‹ La vie élégante à ParisChapitre 58 sur 85 · Régime actuel des Principautés danubiennes · texte numérisé non relu

Régime actuel des Principautés danubiennes

d*agriculture, soit relatifs à l'assistance publique , CBuvre méritoire où le comte Henri de M*** R*'** a fait preuve d'un mérite modeste, mais bien réel.

H ne faut point oublier M. de Chérier, le studieux écrivain, qui continue sa grande histoire tUtrcmiontaine,

Mme de ***, muse du très-grand monde, abrite mystérieusement de fort bons vers dans les fleurons de sa couronne ducale.

La comtesse de *** a publié deux volumes de philosophie qui feraient honneur à un savant de Sorbonne.

La comtesse de *** cultive avec grand succès la littérature catholique. Elle a composé des prières si belles, qu'elles iront, sans boiter, vers FÉternel!...

La comtesse de ***, d'un remarquable esprit, n'a pas cru se diminuer en écrivant de l'histoire à la portée des enfants.

Mme de *** extrait des pères de l'Église, un volume d'Essence chrétienne fort goûté des personnes pieuses *.

1. Je ne puis dire combien il m'est pénible de ne pas même oser placer ici quelques initiales à toutes ces femmes si parfaites en toutes cboses. Mais je crains de ressembler à ces journaux anglais où l'on parle de tout sans ménager d'honorables et pudiques susceptibilités.

La marquise de *** écrit dans les Annales de h charité^ comme si elle n'était pas une des jolies femmes de Paris.

La marquise de ***, à la honte de mon voyage dans les LandesS vient de composer un ouvrage sur la nature majestueusement mélancolique des landes de Gascogne, qui tient du roman par le cœur et de rhistoire par les faits.

La comtesse Swit***, Russe célèbre, qui, depuis bien des années, a l'un des salons du meilleur monde de Paris, n'a pas craint d'aborder les plus hautes questions de métaphysique et de théologie. C'est un esprit puissant et plein d'indulgence, comme les grands esprits le sont toujours.

La duchesse de *** ne veut rien publier, mais sa causerie prodigue des trésors dont on ferait des volumes. H en est de même des trois ou quatre princesses Galitzin, de la gracieuse baronne de Jouv*** et de la jolie et spirituelle Santa de Fresne.

La marquise de *** (dont on a publié, contre son gré , des vers sur la mer, dans la belle langue de Dante et de Boccace) écrit des notes intimes qui seront un jour des mémoires précieux, Soa ta-

1. Yûyù§ê dans U$ landei de Goiçognê^ par le baron do Mortemarl de Boisse; Paris, 1840, chez Bouchard-^Himni.

D£ L'ÉLËGANGË DANS L£ MONDE. ' 275

lent poétique est oonnu et apprécié bien autrement que par des traductions, que je ne veux pasi même mentionner ici,

Mlle G, de Poligny vient de faire paraître un volume de vers intitulé : Flevrs des buissons, avec son fort joli portrait et une dédicace à M. Eugène de Selliers.

La baronne de Montaran, qui a publié plusieurs volumes de bonne prose et de bons vers, sous son nom, et dont j'ai eu l'occasion de parler dans plusieurs articles sous mes pseudonymes, va faire paraître sous peu les Femmes normandes. Je regrette de ne pouvoir citer ici, faute d'espace, ce que Mme de Montaran dit de notre chère Italie dans la pièce qui commence par :

Italie! Italie \ que j'aime tes colline» 1

Il faut que vous sachiez que là encore vous trouverez un livre de Mme la vicomtesse d'Ag***,

Et beaucoup d'ouvrages de la vicomtesse de S. M***, dont le fécond esprit, sous le pseudonyme du King"Gharles de la princesse Catherine Mestcbersky, est connu et aimé de toutes les intelligences européennes.

Il y a là aussi de coquets et élégants volumes, fleuris, enluminés, antiques, pimpanti et empana-

chés comme les cactus de la Palazzina de GoUe- Buono : c'est le symbole chrétien groupé par livres à la manière des Heures de Charles^uint ou d'Anne de Bretagne. Il faut que vous connaissiez tous ces petits trésors de la vie élégante; allez chez Curmer, il vous les montrera, Fhabile et élégant éditeur.

Si vos goûts vous portent vers les relations extérieures, voici les Études diplomatiques , par le vicomte Henri de Bonneval , fils de mon bien vieil amt.

Voilà d'un autre côté de la table un petit livre du comte de Soyecourt Su/r ce qui se passe. Il y a du bon, mais une teinte trop foncée de talon rouge, et un cachet trop marqué des murmures de ÏŒU de bœuf, et puis des distractions qui tiennent aux habitudes de l'aimable auteur. J'ai vu chez lui, il y a longtemps, le duc de Saulx-Tavannes dans des conditions identiques de distractions.

En fait de distractions, méfiez-vous de celles qui pourraient vous donner un ridicule, comme il arrive à M. L. de ***.

La Fontaine, vous le savez sans doute, était fort distrait, mais c'était racheté par tant de génie qu'on lui pardonnait. Il devint un jour amoureux de Mlle de Beaulieu*, qui était chez M. d'Hervart,

] . Elle avait quinze ans.

conseiller au parlement de Paris , alors chez lui à Bois-le-Vicomte. Quand La Fontaine voulut revenir à Paris, il lui tourna le dos et s'enfonça en Champagne , où il s*égara si bien qu'on fut obligé d'aller à sa recherche et de le ramener à Paris. Cette distraction lui valut ces vers de l'abbé Verger :

Il se lève un matin sans savoir pour quoi faire, n se promène, il va sans dessein , sans sujet, Et se couche le soir , sans savoir d'ordinaire Ce que dans le jour il a fait.

Il y a des distractions qui n'ont rien de commun avec celles que vous pourriez avoir, mais qui n'en méritent pas moins d'être citées ; en voici une crueUe :

Peter Moore avait débuté par monter derrière la voiture sous forme de chassev/r. Plus tard, par des circonstances extraordinaires, trop longues à vous raconter , il acquit une immense fortune , tint table ouverte, eut des loges aux principaux théâtres.

Lorsque Peter Moore offrait la main aux dames pour les reconduire chez elles dans sa voiture, il ne manquait jamais de relever le marchepied et s'élançait machinalement sur le siège de derrière!...

Malgré la grande intimité qui règne dans ce saie

Ion, gardez-vous, en parlant ou en répondant à Tune des personnes présentés, de lui dire : « Oui, monsieur Pierre, » ou : « Non, monsieur Paul. » G*est du plus mauvais goût, c'est une sorte d'impertinence d'appeler quelqu'un par son nom dans la conversation, en le faisant précéder du mot monsieur ou madame. Autrefois les très-grands seigneurs marquaient ainsi leur supériorité vis-à-vis de leurs inférieurs. Vous entendrez quelques gens ordinaires, les ouvriers particulièrement, se servir de cette mauvaise locution avec leurs supérieurs, évidemment sans en connaître la portée. Évitez ces manières communes, puisqu'il n'y a plus d'assez grands seigneurs pour les relever.

Évitez aussi de vous passionner en politique. V esprit de partie qu'une de mes amies appelait la bêtise de partie n'est pas admis dans la douce vie des salons de VéUgante bonne compagnie.

Je dois vous prévenir que, dans ces petites soirées très-Antimes^ le maître et la maltresse de la maison autorisent quelquefois une mise qu'on appelle vul^gairement sans façon, c'est-à-*dire qu'on peut être en redingote, en gilet, pantalon et cravate de couleur, et porter des gants déjà mis.

Enfin, encore une recommandation, après tant de recommandations !... Ne faites pas trop de bruit, ne touchez pas k trop de choses , ne soyez d'aucune

coterie politique ni bachique, scientifique ni mystique : c'est de la prudence, c'est de la sagesse.

Quant au demumonde , terre aux frontières vagues, avant Alexandre Dumas fils; cette chose longtemps douteuse, équivoque, mal définie, et qui est enfin connue, classée, nommée; vous le connaissez, ainsi évitez-le.

qq^cil:::^

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