d'Ârgentm, parente de la duchesse de Ventadour, et amie du duc d'Orléans (depius régent de France), de preodso égaiein»it te nom de Mwkme^.^w *

Ces distinctions n'existent plus aujourd'hui; mais» pour être parfaitement poli, il ùsxi m pénéirar de celles qui mbsistent encore et savoir ies.appliqner à pn^s ; jLûuit enfin faire une foi^devConoessioBs et de sacrifiées agréables aux autres, {)ourie8 co&- ▼aincre que nous préfiàrons l€nr satisfactio& k la nôtre.

Soyez anssi très en garde Gontre<ks habitudes4e

1. On entendait par ces mots les filles nées duchesses, et nim (hxehesses par lenrioan.

.2. Le chevaUer d'ûrUaas , £is de S. A. R. le duc d'OrléajM^^t de JBdme la comtesse d'Argenton , élait grand prieur de France , général des galères de France , grand d'Espagne , etc. , mais non apite à régner.

Il ttiU sur les fonts de baptême la comtesse de Jforle , .ma grand'mère (côté paternel). Son père, le comte de Marie d'Autigny, gouverneur de Tretz, commandait deux des galères de Fmnce , 4 T^poque où le prince noria , doc Jie Tund , «OBiBaLndait cfilks de Guêiws^

DE L'ËLËGANGE PERSONNELLE. 63

quelques gens qui ont toujours le besoin de se mettre en scène, de parler d'eux, de leurs goûts et de leurs habitudes, de juger telle ou telle chose, s'appuyant sur la sûreté de leur jugement, etc , etc. En général, ne vous mettez jamais en ayant, même en très-bon langage, ce n*est pas poli pour les autres, et c'est quelquefois dangereux pour soi.

QIQÂ^CP

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