Près de Venise, au bord d'un des bras de la Brenta
Quel que soit le héros de l'histoire, ce qui importe peu, la Yoici mot à mot, comme le docteiir la raconta dans le plus pur idiome italien, ce qui n*est pas commun en Italie, si ce n*est chez les gens bien élevés et un peu littéraires ^
Le docteur B***, un des meilleurs médecins de Venise, voit un jour entrer chez lui un homme fort bien mis, s'exprimant en bons termes, mais d*une physionomie languissante.
Ce personnage vient se plaindre d'un mal que rien ne peut dissiper.
« Qu'éprouvez-vous? lui dit le docteur.
— Une profonde mélancolie. »
Après avoir disserté fort savamment sur l'origine et la nature des mélancolies, misanthropies et hypocondries diverses, sur la suite de ces affections et les moyens de les combattre, le docteur termina en lui disant qu'à son air abattu et aux diagnostics qu'il présentait, il croyait bien connaître son mal et le moyen de s'en rendre maître.
€ Cependant, dit le médecin, je dois vous faire quelques observations : la mélancolie naît quelquefois de passions contrariées?... »
Et le médecin attend un mot du malade.
1. L*arlequin Biancolelli , par ses gambades et ses lazzi, n'ea amusait pas moins tout Paris au théâtre de la foire Saint-Germain.
DE L'ÉLËGANGE EN PUBLIC. 3(i7
« Monsieur, dit Yelutti, ce n'est pas mon fait.
— De déceptions du cœur f » reprend le docteur.
Le malade fait un signe négatif et ajoute :
c J'ai en moi un vague ennui.
— En ce cas, il faut faire venir le meilleur vin et en user, mais avec modération.
^ Monsieur le docteur, j'ai dans ma cave les meilleurs vins; ils sont sans effet contre mon mal.
-^ Alors il faut voyager.
— rai parcouru tous les pays inutilement; Tennui me suit partout.
r— Diable 1 le cas est grave! il faut entendre de la bonne musique.
-^ J'en entends tous les jours ; mon mal reste et augmente la nuit.
— Alors je ne vois plus qu'un moyen : c'est d'aller le soir au théâtre entendre le célèbre chanteur Yelutti, dont la verve et la charmante gaieté se communiquent à tpus.
— Hélas ! monsieur, dit le pauvre malade, c'est un masqua, rien de plus ; car c'est moi qui suis Yelutti. »
Puisque nous parlons théâtre, il est bien que vous sachiez comment la cour allait au spectacle dans le siècle dernier.
lejuin 1773. cMme la Dauphine et M. le Dauphin^ sont venus à l'Opéra aujourd'hui, ainsi qu'ils y étaient attendus. On juge aisément de l'affluence qu'ils ont attirée à ce spectacle, désert depuis long^ temps. Mme la duchesse de Chartres a eu soin de se rendre à sa loge avant l'arrivée de ce couple auguste. M. le Dauphin est entré le premier et n'a pas représenté avec la même dignité que le jour de son entrée dans Paris. D a fait deux petites révérences assez mal tournées; il a eu l'air très-décontenancé, et s'est bien vite rangé pour laisser paraître Mme la Dauphine, qui a occupé tout le devant de la loge. Les dames de la suite garnissaient les loges de son côté. M. le maréchal de Biron* avait retenu les balcons. Dans celui opposé à la princesse, il a mis les femmes les plus aimables de sa connaissance et en a formé un coup d'œil délicieux pour le public. Il avait placé dans l'autre balcon les seigneurs les plus distingués de la cour.
« D est d'usage, lorsque les princes et princesses de la famille royale viennent au spectacle, de former une enceinte au-dessous de leur loge, qui est surmontée d'un dais. Cette enceinte est garnie de cent* suisses de leur garde. La loge des secondes, au-dessus