‹ La vie élégante à ParisChapitre 63 sur 85 · Faubourg Saint-Germain · texte numérisé non relu

Faubourg Saint-Germain

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Guéméîiée, la duchesse d'Aiguillon, cette piquante nièce du duc de Richelieu, jouait un soir avec tant d'entrain et de verve, qu'elle donna un vrai soufflet au maréchal de Soubise, le battu de Rosbach!

Je ne sais si par opposition je dois vous parler de ces comédies-bergerîes de Mme Deshoulières et de Florian.... oùl'on désirait quelques loups pour faire peur aux bergères.... Hélas! aujourd'hui ce sont les loups qui ont peur des bergères, tant beaucoup de nos jeunes filles sont accortes!

Je passe rapidement aussi les comédies^astorales que Berquin faisait jouer par tous les amis des cœurs ingénus.... Voyez-vous ce Berquin si tendre, si épris des ûtes adolescentes^ faisant tout à coup sa fameuse Adresse aux habitants des campagnes?

Berquin devenu révolutionnaire!... Le berger se faisant loup!... C'est à confondre!...

t^lace à Marie-Antoinette : nous voilà au théâtrehameau du Petit-Trianon, près des bosquets, au bord du lac, devant les prairies, à deux pas de la laiterie.... Belle églogue de Virgile ou d'André Chénier, qui vous parlerait là de Cérès la blonde et des brunes Napées.

La voilà, la jeune reine; elle joue le Devin du viUagej et reçoit les répliques du comte de Provence et du comte d'Artois.

Pendant qu'on jouait ainsi la comédie dans ce

hameau tapissé de lierre et de chèvrefeuille, hameau qui avait pour habitantes des princesses, et pour seigneur le roi de France; pendant que ces plaisirs moitié champêtres, moitié intellectuels, remplissaient la vie calme du Petit-Trianon : les châteaux imitaient ces jouissances tranquilles; on y jouait sous les charmilles, on y dressait de petits théâtres de toile et de carton, on y confectionnait des habits de bergers, on s'entourait de corbeilles de fleurs , on y chantait les airs de Rousseau ou de Sacchini , on y écoutait les fables de Florian ou les histoires du baron de Bezenval.

Quand vint tout à coup cette aCreuse tourmente qui renversa trônes et bosquets, théâtres de châteaux et tréteaux de village.... Alors les habits de marquis ou de mousquetaires, de pères nobles ou de financiers, de Lisettes ou de Golombines, furent accrochés aux portemanteaux, où finit leur destinée.... avec celle de leurs maîtres!

L'Empire ne repoussa pas les traditions de l'esprit français; on fut joyeux et spirituel, même au milieu des batailles. Les pages de l'Empereur jouèrent quelquefois des scènes émouvantes ou plaisantes, devant ce redoutable spectateur.

La Restauration rouvrit ses bras à la comédie de société. Théodore Leclerc vint succéder un peu tardivement à Carmontelle.

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Madame, duchesse de Beiry, donna son nom au Gymnase.

Et M. de Castellane vînt après montrer à l'élégante compagnie de Parijs ses acteurs du meilleur air : Edouard Mennechet, le comte de BordesouUe, le comte Grabowsky , la duchesse d'Abrantès , la comtesse de Forget, Mme Gay, etc., etc.

Plusieurs théâtres de salon ont aussi brillé dans ces dernières années.

Au château de Beaujon on en improvisa un charmant, où Levassor a été si plaisant!

Près de la Madeleine, j'ai vu Levassor, après avoir chanté les plus plaisantes chansonnettes, terminer, dans une chambre capitonnée de soie bleu clair, par une scène d'amour derrière un rideau que je ne puis soulever. Il faut laisser les rideaux fermés, surtout ceux des alcôves

Chez la marquise de ***, l'on a joué très-bien A deux pas du bonheur.

Chez la princesse de ***, l'on a joué : Un Clou chasse Vautre.

Chez Mme Bas..., on a joué : // faut qu\me porte soit ou/oerte ou fermée.

Chez la marquise Des..., on a joué comme prologue : la Tasse cassée, et pour pièce : te Caporal et la Payse. Les hommes étaient très-bien, et les deux

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femmes (la comtesse de T** et la baroime de Saint*** ) étaient parfaites. Je prends tous les moyens, vous le voyez, pour que Florine et Ar^ témise me soient favorables.

Je vous passe une nomenclature à initiales qui n*aarait d'autre intérêt pour vous que de vous montrer de plus en plus que les théâtres intimes sont de très-bonne compagnie. Si notre pauvre ami d'Arlincourt n'était pas mort, nous aurions chez lui un salon de plaisir.... Mais voilà déjà qu'on annonce que trois nouveaux hôtels des brillants champs Ëlysées sont disposés de manière à pouvoir faire jouer la comédie dans leur intérieur. Nous verrons bien.

On annonce aussi que deux jeunes femmes, qui logent dans ce nouvel Éden, près du duc de Brunswick, prennent des leçons de déclamation de M. Ricourt, fort capable en choses littéraires et artistiques.

Comtesses, que ne saurez-vous pas?

Gela diffère en bien des points de ce qu'on racontait, un soir, chez Bussy-Rabutin , de la jeune et innocente duchesse de Lesdiguières.... Voulezvous le savoir? Le chevalier de Méré, homme d'es-* prit s'il en fut, lui disait un jour :

c Allons, duchesse, soyez moins timide dans le monde, et, pour vous forcer à montrer votre esprit

dans le salon, acceptez un rôle dans une petite comédie de ma façon.

— Mon Dieu, chevalier, je ne demanderais pas mieux que de briller dans le monde, mais pour cela il faudrait votre esprit , et je n'en ai pas : voulez-vous m'en donner? »

Méré accepta, comme on le pense bien, et son mot est resté :

« Eh bien! je vous en réponds, vous en aurez! »

En effet, il lui apprit tout ce qu'elle ne savait pas, et la duchesse devint une femme complètement aimable et charmante. — Amiso.

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