Depuis Louis XVL
2. Le maréchal duc de Biron, colonel des gardes françaises, etc.
de leur tête , reste également vide ; il n'y a qu'un seul garde du corps en sentinelle. Deux gardes du corps sont placés en faction sur le théâtre, ainsi qu'il est d'étiquette aux spectacles de la cour, et sont relevés d'acte en acte. M. le Dauphin et Mme la Dauphine ont éprouvé la joie du public par les battements de mains du parterre et des loges.
c La demoiselle Heinel , qui heureusement était revenue la veille de l'Angleterre, a eu l'avantage de recommencer l'usage de ses talents à Paris devant le couple auguste. Elle était brouillée depuis longtemps avec Vestris, et cette fête a été le sujet d'un raccommodement. Ils ont exécuté ensemble la charconne de Lebreton, toujours très-bien reçue des spectateurs. Le sieur Gardel, qui a eu l'honneur d'être le maître à danser de Mme la Dauphine, a eu des rôles de distinction à remplir dans la chorégraphie et s'est évertué de son mieux , ainsi que tous les autres coryphées de la danse. Cependant on convient assez généralement que M. le Dauphin et Mme la Dauphine n'ont pas témoigné une grande satisfaction du spectacle. On sait qu'en généralla princesse, accoutumée à ceux de Vienne^ n'aime pas notre musique.
« Il est d'étiquette de ne point applaudir aux spectacles de la cour, par une sorte de respect qui est toujours un sentiment triste et froid. Les gens du
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parterre, peu au fait de cette règle , ont voulu se livrer à leurs transports ordinaires ; mais des murmures sourds des gardes ont contenu l'admiration et Font empêchée d'éclater en battements de mains ; ce signal de la joie publique vis-à-vis des augustes époux et consacré pour eux , ne pouvait plus se prodiguer à des histrions au môme instant. Cependant la demoiselle Heinel ayant paru, et Mme la Dauphine ayant invité une dame à côté d'elle de battre des mains, le pubUc a regardé ce signal comme une permission de le faire, et cette danseuse a eu l'honneur d'être la seule qui ait reçu cette marque de satisfaction générale ^ t ^
C'est ainsi qu'écrivait l'historiographe de France!...
Un jour qu'il était chez Mme d'Ëpinay et qu'il parlait, en s'écoutant, des charmes du paradis, cette femme, d'un esprit charmant et un peu caustique, l'interrompit ainsi : < U y a des cho^ ses, mon cher Duclos, dont vous ne devriez jamais parler : car, pour vous, du pain rassis, du fromage passé, et la première veuue, voilé votre paradis. »
De nos jours, vous avez pu voir l'empereur et
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l'impératrice à tous les théâtres. La différence des libertés réelles de notre époque a dû vous frapper. Vous avez sans doute remarqué également que nos souverains actuels donnent souvent eux-mêmes l'exemple des applaudissements. En observant, vous pourrez voir ainsi la manière dont on s'y comporte.
Quant à la vie intime des actrices actuelles, vous n'attendez pas que je vous en parle. La vie intérieure doit être murée pour tous.
Pour ce qui concerne le mérite ou le but moral des pièces des nouveaux répertoires, vous n'êtes pas de cette classe , restreinte heureusement , de vieux bourgeois à vêtements larges, à vues étroites, à esprit borné ; plantes rabougries que le soleil de l'intelligence n'a jamais pu atteindre et vivifier; invalides moraux qui existent à peine, quoique leur temps se soit employé à conjugerle verbe être.Yous êtes de la génération intelligente, occupée, qui a contribué dans sa sphère à pousser sagement le monde en avant.
Donc, voyez et jugez.
M. Véron, homme de beaucoup d'observation, comme je l'ai déjà dit, nous a conservé sur Mlle Rachel une anecdote qui doit trouver sa place ici , car c'est de l'histoire théâtrale contemporaine. D'ailleurs, ce n'est point un jugement que je porte : c'est un fait que je rapporte.
II faut se rappeler, avant de lire ce qui suit , que Provost dit un jour kV enfant qui voulait se destiner à la scène : « Allez vendre des bouquets. »
Un soir que Mlle Rachel jouait Hermione, elle fut applaudie avec frénésie et couverte de bouquets jetés de toutes les parties de la salle. La toile baissée, elle réunit toutes ces fleurs dans sa tunique grecque et courut près de celui qui Tavait si mal jugée; puis se mettant à genoux avec coquetterie : « Monsieur Provost, lui dit-elle, j'ai suivi votre conseil; je vends des bouquets : voulez-vous m'en acheter?... » Le savant professeur la releva en souriant et lui témoigna sa joie de s'être si complètement trompé.
Les grands théâtres sont, comme vous savez, les Français, l'Opéra, l'Opéra-Gomique, les Italiens et l'Odéon.
L'empereur Napoléon I" venait rarement à l'Opéra. Soit son peu de penchant pour le sérieux du genre, soit une certaine fatigue qui prend généralement avant la fin des grandes pièces, soit son goût secret pour une musique plus intime, il aimait peu l'Opéra , mais le subventionnait largement, car il y a là une splendeur nationale , une supériorité qu'il faut maintenir aux yeux de l'étranger.
Le Théâtre-Français a aussi cette gloire à soutenir,
à un autre point de vue : celui de la pureté de notre langue et des traditions de la société française.
L'Opéra- Comique est d'une nature à être constamment suivi; il parle à toutes les intelligences, à toutes les conditions, à tous les goûts.
Loève-Weimar disait du Théâtre-Italien : Il n'a pas de claque^ mais une clique.
Je ne comprends que le jeu de mots; mais je ne vois pas pourquoi ce théâtre, qui ouvre ses portes aux sommités des gens instruits de tous les rangs et de toutes les nationalités, aurait une clique plutôt que tout autre théâtre.
Le Théâtre-Italien , pour lequel la bonne compagnie a un penchant marqué, puisé sans doute dans le charme de la musique et de la langue italiennes, est un théâtre d'une nature particulière. Là, presque tous les assistants ont un secret sentiment de l'art, et cette exquise sensibilité d'organes propre à saisir et à apprécier les beautés de la musique italienne ; espèce de divination pour tout ce qui touche à l'art en général ; subtile et haute intelligence qui a sa source dans l'âme; sentiment qui, indépendamment de ce que lui fait éprouver la suavité de la musique, saisit avidement et rapidement le beau idéal qui se présente presque à chaque pas sur la terre bénie d'Italie, soit sur une toile, soit
sur un marbre, soit daas les œuvres du Créateur*! »
L'Odéon est si éloigné de la vie élégante du monde parisien qu'on y va rarement; on y joue pourtant des œuvres remarquables qui méritent d'être vues.
n y a vingt autres théâtres où vous trouverez des plaisirs faciles, des mots heureux, des pièces pleines d'esprit et souvent de grandes moralités.
Allez partout et, si vous prenez votre part d'une loge, tâchez toujours que ce soit avec des gens de bonne compagnie.
Rappelez-vous, soit au théâtre, soit dans un salon , ce qu'a dit dernièrement la spirituelle Mme de Chaume : « On n'a jamais tout son esprit à côté d'un sot; toute sa bonté à côté d'un méchant; toute sa politesse à côté d'un butor; tout son cœur à côté d'un égoïste. »
Je n'ai sans doute pas besoin de vous prévenir
1. Je sais bien qu'il y a des gens dont la portée musicale ne dépasse pas ces chants lyriques :
Charmante femme de Talcade
Digue , digue , da f Ah I parais sur ta balustrade
Digue, digue, da!
Ceux-là iront au théâtre de Montmartre. /
qu*à rOpéra et au Théâtre-Italien vous devez être en habit , comme dans une réunion du soir.
Les places qu'un homme doit occuper dans une loge, le langage qu'il doit y tenir, sont toujours réglés par la politesse dont je vous ai parlé au premier chapitre de ce livre.
ciQ^or:)