‹ La vie élégante à ParisChapitre 35 sur 85 · Mémoirei â^un bourgtoU de Paris ^ t. IV, p · texte numérisé non relu

Mémoirei â^un bourgtoU de Paris ^ t. IV, p

On a cité le nom du prince qui, à la manière d*Abascantius, aurait fait cette éducation politique beaucoup plus désintéressée.

Après le règne d'Auguste, tout déclina : Aulu- Gelle , Apulée , furent les écrivains de la déca* dence.

Puis, à la chute de Rome, la nuit la plus profonde couvrit les lettres et les arts ; la barbarie régna dans nos Gaules!

Le moyen âge arriva lentement et amena une lueur; mais quelle faible lumière!

Les cours d'amour surgirent et ramenèrent une civilisation nouvelle, sorte d'adolescence, certainement, comparée à la virilité de nos jours ; mais Rome avait bien coAmencé par Livius Andronicus et Névius, pour arriver à Lucrèce, Gaton, Plante, Térence, etc. Il était naturel d'admettre avec joie ces heureuses prémices ; les sociétés , d'ailleurs, commencent toujours par la barbarie. Le peuple se façonne plus facilement au commun , au bouflfon, qu'aux élans de l'intelligence.

Entre mille, en voulez-vous un exemple? le voici : Le préteur Anicius annonce une lutte de chanteurs, la foule accourt.... Ils commencent un chant doux et poétique en s'accompàgnant de la lyre.... le peuple trouve cela pitoyable. Il* s'ennuie d'abord, s'irrite après; l'orage commence, les pro-

DE L'ÉLÉGANCE DANS LE MONDE. il!

jectiles ne se font pas attendre. Les chanteurs, gens habiles, comprennent leur auditoire ; ils jettent leurs lyres , se prennent au corps et se donnent des horions. La foule s'arrête, commence à rire, puis applaudit! Un ami d'Anicius voit le moment favorable, s'extasie et s'écrie : « Bien joué, préteur; vive Anicius ! » et le peuple fait retentir Tair des cris de : « Vive Anicius ! »

Je pense bien que, pour vous faire connaître la civilisation dont tant de siècles nous séparent, il est utile de vous esquisser rapidement ce qu'étaient ces cours d'amour, qui durèrent trois cents ans^

Elles formaient des espèces d'académies galantes qui ouvraient aux beaux esprits d'alors une sorte de carrière par des lectures, des improvisations et des thèses littéraires, surtout sous forme de fmsons, sur des questions d'amour; car l'amoUr était la grande occupation de ces cours ou tribunaux composés de personnes très-civilisées, à l'époque où on ne l'était guère , et présidés par de grandes dames.

Ces tribunaux sans mission , ces jugements sans appel, ce code romanesque, mais rigoureux, était appliqué sans hésitation et accepté sans réclamation. I^es jugements étaient rendus tantôt par la reine

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