‹ La vie élégante à ParisChapitre 56 sur 85 · Werther. — 2. Premier ministre de · texte numérisé non relu

Werther. — 2. Premier ministre de

t6t LA VIE ÉLfiOANTE A PARIS.

d'entendre les plus dégoûtantes explications , il montait en calèche découverte, entre une marchande de bouquets des rues et une marchande de pommes des faubourgs; croyant après justifier ses honteuses folies, en disant avec le cynisme ^ puisé dans ces habitudes : « Tai commencé mon cours d'histoire mondaine par les duchesses , et j'arrive aux marchandes de pommes. »

Mais laissons ces tristes exemples ^ vous n'aurez jamais ce dérèglement de l'imagination, des sens et de l'esprit, fruit de la grande fortune oisive^

Rappelez-vous à cet égard ce mot de Pindare : « Le pauvre, sage, peut faire le bien; le riche qui ne l'est pas, ne fait que du mal. »

Je ne pense pas que vous ayez l'ambition de do^ miner les cercles restreints où vous irez; mais si vous aviez de ces velléités , je dois vous dire qu'il faut réunir plusieurs qualités pour y prétendre : un esprit supérieur, pénétrant, et très-pratique; puis des ruses ingénieuses, des séductions calculées, und grande souplesse, avec beaucoup de tolérance pour toutes les opinions ; une habile fécondité d'expédients , pour ramener la conversation au point où vous devez vous en emparer; enfin une grande ardeur à poursuivre votre but sans vous laisser troubler par les obstacles qui se présenteraient ou les rivalités qui surgiraient.

DE L'iLfiGANGH DANS LE MONDE. S63

Prenez garde aussi aux inimitiés qui naîtront précisément de vos succès.... Si vous étiez sans valeur, vous n'auriez jamais d'ennemis, l'idiot n'en a pas; mais si Ton vous voit vous élever, on voudra vous abattre.

Indépendamment de ce que je vous ai dit de la causerie^ du whist, et des cantilènes au piano ^ on essaye quelquefois des jeux d'esprit; on joue ^ par exemple, au Becrétaifet

Les personnes réunies écrivent des questiùn$ (sans S6 faire connaître) itiv un papier assez grand pour q\i*on puisse mettre au bas une phrase qui forme la réponse. Lorsque toutes les questions sont écrites en secret , on jette tous les billets dans un chapeau et chacun en tire un au hasard, au bas duquel il doit répondre à l'instant et suivant son inspiration. Lorsqu'on fait le dépouillement général des billets, on y trouve des traits d'esprit^ de finesiSe, et souvent des preuves de savoir et d'instruction qui méritent d'être citées.

Quelquefois ce sont des plaisanteries. A la dernière soirée intime^ mais assez nombreuse, delà baronne Bianca Patourna, aimable étrangère devenue Française par le temps et par l'esprit, MmeB''*'' écrivit sur l'un de ces billets :

* Pourquoi me suivez*Vou8 partout? « Le hasard fit tomber le papier dans les mains de M. L*** qui

est son ami depuis dix ans ; il écrivit à Finstant sous les lignes de Mme B*'"'" : « Demandez à la nuit pourquoi elle suit le jour. »

La douairière de *** contrefit son écriture et dit ceci : « Quel est l'homme qui peut aimer constamment sans espoir de réciprocité? »

M. P***, habile roué, après des coups d'œil échangés avec les cinq hommes présents, écrivit de sa plus belle écriture : « Nous tous ici, et moi particulièrement. »

Mme Galit *** couvrit la moitié de son petit papier de ces mots : « Pourquoi les hommes arrivent-ils souvent à notre imagination, et rarement à notre cœur? »

M. de Ripa répondit au bas : « Parce que le cœur de la femme est un angle aigu; il faut frapper bien juste pour ne pas glisser le long des bords. » ' Il y a encore un jeu d'esprit dont les résultats sont quelquefois très-piquants. Voici en quoi il consiste. On forme un cercle au milieu duquel se place la personne chargée de poser les questions. Elle passe devant tous ceux qui font partie du jeu en adressant à chacun la demande suivante :

« A quoi ressemble la chose à laquelle je pense ?t»

Lorsque tout le monde a répondu, la personne qui a posé la question déclare quel était l'objet de sa pensée. Il s'agit alors pour chacun de justifier

dans un second tour la ressemblance qu'il a formulée dans le tour précédent. Lorsque cette explication ne parait pas satisfaisante à l'assemblée, il faut donner un gage.

' Voici un exemple des résultats que peut donner ce jeu.

Le rôle du questionneur était dernièrement rempli par Mme D***, jeune et charmante femme , mariée depuis peu à un vieillard cacochyme, qu'elle entoure des soins les plus touchants.

Lorsqu'elle eut adressé à tout le monde la question sacramentelle :

tt A quoi ressemble la chose à laquelle je pense?» elle revint auprès de la première personne qu'elle avait interrogée, et déclara alors à haute voix, qu'elle avait pensé à.... son mari!

Inquiétude générale: les uns avaient dit que cette chose inconnue ressemblait à un rhinocéros ; d'autres à une casserole; d'autres au mois de mai: comment expliquer jamais d'une manière satisfaisante de pareilles ressemblances?

Parmi les assistants, la quatrième personne interrogée avait affirmé que cette chose ressemblait à un âne.

Lorsque vint son tour de répondre à la question foudroyante : « Pourriez-vous me dire , monsieur, en quoi mon mari ressemble à un âne? » l'individu

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Interpellé fut frappé de sa fâcheuse situation! Mais tiabile à se recueillir^ il répondit sans hésitation, avec une simplicité et une gr&ce parfaites :

« En ce que la tradition chrétienne a représenté souvent ce quadrupède accolé à la sainte Vierge. »

Mme *** se pinça les lèvres et passa outre sans demander un gage.

En pareil cas, tflchez de vous arranger de m&^ nière à ne pas être interrogé le premier; voqs auret ainsi le temps de préparer vôtre réponse/

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