‹ La vie élégante à ParisChapitre 27 sur 85 · Mémoires d*vn bourgeois de paris, t. IV · texte numérisé non relu

Mémoires d*vn bourgeois de paris, t. IV

146 LA VIE ËLÉGANTE A^PAEIS.

trouvaient bien heureux quand tous quatre (le duc dé Nemours, le prince de Joinville, le duc d^Aumale et le doc de Montpensier) ils pouvaient échapper au dîner paternel et aux monotones soirées de famille. C'est dans un cabinet de l'entresol des Frères-Provençaux qu'ils faisaient leurs petits dtners, dont la dépense était modérée. Ce cabinQt fut appelé le Cabinet des Princes.

Vous avez sans doute remarqué que j'ai évité de vous parler des dtners politiques. Les banqueta nous ont fait assez de mal pour que nous n'y revenions pas. Je ne les mentionnerai ici que pour jne rappeler les instances du comte de Thiard (et mes constants refus), pour que j'eusse à lui louer, ou lui prêter, mon grand terrain de la rue Jean-Goujon (Champs-Elysées), presque vis-àr vis mon hôtel, afin d'y placer le dernier banquet!... Il aurait fait ouvrir une porte à la maison qu'il habitait dans cette rue, et aurait ainsi présidé à son aise aux apprêts de ce be^u festin que la France a chèrement payé. ^

Je n'ai donc aucun banquet politique sur la con^ science ni sur l'estomac.

Il y a en Angleterre de grands dîners publics où l'on boit plus qu'on ne mange, où l'on parle plus encore qu'on ne boit. C'est un usage sans conséquence pour ce pays, où l'on a soif d'éloquence et

de porto, où l'on joue à la petite chambre dans toutes les tavernes, et où chacun a le droit de raisonner ou de déraisonner sur la chose publique, sauf après à chanter le Ruk Britannia^.

Gela me rappelle un de mes amis qui assistait au dîner de Bishop*sgat^Street, à la Taverne de Londres^ en 1829 ; grand dîner que présidait le célèbre Daniel O'Gonnell. Ce malheureux ami, pendant les six heures que dura le dîner, en y comprenant les toasts, les discours, les applaudissements, les coups sur la table avec le talon des bouteilles vides, et rintermède de mistress Byfeld, la célèbre cantatrice; cette pauvre victime d'ami, devrais-je dire, n'avait entendu , n'avait retenu dans toute cette ivresse que les chants de la Byfeld : Tk^^ last rose of swmmer^. Pauvre poète, qu'allais-tu faire dans cette taverne?.,.

Les noces de Philippe V et de Marie de Savoie ont été célèbres dans les fastes culinaires, suivant un spirituel auteur du temps. La savante stratégie iétiquette aux fêtes de Figuières mit, dit-il, en belle humeur toutes les cours de l'Europe, particulièrement celles de France et d'Autriche. Le cas, en

1. Comme aux banquets américains les airs nationaux : HaU CoUmbia , et Yankee- Doodle, — En Russie , l'air national est : Botni tara Krani.

t U dernière rose de l'été.

eflet, était d'une importance comique. Il s'agissait d'une nouvelle question de préséance entre la cuisine française et la cuisine espagnole!

H. de Harchin, assez médiocre Liégeois, qui avait été fait comte de l'Empire, représentait les habitudes royales de Philippe V, et son éducation gastronomique dirigée d'après les principes de Versailles.

Le duc de Hedina-Sidonia, l'atné des Gusman, majordome-major, faisait valoir la naturalisation espagnole du prince, et la honte dont serait couverte la Péninsule, si un repas de cette importance était dépourvu de ragoûts castillans. Enfin, après une matinée de conférences et de notes échangées, on transigea!

Le comte de Marchin et le duc de Médina signèrent un compromis par lequel le repas serait servi moitié à la française, moitié à l'espagnole. Mais dans sa défiance naturelle, le vieux majordomemajor, qui était devenu goutteux au service de Charles II, douta de l'exactitude ponctuelle du traité ; en conséquence, il fit échelonner les écuyers servants de telle manière que pas un plat français ne pût arriver sur la table royale sans être accompagné d'un plat espagnol. Je vous donne cette histoire comme elle est racontée, sans garantie, bien entendu.

Si vous voulez savoir de quelle valeur était autre*

fois un maître d'hôtel, pour pouvoir en parler dans l'occasion, je vous dirai qu'ils étaient gentilshommes quand ils appartenaient à de hauts barons, c'est-à-dire aux plus grands seigneurs.

Vers 1 278, Arnauld de Vésimol était maître d'hôtel de Philippe le Hardi.

En 1400, Henri de La Roche était écuyer de cuisine de M. Guienne.

Riverol (Rivarola), gentilhomme piémontais, était maître d^ hôtel de la duchesse de Savoie.

Gifron-Vaschiere, gentilhomme provençal, Tétait du duc de Lorraine.

Guillaume de Bisches, du comte de Charolais.

Jean de Aulbus, de Louis XI.

Le fameux Balafré était maître d'hôtel d'Henri III. Le roi se méfiait d'un pareil chef de cuisine , et le duc de Guise se démit de cette charge.

En 1770, le prince de Condé était maître d'hôtel du roi.

Lors de la renaissance des lettres, la plus ancienne académie fut Y Académie platonique, Côme de Médicis en conçut l'idée, et Laurent le Magnifique* la fonda.

On se réunissait chez Bandini * ou chez Laurent de Médicis •, et l'on dînait...,

Page 1