‹ La vie élégante à ParisChapitre 26 sur 85 · Poignée de main · texte numérisé non relu

Poignée de main

dans rintimité. Tai vu un excellent provincial, propriétaire d'un beau ch&teau, homme de fortune et de cœur, manquer un brillant mariage pour avoir fait son entrée dans un salon nobiliaire des Champs-Elysées, sans chapeau, les deux mains gantées et les bras en télégraphe.

J'ai dit à votre rang en passant du salon à la salle à manger. U faut avoir assez de tact pour l'apprécier soi-même. L'important dans cette circonstance, comme dans beaucoup d'autres, est de savoir mesurer, avec intelligence, la place qu'on doit occuper.

Faire passer devant peut devenir une fausse politesse, même une impertinence de grand seigneur.

Coypel, peintre très-estimé, comme vous savez, et dont vous avez pu voir les délicieux portraits à Versailles, ou au Musée, était invité un soir à souper à la table du duc d'Orléans, au Palais-Royal. Au moment où l'huissier de service ouvrit les deux battants et dit : Monseigneur est servi! le duc d'Orléans, au lieu de passer dans la salle à manger, poussa Coypel qui était devant lui, en lui disant : «Passez donc, monsieur Coypel, sans façon!

— Monseigneur, répondit le peintre en se reculant, j'aime mieux être à ma place^ derrière, que devant vous sans façon, »

Cette modestie avait sa dignité : ce n'était pas du cérémonial; c'était du savoir-vivre.

Si vous n'avez pas d'idée bien arrêtée sur une des mille petites choses qui surgissent à chaque instant dans le monde, observez en silence, et imitez ce que vous aurez vu faire par les personnes bien élevées. L'élément aristocratique étant maintenant dans tous les salons, il vous sera facile de copier, surtout simplement, et sans viser à l'effet. rai dit, d'après Brillât Savarin : « La table est la pierre de touche de l'homme comme il faut. » En voici une des mille preuves.

Une personne assez habile, mais sortie de je ne sais où, parvint un jour, je ne sais comment, à être invitée à dîner dans une maison de haute distinction, à l'aide d'un nom de terre ^ que Beaumarchais appelait un nom de guerre.

M. de Richelieu honorait cette table de sa présence, et il entendit que ses voisins se demandaient si l'inconnu était de bonne maison ^ comme on disait alors. Le cardinal, car c'était le cardinal, ne dit mot et suivit de l'œil la façon détre du personnage. Il ne tarda pas à savoir à quoi s'en tenir et démasqua à l'instant l'aventurier, en lui voyant manger des olives avec u/ne fowrch^te.

Dans les invitations de grandes dames ou de grands seigneurs, vous auriez pu autrefois faire

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quelques écoles dont vous vous gai^derez'fefen aujourd'hui.

Le duc et la duchesse de Ghaulnes avarêiit Phabitude d'oflrir d'un des mets qui étaient sur hrtsffile avec la même cuiller qui leur avait servi*.

Tlus récemment, la princesse de Tâlmont, qôî avait la main «uperbe , miangeàit la »tta;âe met les doigts.

'Aùjourd*hni , ce seraient de graves^impditesBes , dont nous préserve heureusement la imanlère dont on sert : les officiers de bouche font le terar de ia table, vous présentent les plats en vous (disant- leur nom; vous refusez ou vous acceptez. Ban» eeîdernier cas, le maître d'hôtel, xjui eât accompagné de deux laquais portant les mets et les sauces, ^vous sert, etTun des ^ems vous remet votre «ssiette ^fournie.

Quant à servir avec ^a cuiller, -cela devient impossible , puisque vons êtes servi -et que tous ne servez pas.

Un usage fort bon que nous avons adopté des Anglais et des Américains, c*e^t de manger presque tout avec la' fourchette de la main gauche, constamment accompagnée du routeau qu^on 'tient lians la main droite. Les Anglais et les 'Américains sont pleins d'adresse pour cette nouvelle manftre de

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feirc; ils sont parvemrs è -peler une pêche toudierJe moins Su monctecnreclesidoigts.

Tous tfayez pas'besom que je^Tons recommanlie aeboîre et de manger sôbremeiit, et de voiwrappeler qu'il n'y a que Tîertains dîners d'hommes qu'on voit terminer comme ceux du dnc tte Pronsac en Frante, ou du prince de Galles en An^eterre; époque où l'on trouvait insuffisant cetttxiome tteFafcbaye iie^Jouare :

.Mutatk dapibus, Mddaasi more hibamus *.

ku reste, le désir d'être agréable à votre voisine de table sera le meilleur préservatif contre les abus auxquels vous pourriez vous laisser entraîner. Il faut qu'en la reconduisant à sa place vous ayez la tête froide et la parole libre comme le cœur.

Ne vous étonnez pas de m'entendre parler du cœur quand il ne devrait être ici question que de l'estomac; mais presque tous les liens de la vie étant dus au hasard, il est assez fréquent de voir une fantaisie ou une sympathie, une affection ou même une passion, provoquées par une conversation spirituelle ou sentimentale avec la femme qui est devenue yotre partenaire dans les circonstances que je viens d'indiquer.

Là aussi soyez prudent, étudiez bien la voix, le regard, les expressions, les habitudes de toilette même, de la personne qui vous intéresse. Tâchez de découvrir si elle est capable d*un attachement et d*un dévouement sérieux, ou si ce n'est qu'un bel oiseau de paradis qui fait briller son éclatant plumage.

Si la femme est vaniteuse, coquette, légère, et d'un caractère indépendant, ne faites aucun fond sur la valeur ni sur l'avenir d'un lien avec elle. Si vous étiez son amant, elle vous ferait vivre sur des charbons ardents ; si vous étiez son mari , vous seriez perdu.... ce serait à se faire retrouver dans les filets de Saint-aoud!

Une des mille erreurs de cette vie, disait le prince de ***, c'est de croire à Tamour et à l'amitié : un visage ou un esprit nouveau fait oublier l'un ; l'ambition ou l'intérêt fait abandonner ou trahir l'autre.

N'oubliez pas de reprendre votre chapeau et vos gants en rentrant au salon; après le café, vous remettrez le gant de la main gauche, et tiendrez votre chapeau de cette même main.

Si vous dtnez à une table princière, chez un grand seigneur de vieille roche, ou chez ceux qui font une grande figure, rappelez-vous que, lorsque vous demanderez quelque chose au mattre d'hôtel ou aux

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gens de première livrée^ vous devez leur dire mmiiewr.

Ce qu'on appelle » en Europe , faire u/ne grande figwrej c'est avoir un hôtel à soi, des appartements somptueux, des meubles élégants et commodes; c*est donner des dîners recherchés, des soirées brillantes ; en un mot, c'est avoir une bonne maison.

On a remarqué qu'en général (je dis en général, car il y a des exceptions que je citerai plus tard) un seigneur italien d'un haut rang n'a rien de tout cela, c'est-à-dire qu'il a un grand palazzo presque sans meubles, et qu'il vit retiré dans un des coins de ce palais.

L'après-midi, ad fresco^ il va faire una troUata d Corso, dans une calèche à deux chevaux, avec un chasseur derrière, orné d'un grand chapeau à plumes et d'un couteau de chasse resplendissant. Mais, au retour, ni dîner, ni souper, ni soirées.... à donner.

Le héros, le créateur des repas succulents, a été le célèbre Carême, descendant de Jean, dit Carême, cuisinier de Léon X. Ce Jean inventa une fameuse soupe maigre destinée à adoucir la rigueur du carême : de là le nom.

.Richaut a été cité pour les sauces; il faisait le bierHmre de la maison de Condé.

^site^taltresoiBfniéTiiour^lerfroiâ. rB'Vrait la au dernier Carême de bonnes traditions.

^@afème aéii€F¥e ^sa fnmde -édâmaUm.saa^ Hcdiert Attië, à FËly^e-f^apotéon.

Sn 1814 etir«f5, il^8iirvit:la:table d'AlQOEafldreii^, ét>i99iiliiiua son^sfiiraœ thez^o^ fimpemirtpffintlBiit i0n^Toyi^. Il'BiitraàTieimttcheElofdQastâlresgfa, et alla à Londres comme cuisinier du prince eégfmt. Uquitta le pfrince' de * Galles , et à ce' sujet , Jlnuninel, ^ùi'Be (manquait pas uneotcasion de mortifier ee prkiee, dit pa[rtoitt qUMl qaitbait e$ fgf9$ monsieur parce que-sa»mai«Dn>était trop bmrgmse.

^Georges IV, comme roi, 'te demanda; maks Carême , à Timitation de Titien , refusa ! . . .

Le' grand cuisinier^préféra rester à^Fans, où il se contenta de devenir«J/i«^chez le baron de^RidUiséiiild, qui lirait ttftjrj la première tàble^ de Taris.

T^his oublier de *vt)iuswcoTnmantlertte'ne*feiire ni gaucherie m maladresse pendant 'le. dîner, cwr généralement il y a peu de place. Le grand phiteeu à glace du milieu delà taWeavait été^banni et donnait un^ïeu^lus d'espace; on Ta repris dans h nuurètte combinaison tie service. 6n y ptoee «i milieu un élégant vase de porcébine ide 'Sènres, forme Médicis; on l'emplit de fleurs artifidtfles Phirer, et de BeuFS naturelles rété. A droite tft à gauche de ce vase fleuri, en met des~figurîBes, des

DE L'&JtoANQB.DAJUS Llk MO^DE. lÀU

s^^te»Q& pf«?œkiii&de :Sà^68 ou:de Saxe., h^^fg^ mnidftthi conpesi mBntées^r. ^*^. ^^ vin mot le du^ sméieei dnassé d'âraœ&.sui: laatable.'etratoiim.lft plateau. On ne voit plus de plats sur cetta table^. axo^fté l&k plates da. baut& Si voua ajoutez, à cela (puKtare, et^ in&A < souTant . cinq yarra& pnès da vatm as«6tta,t la cam£ûsii de vin. oràinaira. et calui ppur< r4U]9,^^mB&sontpnQichefi^ rénocma espaça cpia ceu^lUaeiàtJai^baet Je&mafiebd& de votre, vaisine^. (pelçpalaiâ. de. vo&/deux. vaisioas^. a'astiu désireir de. soxlin le plus. tâit. possible da cette pxisoa de* soie, d'or, de cristauzet d*.ai|^a(itacîa..

Sii.apiàs la. dîner, auquel VOUS' veniez d'aasislar, ?0U5;pauyezr.sqppiûcher sans alTeotaiioni da la maii* traoeL^dailai maâson^. vouft lui/ demandaraz la perj* laisaanida luii faire votra cour la jpur dasasrécqihi' tiaast da l'âprèft-midii Si elle, vous répond qa^e n'a. p|liig> ses* matinées^ nraia. qulon. la^ trouve. chaE elle le soir, vous vous informeras^ du jour da la^saf» fflaîaa,, et wns-. irezù Si voua étas reçu avec une certaine faveur, voua pourrez:, continuar à allar à cas mxémi inlimasa

Q.uant^ à^la tanua, o'ast,, Gomma je voua ïm dit(,peui?« 1er. jpur,, redingote, assez élégante; mais, fiûQc la. £K)îr , habita gilet et. pantalon npirs^ linge très-blanc, cravate noire et gants frais., te Iw^i voua, irezi. da. tisoia- à. quatre baui^s. La sair «

TOUS irez à neuf heures pour les petites réunions. Dans les graQdes assemblées vous arriverez vers onze heures. Vous aurez soin alors d*avoir la cravate blanche.

Si, ce que le hasard décide assez souvent, Tinvitation au dtner dont je viens de parler s*était rencontrée avec une invitation antérieure faite pour le même jour, vous auriez écrit une lettre très-polie à la personne dont l'invitation serait arrivée ma- *lencontreusement la dernière, en vous excusant de votre mieux de ne pouvoir l'accepter, attendu un engagement pris antérieurement.

Si les deux invitations arrivaient en même temps, ce qui est rare, vous choisiriez celle qui a le plus d'importance, ou bien celle où vos affections vous entraîneraient; mais toujours une lettre trèsempressée, même reconnaissante, pour la maltresse de la maison où vous n'iriez pas; puis, quelques jours après, une visite.

n est de rigueur que la visite qui suit le dîner accepté se fasse dans la huitaine.

N^ faites jamais de visites avec des enfants ou des chiens : les uns sont terribles et indiscrets; les autres ne sont supportables que pour leurs mattresses, auxquelles ils donnent souvent plus qu'un ridicule....

n faut enfin vous rappeler qu'à table, comme

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dans le salon, vous devez avoir de Taisance, une élégante politesse, et une gracieuse amabilité.

Les restaurants de Paris à la mode maintenait sont, en commençant par les boulevards : Dura/ndy Bernard j tous deux ouvrant la marche à la Madeleine; ensuite le café Foy^ puis le Café-Anglais; visà-vis la Maison-Dorée y le café Riche ^ renouvelé et amélioré; puis Bonnefoi (pour les déjeuners) ; puis le successeur de Lequeen, au coin du boulevard Poissonnière; enfin, en entrant dans la rue Monter-, gueil, Philippe; en retournant au Palais-Royal, les Frères-Provençaux^ Véry et Véfour.

Le général Bonaparte et Barras dînaient fréquemment aux Frères-Provençaux. Ce restaurant, en 1808 , faisait de douze à quinze mille francs par jour.

Pour le général Bonaparte, si sobre, ce dîner de restaurant, commandé par Barras le sybarite, était un exti*a olympique.

Le duc d'Orléans (depuis Louis-Philippe) avait établi au sein de sa famille* une discipline qui rappelait presque toutes les sévérités de l'étiquette de la cour de Louis XIV. Aussi les jeunes princes, lorsqu'il fut devenu roi, et qu'après la mort de leur frère aîné ils jouirent d'une certaine liberté, se

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