‹ La vie élégante à ParisChapitre 25 sur 85 · Uûlkm.Jtx'Fmmnêi · texte numérisé non relu

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autre, ni plus ni moins, et je crois même qu*il dine quelquefois chez Véry.

Je suppose aussi que vous appréciez la délicieuse poésie d'Alexandre Dumas, d'Emile Deschamps, de Lefèvre Deumier, de Saint-Félix et de tous nos excellents poètes; eh bien, ces messieurs dtnent parfaitement aux Frères-Provençaux, à la Maison- Dorée, ou chez Bernard, quand ils ne vont pas chez Philippe.

Donc, Ton peut dîner, tout en faisant des vers comme Lamartine, ou en écrivant de la magnifique prose poétique comme Chateaubriand.

Quant à ce qui effraye les plus délicates person* nés à l'endroit de la galanterie , qu'elles se rassu* rent,jen'ai jamais vu de bons convives après le repas manquer de galanterie auprès des femmes.

Sine Cerere et Baccho friget Venus.

Je ne sais trop, vraiment, si je dois vous parler maintenant des femmes littéraires qui, dans la prose ou dans les vers, marchent sous la bannière de Georges Sand, de Louise Colet, ou de la comtesse Dash; vous sauriez alors, pauvres fleurs penchées que vous êtes, que les femmes du plus rare esprit, ou du génie le plus puissant, dînent parfaitement. Elles tiennent aussi plus aisée leur ceinture, sans jamais la dénouer^ bien entendu.

Mme Geofirin disait :

« A table, il faut de grands couteaux et de petites histoires. »

Cette femme, qui avait fondé le bonheur sur la bonté , qui payait si régulièrement le loyer de vieilles femmes et l'éducation de jeunes filles, soupait fort gaiement avec Mme de Tencin, Tabbé Morellet, d'Àlembert, Pontenelle, etc. *

Les dîners de cette époque rappellent les dîners succulents que Saint*Ëvremont regrettait tant de ne pouvoir donner , à Londres, à la duchesse de Ma* zarin.

Lorsque le comte de Ségur logeait irue Duphot n* 12, mon spirituel voisin donnait aussi de ces soupers d'autrefois , à la marquise d'Houchin , à lady Morgan, au célèbre Alexandre de Humboldt, au baron Denon , au comte d'Ëtampes, au marquis de Goriolis, et l'esprit qui s'exhalait de toutes ces tètes intelligentes était plus pétillant que le vin de Champagne de l'amphitryon.

Aucuns de ces joyeux soupeurs, de ces charmants conteurs n'étaient disposés à préférer à leurs bons dîners, soit l'abstinence, soit les affreux repas du Cékste Empire, où, d'après ce plaisant voyageur, on

1. H. Geoffrin, son mari, était lieutenant-colonel de la milice bourgeoise de Paris , et Tun des fondateurs de la ms^nufactare des glaces. Sa fille devint Mme de Laferté-Imbault.

f 30 LA TIB ÉUaCMITS A PARIS.

ne mange que la côtelette de dtùta:^ là.firitai9Kde flnlle-i>ieds, la euHi iedgl&fttiBi^.là iiMmmdarie d'escargots, la pâte de cloportes, la gelée^dad»*inllea-et le nid d'JuMidellw; n fimt mnœ Tinrautif esprit et la spiritodle adressa d!Sogèiie Sue poos neaa avoir servi dans sa Salamandre dm lésaid» coitB da» des épices, et des dattes confites dans: du miel et de la cr»ne; an reste, je trouvai» tonjowft bon tout ce qn*fl nous donnait, paroe que ouatait dansim de ses- livres.

Me regrettons doue pas le» bons repas qui se fcmti à Paris; ils ont des avantages à nul autre pareilà^ ne^ serait-ce que le plaisir d*y rencontra: des hommes eC'des femmes d'-esprit. Préconisons avec raâscm la^ modération, oonune elle doit exister en toute ctaose^ mais dînons. On a beaucoup parié des aima bad^ ques de la société anglaise. L'Angleteire n'en^ est< plus au tmips où les^ oonvives* dlun dtner pae-^ saient la nuit à tabla, ni même à. Ft^vaque' ^%jm récente où Ton renvoyait lea^ balles ladys^ apBè&> larepai) pour beiie aatre hommea pendmt deux ou^troisheuiies;. La^génération. aotoalla estipbi^ahr suTittriee des lois du déoorum»

J*ai*dtiié dermèranent chezr la duchessedfeS^**,. où était réuni le meilleur monde, entre autres cette bonne et spirituelle famille princière da B*""". Eht bien ! qaeiqse Paasqihitryon fûV aasf laîs)

DE L'fiLËGANOE' DANS LE MONDE. 131

n'^ëut ridée de nasterà tableaprte ccrdtanes, ni de boire plus qu'on neJe'faitaiUeQrs pmd&nt lerepw«

Ah! si tous av^ent cette urbanité, cette gi^iee, cette bonté, comme on lès aimeMitI

Pour ceux qui n*ont pas l'habitude du mondé, et qui veulent savoir comment on se conduit à taUe, dsns la bonne compagnie, je pourrai rapporter œtle leçon donnée par Delille à TabbéCosson, proffessem' de belles-lettres au collège Màzarin, qui sevanstait d'avoir dîné chez Tabbé de Riidouvilliers, «wt de» maréchaux de France; dès ducs et des personnage» de cour:

«r Je parie que vous avez été ridicule à ce àtaxT, lui dit Delille, et que vous aver fUt cent ftute» contre l'usage. » Gosson, pour se justifier, mcatM toutce qu'il a fait... C'était précisément le contraire de ce qu'il fallait taire !

Aiiisi , il ne faut pas déployer sa serviette, mais l'étendre sur soi dans ses plis; il ne faut janudr que là fourchette accompagne la cuiller quand on mange sa soupe ; il faut casser la coquille de Toeuf frais que l'on vient de manger; demanderdù bœuf, et non du bouiUi; demander du poulet, du chapon, de la poularde, mais non àBÏkwkdUe; ne pas demanderdù bordeaux, du Champagne, mais dnvin de Bordeaux, dû vin de Champagne; rompre son pain, etnon le couper; boire son café dans sarttesc

et non dans sa soucoupe; manger proprement, ne pas faire claquer sa bouche , ne pas mettre les coudes sur la table, ne rien renverser, n'offrir à boire à personne, à moins que votre voisin ou votre voisine ne vous en prie.

Maintenant que vous avez ces premières notions, bien matérielles, passons à un ordre d'idées plus élevées :

Je suppose que vous devez aller dîner chez un personnage, ou chez une grande dame ; je dis ici grande dame ,pour vous indiquer que le mot seul de dame ne se dirait pas plus que celui de demoiselle. On ne dit pas la dame de monsieur un tel, je vous l'ai dit ; ces déplorables locutions font juger à l'instant qu'un homme est commun et tuent sans retour l'homme qui cherche à s'introduire dans le monde.

Vous remarquerez aussi que je ne dis pas le monsieur^ pas plus qu'on ne dit les mewiewr^, à moins qu'on ne veuille se moquer de l'un ou des autres.

Mme la comtesse de P***, femme du meilleur monde, dit : « Ma /î/tela princesse d'H*** est patronnesse de telle bonne œuvre. »

Le portier Billiard dit en parlant de sa fille : « Notre demoiselle apprend à toucher du piano. »

Vous avez donc une invitation pour aller dîner dans le monde : si elle porte sept heures et demie, c est un grand dîner ; si elle indique six heures et

demie, c*est un dtner moins important; si elle porte six heures, c'est quelque chose comme une raison de santé pour un grand parent, ou une habitude ancienne de la maison, mais à coup sûr ce n'est point un grand dîner, car le chef, ou à son défaut le cordon bleu, perdrait de son importance.

Dans toute occurrence, ayez soin de donner Tordre d'atteler de manière que, suivant la distance que vous avez à parcourir, vous arriviez dix minutes après l'heure indiquée. Arriver à point nommé, c'est provincial; arriver avant, c'est indiscret; mais trop tard , c'est impoli.

Arriver à la fin d'un repas, est une impertinence qui est heureusement sans exemple : je me trompe, il y a un exemple et des plus remarquables, c'est celui du célèbre docteur Johnson; mais le motif de cette grave impolitesse était si digne d'excuse qu'il est devenu un titre de plus à la célébrité dont il jouissait. Taïu^isbien quelque envie de vous raconter cette touchante histoire : mais, quoique Sterne ait dit que les digressions font le charme des narrations, je ne puis m'y résoudre, car cela vous ferait manquer votre entrée ; je vous conterai cela une autre fois.

Ainsi, entrez résolument, sans embarras, mais sans fracas ; ayez une modestie digne, une politesse parfaite et une noble déférence pour tous. Si cela

i34^ LA. WE ÉUAfiAtCCB A PAitlS;

dok . cotter cpidquft ciiaae au votre amaur-pnipGe. oa à*¥0lE6 caractère,, ra^ipelez-voiui ce (pi'Qvîda, dMEie&ScçtheSi disait eii;iDûdifiaDt.se£t hahitudas.:

Barbarus hic ego smn.

Saluez la maîtresse de la jnaisAiLayœjiineaisâiioe. ceapactoeusev puis soa mari, avec déféteni^^, puis les assislants d'un, salut gradeiiK.etgénérali

iâranticpie tonsrles invités. aoîacit. au completi.iL faut! étudier le: ternain, cberdier de. l'œil^ ttsouipec,. un.peitayec.lesyeuz^ beaucoup avec Tesprit, les personnes du rang le plus élevée en hommes et en feimneSiAvecdu tact vous jugez d'avance lafemme qui vous est destinée;, j'entendS: celle à. lacpdla vcmsf deves ofQrir votre bras pour la conduire à table: lbu& ces ■. p^ts cakulft inteUigents^e l'homme qui veut.se bien posa: dans:le monde, .sont qpelqgoar Coift désoutés parle maitre de la maison (gii^ lui aussi, a<8eS(Calculs^ et qui .vient vous, dira àvl!ûraiUe^ « Vousdennerez.lebiaft.aMme ***..i»^

You& devez vous incliner, aussitôt^, et. faire exacr tement'Ce qpi vous a. été prescrite, vous placer enr suite près d'elle à table.etJa. ramener au-salon.^».

Le maitre d'hôtel ouvre les deux.baUants. et dit.:

l: (»ieh|iïef6isily.ades*cartes, avecics nonis écrhr, dépesét m]i\k9jierri6ltes.

DE L'SLSGANtTE DArIfS LE *MONDE. 43^

«%iâanie la tsomtesse est servie. » -Vais tous n'êtes pas pris «tu dépourvu, carvcnisëtiez-parrenn aiirôitement près de la femme présumée, ou de fat fsmine indiquée, et vous aviez même pu lui dire deux mots vagues, sans autre^but que celui de vous mettre en rapport, et àiusi^ieQ'nieBure de Inioffirir votre^bras au moment v«nu.

n n'est point inutile de vous recommander, lorsque vous passerez du salon dans la salle à manger, de laisser passer devant vous les personnages les plus marquants et de suivre à votre rang, ni plus, ni moins. Car pensez que, si pour vous vous devez avoir infiniment de modestie et de retenue, il faut faire néanmoins respecter la femme que vous conduisez.

La question du chapeau n'est point à dédaigner : c'est seulement quand vous passez dans la salle à manger que vous devez le quitter et éter le gant paille de la main gauche que* vous aviez conservé ; l'autre main étant dégantée depuis- votre entrée, pour satisfaire à la nouvelle habitude du shake-hand^, qui n'est poli que sans gant. H est clair que vous aurez eu soin de choisir d'avance le coin où vous aurez à déposer votre chameau, pour lercprendre facilement après le diner «n rentrant au salon; car on ne doit jamais le quitter, «xcepté

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