Immortalisé par la moitié d'un volume in
devint le pontife en cornettes (comme Ta dit Jules Janin dans ses pages étincelantes); la philosophie d'Épicure, donc, porta Poquelin à lire assidûment les anciens, particulièrement Aristophane, Plaute et Térence.
Lorsqu'il eut lu tous les mattres de la comédie, il s'aperçut que la comédie manquait en France.
Louis XIII n'y pensait guère, et Richelieu n'était encore qu'à la hauteur de la tragédie : aussi fit-il Mirame^ qu'il préférait naturellement au Cid du grand Corneille, qui lui-même ne voyait la tragédie que romaine ou espagnole; l'histoire de France et les mœurs parisiennes échappaient ainsi aux écrivains qui les avaient pourtant devant les yeux et sous la main.
Donc, en ce sens , il n'y avait réellement pas de théâtre. Des bateleurs couraient les foires, les villes, l'étranger, et jouaient, alla meglio, des pièces sans art, sans goût et sans décence, de mattre Hardi, de Marie Chrétien et de Baltazar Baro^
C'était la grosse gaieté des tréteaux, la verve décolletée des contes de la reine de Navarre; des quiproquo, des coups de bâton, des servantes égrillardes, et un nombre infini de maris trompés.
Voilà où en était la comédie quand Poquelin , sortant des mains des jésuites, ces grands maîtres dans l'art d'instruire ! encore tout imbu de la fine
plaisanterie et de ratticisme de Térence, entreprit de créer la comédie en France.
Prenant alors le nom de Molière, il laissa Paris au milieu des barricades de la guerre civile , des luttes de M. de Retz, de Beaufort et de Mme de Longueville, et fut jouer en province avec quelques jeûnes gens d'intelligence et d*aventure ses Proverbes; car il voulait amener graduellement à la bonne comédie.
Ce fut à Lyon, en 1653, que Molière fit jouer sa première comédie : r Étourdi.
Louis XIY, à la prière de son frère, fit ensuite élever pour Molière et sa troupe un théâtre dans la salle des Gardes, au vieux Louvre.
Bientôt après, la salle que le cardinal de Richelieu avait construite au Palais-Royal, pour la représentation de sa tragédie de Mirame^ fut donnée à Molière; c'est là qu'il s'immortalisa. Là, en moins de quinze années , il fit représenter trente comédies, dont la plupart furent des chefs-d'œuvre.
C'est dans une de ces pièces, le Mariage forcée que Louis XIY dansa !
C'est à cette époque qu'on vit apparaître cet homme au pudique maintien , au sourire ineffable, aux saints bienveillants, aux paroles mesurées, au regard fallacieux, ayant constamment le ciel dans la bouche et secrètement l'enfer dans le
cœur!... Tartufe, enfin , puisqu'il faut VappéUr par son nom. •
Le théâtre de l'hôtel de Bourgogne contribua aussi au développement de Tart dramatique.
Les comédies qui se jouaient à Sceaux étendirent encore cet art. La duchesse du Maine chantait des opéras sur son joli théâtre, et son mari, tout en rimprouvant, ne pouvait passe dispenser d'en faire les honneurs.
C'est ainsi, et par gradation, qu'en partant du point de départ de la comédie réguhère, qu'il fallait bien vous esquisser, on est arrivé aux proverbes et aux comédies de salon, qui se jouent de nos jours.
Parmi les personnes qui se montrèrent splendidea dans leur manière d'introduire chez elles le charmant délassement du spectacle, je citerai M« Demidoff père, qui a dû son immense fortune, comme chacun sait, à l'exploitation bien conduite de ses mines de fer, de cuivre, de houille et de malachite. M. Demidoff habitait tantôt Paris, tantôt Florence, deux pays d'indépendance, d'art et de liberté.
Il avait réellement à sa solde une bonne troupe de comédiens : on la nommait à Florence la compagnie Demidoff.
On jouait dans son beau palais, ou villa, de Florence, la comédie, le vaudeville et l'opérafComique.
i88 LA VIE ÉLÉGANTE A PARIS.
Un véritable hôtel séparé était réservé au logement des artistes.
M. Demidoff donnait également de brillants concerts et des bals somptueux.
Vieilli, hélas! avant le temps, et impotent, il se faisait rouler dans un fauteuil , d*où il ne bougeait que pour retourner de bonne heure dans ses appar* tements; cars*il prolongeait la vue, même du plaisir des autres, il tombait en syncope*. Pour lui, il y avait longtemps qu'il était sevré de toutes les jouissances.
Lorsque le malheureux amphitryon perdait connaissance, il était emporté dans sa chambre, sur son lit de douleur, où le sommeil ne venait presque jamais lui donner le repos, qui ramène souvent la santé.
Martyr de l'opulence, il eût donné pour un sommeil bon et réparateur une partie de ses richesses, et peut-être toutes pour avoir la santé et la pauvreté de l'homme qui cultivait son jardin.
Si vous allez à Florence, ne manquez pas d'aller visiter la belle villa Demidoff, que son fils, le prince Anatole Demidofif, embellit tous les jours.
On s'est beaucoup plaint de l'humeur du prince Demidoff; je ne puis, quoi qu'on en puisse dire, join-