‹ La vie élégante à ParisChapitre 12 sur 85 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'homme élégant.

Asims était en Grèce le nom de Fhomme élégant. Un auteur anglais a pris ce pseudonyme pour faire une espèce de traité sur la science de la vie (Science of life), au point de vue, bien entendu, de la vie élégante , qu'il a intitulé : The Science of étiquette. M. Asteios se pose en écrivain himoriste. Tantât de l'école de Johnson, qui, comme le dit Frédéric de Mercey, est alternativement puéril ou touchant; tantôt comme Sterne ou Swift, qui sont presque toujours spirituels et amusants. V élégant Asteios donc s'attache à montrer la haute importance des mots monsieur y cher monsieur et respectable monsiewr .{sir, dear sir, respected sir). Je ne compte pas le suivre dans ce qui me reste à dire sur l'élégance et

aur les hommes qui ont brillé dans cette science, où l'un des principaux avantages est d'avoir ce que les Anglais ont par-dessus tout : sel f confidence (confiance en soi). Cela sert merveilleusement pour l'impudence avec les autres , pour peu qu'on y soit disposé.

Cela rappelle aussi très-bien cette stifpness (roideur) dont on parle tant. .

Il faut que je répèle id que la politesse, l'urbanité, la toilette des hommes, leur manière de se tenir dans le monde» les règles enfin du savoir^ vivre, sont essentiellement distinctes aujourd'hui de ce qu'elles étaient autrefois.

L'homme commun manque à toutes ce^rêgfcs; te fashionable ignorant et important les eMgèred te» rend ridicules ; l'homme comme il fitirt taàtjjosU ce qtf il faut.

Le fashionable, sachez-le bien, n'est pas Ykâmme poli; c'est chez lui le triomphe du bizarre, éa singnlîer, sur le naturel.

Le fiishionable aaglass pur-srang dent aytmr on fafette dédain des 'homrnes et des choses (eas^ «»m).

Il nfè doit jamais s^émotfvoir, sôuriife at^tueasB^ îBeni, être heureux ou nvalheiiretix ; ssolemen^ s^il perdait son chien terrier, scm gfta^hoîmdy oo si son cheval faisait un fiaseo k )a ch^sa, il devrait mon*

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trer âtt wéconlîenteîneîif , froncer te 9cnrrc3 à la manière de Jupiter.... ma» parlïer bientôt après dfkiitre chose.

Le ilishionable ente lés h(»(mîes vtrigaire», on emx qui n*ont pas tme ftrrtiawe à dissiper. R on en rencontre, il faut, comme disait I*impertiMiil Brmmidy les coi éireetig (les couper à Finttant). fSonqier sos homme, dit MeEeer, ^^ d^ooei tante tentative de conversation.

8n général « k résene d» fastûonafale envers tottle flooode d(nt étretadterae, hantaine, ins»* bmte.

n doit aimer le cm/^nrftiàl9, mais sans prendre k peine de s*en occuper. Q s*élend sur m» diva», le {»ed de sa jambe drevte appuyé sur le gencm gauche, la tète renversée en arrière , et aittend ainsi la 9éRcité, comme les princes arabes attendaient les vih loplés orientales au temps des califes.

Le fum$ fashkmable doit loujonrs cherefaer à Aioair le bour^ems ; il doit avoir un mépris d» bon ^ avec ses égana et ses inférieurs. Quant à ses supérieurs, il leur parle avec une habileté telle qu*il peut tromper tous ceux des assistants qui ne sont pas faits à ce manège ; il prend une supériorité fac^ tice, et, lorsque le supérieur est distrait par la moîn* dre des choses, il en proflte pour prendre des airs protecteurs, quand il n'est au fond que-le protégé.

La France, avant Louis XYIII , ne connaissait pas le mot foikUmabU; il est venu avec la constitution d'importation, et a été suivi d*une foule de mots que notre Joekey-Clûb a adoptés, et qui se sont répandus dans les habitudes de la vie depuis notre entente cordiale avec rAngleterre.

La France ne comprenait, autrefois, la galanterie spirituelle et élégante qu*avec des hommes bien élevés.

Ainsi, la plupart des types qui frappaient sa mémoire et fixaient ses convictions, c'étaient le roi chevalier, et près de lui Brantôme; sous le roi Béarnais, c'étaient Bellegarde et Bassompierre.

Sous Louis XIII, on retrouve le même Bassompierre, si jeune à quarante-trois ans qu'il refusait d'être maréchal de France, assurant que ce n'était qu'une affaire de vieU homme.

Ce qui faisait dire beaucoup plus tard à plusieurs femmes, et particulièrement à Mme de Motteville : * Les restes de Bassompierre^ valent mieux que les prétendues primeurs de la jeunesse actuelle. »

Bassompierre avait alors soixante-cinq ans.

Sous Louis XIV, on citait comme la fleur de la galanterie élégante le marquis de Vardes, le chevalier de Gramont.

t. Mort en 1646.

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Sous Louis XV, le maréchal de Richelieu et le duc de Lauzun.

Sous Louis XVI, le comte d'Artois, le baron de Bezenval, le comte de Vaudreuil.

Sous Louis XVIII , le vicomte Sosthène de La Rochefoucauld.

Sous Charles X, le duc de Guiche.

. Enfin, de nos jours, mon spirituel et bon ami Alfred, comte d'Orsay- Ce livre, je le reconnais, n'est pas pour l'élève qui sort du: collège ; mais je tâche qu'il soit à l'adresse des intelligences viriles qui n'ont plus qu'à jouir des avantages soit d'une fortune héréditaire, soit d'une fortune acquise par leur honorable labeur.

Pour sortir du stérile sillon tracé par tous ces prétendus Guides du monde comme il faut, j'écris avec la résolution, en m'adressant à ces intelligences nouvelles, de leur faire connaître quelques intelligences anciennes, afin qu'en entrant dans le monde ils aient des indications suffisantes pour ne paraître gnorants ni du passé ni du présent.

Ainsi, dans ce chapitre, je ne puis me dispenser de montrer à ceux de mes lecteurs qui se sentiraient des entraînements vers l'élégance anglaise, ee spirituel Français qui fut le type le plus parfait, le plus élevé, le plus noblement élégant qui ait existé dans les Trois-Royaumes.

70 LA VIE tZtQXnn A MRIS.

Mais Kmtkt dé tous parler de bo^ d'Qrs^^; ^i était devenu Tun des sporting gmtiemmle^ phm rB*nommés de r Angteterre, îl faut que vous^rmmaissiez quelques noms de gent^shommes anglais qui &&§ brillé dans la Grande-Bretagne avant la céîflmté du comte d'Orsay.

Sir Walter Ralegh*, favori de la reîne ÊRsabeft*. Cte fût lui qui se dépouilla un jour du riche manteau qu'on portait alors, et retendit devant le* pieds de la reine, afin qu'elle pût franchir tm endroit fangeux sur lequel elle hésitait à passer. II était lié avec le poète le plus renommé du temps, Edmond Spencer. Il était fui-méme Kttérateor, poète, et doué surtout de cet esprit chevaleresque,

qui exerce un si grand charme sur les fcfmmes.

Sfr Kenelm Digby, neveu de lord TterryneMgby* présentait la brillante réunion dés quafitéfs qui éblouissent avant de convaincre, qui commfandéat ^admiration avant de prouver qu'elles la méritent

rai cité ces deux noms parce qu*3s ont eu? ime valeur réelle, et une justte renommée de cowrtoine^ d'iSégance et tfesprit.

Le comte Alfred d'Orsay était le digne saccesseur

1. Né en f&S2, dieapità pa» ordta d^ Jacques 1»,^ lte1»9^ lébro 161».

2. Avaatlui le comtede Leicester , après lai le comte d'Eâsex. Z. Né en 1603, mort le il jmir îèes.

D£ I.'£LËfiAli€£ PJSRSONIiËLLE. 7i

de cfis parfoils ge^tleai». Aussi les femmes de la haute aristocratie anglaise ne >$'y trompaient pas. lAdy WiUiamJR**% lady S*** L*** et lady.S*** G**% qui m'en parlaient sans savoir que; j'étais son ami, me disaient : « Ge A!ert ni .un MUdmays^ ni un Pùsrrepoii^Ae la Tégence; £e n'est pas non plus un ifos&» m un Brmmnd du pvkice de Galles. Ces genslà n'iayaient ni ia noblesse de ses manières, ni son «scqiMâe politesse. On jAe. peut non plus le.comparer aupûnoede Ligne, «quoiqu'il ait de ^son esprit, ni )e m^tee len parallèle raviea Aldbiade dont il a Ja beaotéi; rien de tout cela hq serait complètement dig&a de notre gentilhomme français. >•

Pariaûit un jourile d'Orsay avec lord Jluttwen, il médit : « iC'esstle genliitomme le plus accompli,. un %iéal'$pkmm de Fiiapcais du meilleur mondée

Byioa rapporte qu'étant à Gé^es, le 5 avril 1823, il lut«qœlques notes informes écrites par le eoœte d'Oi^y : «là plus. singulière chose, dit-H, est qu'il ait pénétré^ non pas le /oit, mais \QmysJUbre dei'jeonm aif^is à vingtndeuz ansl J'avais à peu prèsle même ^gs» ajouta-t-Âl, lorsque je fis la même dé- Gouvecte. »

Le jmanuscrit jmpé par cette grande autorité

1. Lord Byron avait dit de lui : « C'est Xe rare et idéftltype di] Français accompli. »

égale tout ce que le chevalier de Gramont a laissé de plus piquant sur les mœurs de son temps, n est, dit-on , dans les mains d*une personne qui a été chère au comte d'Orsay.

D*Orsay avait les manières aimables , le tact, l'àpropos des personnes les plus brillantes d'Hamptoncourt et de Cambridge Wells. D avait" les habitudes chevaleresques de son père, le général de division comte d*Orsay, une de nos gloires du premier empire français, n était frère du comte Maxi* milieu d*Orsay, chambellan de S. M. Tempereur d'Autriche, et de Mme la duchesse de *** ; il se trouvait ainsi oncle, grand-oncle et frère, par le cœur, de cette noble, spirituelle et élégante pléiade des Gramont, tous ducs, tous gens de cœur et d'esprit, tous servant le pays : car, avant les intérêts de caste, avant les divisions d'opinion, il y a la France.

D'Orsay parlait quatre ou cinq langues. Il dessinait avec un goût exquis. Il peignait avec facilité et donnait à tous ses portraits une élégance qu'il puisait dans la délicatesse de ses impressions et de ses inspirations. Sa sculpture a une vérité de ressemblance qui est incessamment rehaussée par son goût pur et antique. Ses lettres, et surtout ses Mémoires sur la société anglaise^ ont un remarquable cachet d'observation.

Tout contribuait à surprendre l'esprit de ceux

qui rétudiaient, et à charmer ceux qui Taffectionnaient. Ses succès furent toujours d'une étonnante rapidité. Lady Luisa H*** disait de lui : « Si Alfred était tombé d'un ballon dans n'importe quelle partie du monde, il s'y serait fait admirer et aimer* » Je sais qu'un M. de L***, grand critique de toutes choses, a répété que ce ne serait qu'à la condition de refaire vite un autre ballon pour quMl quittât l'endroit. Il faut laisser aux sots, aux envieux, aux jaloux de toutes les supériorités, les tristes jouissances du dénigrement.

La bibliothèque Impériale possède l'autographe d'une lettre de lord Byron au comte d'Orsay qui mérite de trouver sa place ici*. ,

« Mon cher comte d'Orsay,

«€ Vous devriez être satisfait d'écrire dans notre langue maternelle aussi bien que Gramont, et d'avoir réussi à Londres comme personne n'y a réussi depuis le temps de Charles II, sans tomber dans notre barbare langage, que vous écrivez cependant beaucoup mieux qu'il ne mérite.

<t Mon approbation est très-sincère, mais peutêtre pas très-impartiale : car, bien que je chérisse mon pays, je n'aime pas mes compatriotes, et, indé-

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