‹ La vie élégante à ParisChapitre 70 sur 85 · THÉÂTRES PUBLICS · texte numérisé non relu

THÉÂTRES PUBLICS

Je pourrais dire, en commençant ce chapitre, ce que Stainhurst disait à Plumket, en lui adressant son Histoire légendaire de Vlrlande : h Une des raisons qui me font écrire sur l'Irlande, c'est que je suis Irlandais. »

Membre du comité de lecture d'un des théâtres impériaux, j'ai une prédilection toute particuUère pour l'art dramatique en général, et pour les poëmes lyriques en particulier. On ne trouvera donc pas étrange que, dans ces éléments d'études mondaines, je parle un peu de quelques théâtres publics, aux gens qui veulent être bien partout . J'aime à me persuader, à tort ou à raison, que la tâche que je me suis donnée, dans mes loisirs,

est plus facile qu'on ne pourrait le penser d'abord , puisque je ne m'adresse qu'à des intelligences déjà viriles, puisque je ne parle qu'à ceux qui voudront joindre la science de la vie élégante aux précieux avantages que la fortune leur a déjà donnés. Gens qui savent aussi bien que moi que rien ne ressemble moins à V homme que l'îummie, et qui, tout en ayant commencé par vouer toutes les forces de leur esprit à la conquête de la richesse, pensent avec raison qu'il ne suffit pas de devenir riche pour posséder les avantages de la vie du monde et de la bonne compagnie. On n'obtient en effet les qualités si gracieuses, la bonhomie si élevée, les manières si simples et pourtant si distinguées, des gens comme il faut, qu'en les fréquentant , eii les étudiant et en les imitant habilement.

Je crois aussi que tout ce qui tend à faire aimer la politesse, la bienveillance, les douces manières, tout cp qui peut vulgariser le goût des lettres et des arts, est une bonne action, puisque c'est faire acte de civilisation.

Quoique je sois un vieux soldat que ses graves blessures pourraient faire qualifier d'invalide, je dois reconnaître qu'Euripide et Sophocle tiennent autant de place dans la mémoire des hommes que Miltiade et Thémistocle.

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Ne vous effrayez pas de m'entendre parler des Orecs; je h'entçpds pas vous faire ici l'histoire des théâtres grecs ou romains, ni même du nôtre, je vous trace seulement quelques esquisses dont votre mémoire tirera profit dans le monde , et dans les loges où vous irez faire une visite pendant les entr'actes ; habitude italienne très-reçue aujourd'hui, à tous les grands théâtres.

Il faut d'abord que je vous dise en peu de mots que Rome n'avait pas d'Opéra; elle avait le cirque, comme Byzatice avait l'hippodrome.

Au théâtre, le chef-d'œuvre grec, c'était la réunion de là sagesse, de Thatmonie et de la grâce erotique. La tragédie dominait la scène , le chant lyrique amenait la musique, qui amenait à son tour la danse : voilà le théâtre grec au complet; en un mot, la trilogie.

Les Romains, tout eii imitatit le théâtre hellénique, n'entrèrent pas dans ces voies, leur nature s'y opposait : le cirque rempli de bêtes féroces , des gladiateurs tnotirants , Néron pltmant sur Rome en feu , prenant sa lyre et chantant Tincendie de Troie, voilà les spectacles dignes de leurs émotions sauvages ou désordonnées ^

1. La note que toicî est uniqiiement pour Tolre instruction; vous ne ferez bette citation qu^avec mesure.

Caton se trouvant aux jeux de Flore ^ donnés par Tédile Met*

Les spectacles de Florence des xv* et ivi* siècles eurent plutôt de Tanalogie avec les pompes grecques.

Sous le règne des Médicis, toufesles richesses semblèrent se donner rendez-vous aux grandes fêtes théâtrales.

Amphithéâtre tapissé de fleurs naturelles, étincelant de lumières , de marbres , de cristaux , de lustres, de miroirs de Venise à mille facettes et d'arabesques du meilleur goût; statues d'albâtre de Vol terra, damas cramoisis de Lucques, velours et moires de Florence, or, diamants, portés par de belles patriciennes, toute cette pompe rendait ces fêtes splendides et féeriques. Aussi Le Tasse, Politien , Vinci , Bramante, y avaient mis la main.

Vers le milieu du xvir siècle, Mazarin et Anne d'Autriche introduisirent en France l'opéra.

Il fallut au ministre du temps et beaucoup d'argent pour attirer les musiciens de Florence et de l'Italie.

Enfln on joua d'abord devant la reine, rue du

sius, on n'osa pas faire déshabiller les danseuses pour la danse nue (usage de ces jeux). Caton s'apercevant mal du mouvement que cela occasionnait dans l'assemblée, Savonius, son voisin , lui en dit le motif. Caton se leva aussitôt et sortit.... Le peuple applaudit Caton; mais il demanda la danse nue. (54 ans avant J. C.)

Petit-Bourbon, la Finta Pazza\ musique de Strozzi. Deux années après, le cardinal fit monter une pièce à machines : Orfto e Euridice.

En 1650, le vieux Corneille se soumit à écrire Andromède *; mais l'habileté du machiniste captiva toutes les admirations, et le poëme disparut devant le magnifique monstre qui remuait les mâchoires mieux que ne le fait le crocodile vivant. L'opéra est donc bien reconnu émaner de l'Italie, et trois siècles d'applaudissements prouvent qu'il est adopté par le monde entier.

C'est, vous dira-t-on, le pays des mensonges : on y aime en dansant, on y danse en chantant, on y chante en tuant, tous les faits se transforment en impossibilités; mais l'impossible, le rêve, le songe dans la vie, voilà ce qu'il faut au monde des théâtres, espèce de vieillard blasé qui demande des émotions et non des raisonnements.

La cour de l'hôtel de Bourgogne et celle du Louvre eurent ausi des variantes de l'opéra; c'étaient des satyres qui poursuivaient une nymphe chantant les louanges d'Apollon; les satyres Tassaillaient.... mais Apollon descendait du ciel pour sauver sa vertu.

1. La Faulise folle, — 2. Il fit plus tard la Toison d*Or pour le marquis de Sourdeac, qui se ruina en folies théâtrales.

C'était un groupe de chasseurs éthiopiens barbouillés de jus de réglisse, ayant à leur téta Mgr le duc d'Anjou, rencontrant par hasard un groupe de nymphes dont l'une représentait la Vérité^ l'autre la Chasteté , une troisième la Foi catholique : toutes Têtues en amazones, avec le maillot le plus fin.

Cependant les chasseurs, pour les séduire ^ leur dansaient un pas de guerre.

Mais la Vérité, la Chasteté et la Foi remportaient un triomphe éclatant!

J'ose à peine indiquer eh passant les représentations de ce genre du temps d'Isabeau de Bavière ; ces représentations théâtrales étaient devenues d'effroyables bacchanales. . . .

Je n'ai pas dû parler non plus du décolleté des jeunes sirènes de la place du Ponceau^ sous Louis XI. Les fêtes de ce genre s'étendirent partout, dans les rues, sur les routes mêmes. Lorsque, sous Louis Xin, Buckingham vint chercher la jeune Henriette de France, que Charles I*' d'Angleterre prenait pour femme, il trouva la route de Paris à Amiens jonchée de fleurs, de musiciens, de danseuses, de bateleurs et de bohémiennes plus ou moins vêtues.

Louis XIV, protecteur de la troupe italienne, après avoir commandé à son poète Benserade un

DÉ L*CLË6AlYGfi EN PUBLIC. R3»

ballet épique et mythologique intitulé Cassandre^ y dansa en personne au Palais-Cardinal *.

Dès ce moment, la fortutie de la troupe italienne, et par conséquent de l'opéra, fut faite.

Si vous voulez des détails sur les mœurs et coutumes de rOpéra, vous demanderez à votre libraire tes Mémoires de l'Italien Gozzi et de Marcello, ceux d'Iffland et d'Hoffinan, ceux de Gibber et de Garrick ; et vous en saurez plus que vous ne voudriez peutêtre en savoir pour conserver encore le charme des illusions.

Je ne cherche pas à apprécier la question d'art ; mais il serait bieii pourtant que vous pussiez en avoir quelques teintes, car, si l'on venait à traiter ce sujet, il iie faut pas que vous paraissiez ignorant en quoi que ce soit.

Doncj rappelez-vous que chez nous l'art dl*amatique dépouilla sa première imperfection, d'autres diraient sa première grossièreté, à l'hôtel de Bourgogne, mais qu'il fut remplacé par une espèce de psalmodie monotone.... Cette poétique fut consacrée par près de trente années de vogue de là Ghampmeslé.

Louis X!V eut le singulier avantage d'entendre aussi scander la tragédie par des espèces de mâta-

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