‹ La vie élégante à ParisChapitre 48 sur 85 · T. rV,p · texte numérisé non relu

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faire un mariage plus utile à la France, et Henri IV s'est mis en colère; alors Sully s'est jeté à ses pieds, mais Henri IV le relevant lui a dit :

« Relevez-vous, Sully, car on croirait que je « vous pardonne. »

Le spirituel docteur, comme on le voit , a conservé intacte la précieuse candeur du consciencieux historien,

A propos de candeur, en voici une d'un autre genre de naïveté, et du xvn* siècle. On ne s'attendrait guère à la voir paraître dans un traité, g est bien que vous sachiez un peu de tout.

Lorsque, en 1678, le maréchal de Turenne alla reprendre la Franche-Comté, occupée encore par des troupes espagnoles, M. de Renel, mestre de camp de la cavalerie légère, poussa jusqu'à Luxe\iil. Là il fut arrêté par un mur d'enceinte et quelques troupes espagnoles qui gardaient la ville. Les échevins et le chef de la troupe demandèrent aussitôt à capituler, pour que la ville ne fût pa^s prise de vive force. M. de Renel y consentit au nom du maréchal de Turenne. Les articles furent présentés par le chef civil de la ville, et en marge M. de Renel mettait : accordé^ ou refusa. Lorsqu'on fut arrivé au dernier article des échevins, dont voici le texte :

« Enfin, l'honneur des femmes et des filles sera sauf, j>

1.6 général de Renel y plaça cette apostille : « En tant qu'elles le voudront bien. » Le maréchal mit au bas de la convention : Appaouvé.

Il faut que je vous fasse une recommandation applicable à tous les salons où vous irez le soir : c'est de ne pas trop vous extasier sur la beauté des femmes. Si voys les rencontriez le lendemain, vous éprouveriez de grands désappointements.

Telle femme, qui vous aura ébloui sous les flots des lumières, vous paraîtra presque laide le jour.

La distance aussi a une grande influence. Les traits fins et délicats, vus de loin, perdent de leiirs charmes. C'est le contraire pour les traits fortement accentués. Un grand nez, une grande bouche, de grands yeux, sont favorables de loin.

Il y a des beautés de jour, et des beautés du soir.

Une petite t)runQ jaune oà noire devient blanche et agréable à l'éclat de la lumière, et les cheveux noirs y réussissent mieux que les cheveux blonds.

L'encre de Chine, le fard, le blanc, le carmin, les nouvelles préparations chimiques de toute na-r ture, sont employés par les actrices seulement.... du moins je l'espère.

Encore une fois, soyez défiant surtout; et quant à vos rapports dans le monde avec les femmes élégantes et coquettes, ne laissez pas votre imagina-

tion s'enflammer, ni votre cœur s'attendrir pour quelques regards, quelques paroles jetées au vent. ., . Il ne reste rien de tout cela le lendemain, si ce n'est un souvenir d'amour- propre qui rappelle qu'un homme de plus était prêt à aimer....

Pour être apprécié dans ce genre de salons, exercez-vous à assouplir, à perfectionner les ressorts de votre esprit par l'étude des lettres. Méfiez-vous de la capacité de ceux qui les dédaignent; elles seules peuvent vous apprendre les délicatesses de la pensée, les nuances du style. Elles vous donnent la pleine compréhension des idées que vous avez conçues, et vous enseigneront, comme l'a dit Biot, l'art de les exprimer clairement.

Pour être l'homme comme il faut des salons élégants et intelligents, il faut avoir une certaine dignité de manières, tout en étant très-simple ; il faut être bienveillant, indulgent pour les hommes, attentif et galant pour les femmes. Mme de Chaume disait que , dans le début, il est aussi facile d'échouer que difficile de réussir. Éclairez-vous du reflet des autres, et tâchez adroitement de bénéficier de leur esprit pratique.

Lisez aussi tous ces créateurs du beau : Homère et Virgile, Thucydide et Gicéron, et tous ceux qui se sont succédé, jusqu'à cet homme de nos jon/rs qui laissera dans la pensée et dans le cœur des Pran-

çais le souvenir d*un grand poëte et d*un grand citoyen, de celui qui dans nos guerres sacrilèges (car elles étaient entre frères) arrêta par sa voix le drapeau couleur de sang!...

U y avait autrefois, dans les salons où causait le cardinal de Retz, ou son rival le duc de La Rochefoucauld, une manière de dire ou de raconter qui avait des nuances fort tranchées. Ainsi, Chapelain, Ménage, Corneille et tous les hommes de lettres, soit qu'ils parlassent, soit qu'ils écrivissent, avaient leur couleur d'écrivains. Mais le chevalier de Méré, le comte de Bussy-Rabutin, le prince de Gonti, laissaient percer dans leurs discours le ton du gentilhomme. Si Retz parlait ou s'il écrivait, il y mettait un certain laisser-aller, une certaine incorrection qui faisait dire (ce qu'il désirait) qu'il n'écrivait' que pour amuser Mme de Caumartin. Quant au duc de La Rochefoucauld , il tenait à prendre ce ton de grand seigneur qui dominait toutes les réunions. La cour, les grandes dames, le monde du temps, lui savaient gré de la grâce de ses discours, de la malice élégante de ses pensées. On lui pardonnait même , comme au cardinal de Retz, la supériorité de ses écrits, pourvu qu'ils conservassent cet air aisé, cette espèce de légèreté opposée à l'importance et au sérieux des auteurs de métier. Il fallait que tout ce qui était grand seigneur eût une négligence de ♦

grand goût. On ne devait pas plus, dan3 les lettres ou les bons mots de Mme de Sévigné que dans ceux de Bussy-Rabutin, Méré ou autres, paraître homme de métier; à cette époque, c'eût été dér(hg$r. Il ne fallait pas meure enseigne ^ comme disait Pascal.

La Rochefoucauld avait beau faire, il était homme de lettres; on s'en apercevait bien à la pureté de son style, que p'avait pas le cardinal de Reti, tout ea ayant autant d'esprit.

M. de La Rochefoucauld, qui n*avait d'abord écrit, disait -il, que pour faire 3a cour à Mlle et à Mme de Sablé S serait donc devenu un homme de lettres aans le vouloir et un grand écrivain sans te savoir.

Mais la marquise de Sabjié reconnaisanit, dans set aveux de petit comité, que La Rochefoucauld savait fort bien qu'il y avait un art d^ écrire, et elle joutait que sdi liaison avec Segrais et Mme de La Fayette ne lui avait point été inutile,

Ne vous effrayez pas des grâces de l'esprit de nos pères, ni du caractère dénigrant de nos contemporains. Marchez avec assurance dans votre voie, sans suffisance, mais sans frayeurs. Si votre première jeune33e a été uulle au point de vue du charme de

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