Depuis le Régent
Arrivons aux chasses impériales. Je tâcherai de continuer cette revue avec la brièveté de ce qui précède.
Napoléon I", qui ne voulait laisser échapper aucun des attributs d'une grande autorité, fit uujb belle place à la vénerie. Le prince de Neuchàtel et de Wagram, vice-connétable de France et major général des armées de l'Empereur, fut nommé grand veneur.
Après Essling et Wagram, l'Empereur se reposa dans la paix en chassant.
11 disait : « François !•' et Henri IV ont été nommés les pères de la vénerie, Louis XIII le dieu de la fauconnerie, et Louis XIV le fastueux protecteur des chasses. Je ne veux pas ressembler à ce dernier souverain; je veux chasser pour moi, pour mon plaisir, sans étiquette et sans faste inutile. » En effet, il chassait sans suite, sans appareil; ses ordres arrivaient à l'improviste , et, tandis qu'on demandait une audience à l'Empereur qu'on croyait à Saint-Cloud, il chassait dans la forêt de Fontainebleau.
Le comte Alexandre de Girardin, secrétaire général de la vénerie et aide de camp du prince de Neuchàtel, était alors capitaine commandant des chasses à tir et dirigeait l'équipage en l'absence du grand veneur.
Napoléon III, qui a continué sous bien des rapports le règne de Napoléon I", aime assez la chasse, et, comme il est très-bon écuyer, cet exercice lui est facile et agréable.
Si vous allez dans le monde officiel ou à la cour, vous obtiendrez peut-être une faveur qui est trèsrecherchée, c'est celle de recevoir de l'Empereur te bouton (For, qui ne donne pas, comme en Chine, une vertu nobiliaire ou un rang dans TÊtat, mais qui produit un grand plaisir à celui qui le reçoit. Dès le jour où vous recevrez cette faveur, vous êtes apte à suivre les chasses itnpériales et à voir constamment le souverain et la souveraine; il est bien entendu que vous êtes Thôte de Leurs Majestés dans celui des châteaux où les chasses sont ordonnées.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que, lorsque vous êtes dans les appartements. Vous ne devez parler à l'Empereur ni à l'Impétatrice qu'autant qu'ils vous adresseraient les premiers la parole. Vous n'oublierez pas aussi, si vous avez la vue basses de ne point les regarder avec Votre lorgnon» pas plus qu'au spectacle avec votre jumelle.
Vous verrez, pendant la chasse, l'Impératrice porter à cheval le costume adopté. Le tricorne lui sied très-bien, et lui donne un petit air mutin qui anime ses traits et la rend plus charmante encore. Vous remarquerez que son chapeau est orné
d*une plume noire (Jui monte sur la passe, et tombe de l'autre côté de l'épaule.
Les dâihes invitées aux chasses impériales sont tenues de porter aussi l'uniforme vert galonné d*or. En calèche, on tolère l'habit de ville ; mais les femmes bien apprises, et qui savent que le coup d'œil général est plus harmonieux, le portent même en calèche : la gracieuse lady Gowley en est un noble exemple.
Vous êtes trop instruit pour ne pas savoir que tout ce brillant, tous ces costumes surtout, ne sont ipas des fantaisies d'aujourd'hui. Ces vêtements qui plaisent aux femmes élégantes, qui donnent du pittoresque aux chasses, vous avez pu en voir du même genre dans les galeries du musée de Versailles, et, èi voiis êtes homme d'art, vous avez dû remarquer et apprécier le beau portrait de Mlle de La Vallière par Mignard. Elle est en habit de drap gris orné de velours cramoisi; le chapeau a quelque ressemblance avec celui des anciiens puritains, la i)lume est de la couleur du velours. Elle tient en laisse une meute de chiens couchants appartenant au roi, ceux qu'il affectionnait particulièrement.
* Jusqu'à présent (je dois vous fâit'ë cette obset*vatioii, surtout pour les chasses, où tela se renouvelte souvent), une poignée de main à un ami avait sa
signification; aujourd'hui c*est un bonjour sans autre portée.
Dès Tinstant que c*est reçu entre hommes, je ne vois pas d'inconvénients à adopter et à naturaliser cet usage; mais quand je vois une Anglaise ou une Américaine secouer, avec une vigueur que tout le monde signale, une main masculine; quand je vois ce mouvement brusque et saccadé d'une petite main blanche, et que je songe à la destinée de cette jolie main, s'unissant si cavalièrement à la main de ce qu'on pourrait appeler quelquefois le premier venu y je dis que cet usage d'outre-mer est à bannir de la politesse française et de la délicatesse de nos manières. Je dis que, pour une femme, c'est inélégant.
C'est surtout à l'espèce d'intimité qui règne aux chasses princières ou autres, aux rencontres qui surviennent soit dehors, soit aux repos, soit dans les salons des jeux du soir, qu'on remarque ce sansfaçon qui deviendra une habitude trop commune, si l'on n'y met ordre en choisissant un peu son monde pour cette familiarité.
Un de nos critiques a dit : « Le club^ c'est la société moins les femmes , moins l'élégance, la délicatesse, les bonnes manières, le doux langage, le respe(5t des autres et par conséquent de soi-même. » Il en est souvent de même des chasses intimes qui se font
entre hommes. Pour être bien partout, il faut certainement être toujours indulgent; mais croyezmoi , soit aux grandes chasses dont les femmes font rornement, soit aux chasses familières, conservez les formes de la bonne compagnie : il n'est que trop facile de s'en relâcher.
Il y a aussi un inconvénient dans le laisser aller des chasses en général : c'est de prendre part aux petites indiscrétions , aux médisances , quelquefois aux calomnies voyageuses de la ville. Un de mes amis, qui suivait de grandes chasses au château de ****, était à cheval à côté d'un de ses amis, silencieux comme lui. Entre autres dialogues qu'ils entendirent au milieu du groupe des chasseurs qui avaient fort bien déjeuné, ils retinrent de petites légèretés, telles que celles-ci :
•r Eh bien, que dit-on de la duchesse ***?
— Que c'est du coton imbibé de chloroforme.
— Et de la vicomtesse *** ?
— Que c'est une éponge d'hôpital.
— Et de Mme ***, que le prince de *** appelait la médaille grecque?
— Oh ! le prince est bon là ; la médaille n'a plus d'empreinte, elle s'est usée par le frottement.
— A propos, dit un autre, on ne parle plus de Mme d'***.
— Parbleu, répoitd le donneur de réplique, on en a tant parlé!
— Messieurs, dit un nouveau causeur en avançant son cheval, vous avez nommé le prince de ***, si je ne me trompe?
— Oui; est-ce que vous êtes son ami?
— Certainement, et il y a longtemps! Je l'ai bien étudié^ et j'ai trouvé que c'était le plus parfait modèle de régoïsme : c'est /e multiplié par moi.
— Messieurs, dit un nouveau venu, savez-vous que Mlle de ***, de fort bonne maison, mais sans fortune, vient de s'unir avec un riche marchand de vin de Champagne?
— Non , dit le grand narrateur.
— Eh bien, je Vous l'apprends; mais le plaisâtlt , c'est qu'elle a mis poui* condition que chaque année elle ira prendre les eaux.... Sa meilleure amîé, la baronne de B***, dit que c'est pour se dégrisëi*. »
Je vous passe les propos contré l'hoiiheur de femmes que noua respectons tous. On a dit : Calxmn niei, calomniez^ il feH r^te toujours quelque cfwse. En effet, il n'y a que les esprits supérieurs, que lès caractères forts, qui résistent à ces vulgaires entraînements. Rappelez-vous que, poûf être respecté vous-même, vous devez respecter les autres.
Dans la vie facile des chasses, on est aussi disposé entre hommes à se tutoyer; il ne faut pas vous prê-
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ter à ces nlânlêres, dites sbnt de mauvais ^oût. Ne tutoyez jamais que vos amis les plus intimes; laissez cette habitude à quelques viveurs j à quelques artistes dé petits théâtres, ou à ceux qui visent à la république en France, laquelle serait la plus belle chose du mionde si elle était une choâe possiblte.
Frédéric Soulié, à propos de ce banal tutoiement , dit : « C'est un faux-semblant d'aiiiitlé qui n*empéche pas de s'envier, de se haïr, de se mépriser*. »
Eti Italie, c'est autre chose; tous 1^ gens qui vous servent^ tous les paysans qui cultivent vos terre6% se croirairiit peu dans votre affection si vous leur dîsiéi i>ôt«s.
Évitez, après vôS retours de chasse^ de vous jeter sans réfliexion dans dès salons trop faciles où vos nouveaux àtoîs de thassé vous conduiront^ et d'y ouvrir surtout votre bon cœur , qu'il faut garder pour mieux. Vtâmigeaiûn est fort maltraitée par Frédéric Soulié. H a dit à ce propos : « Tant qu'on est jeune, on est, disent les autres, un bon enfant, plus tard un în'ave hwnmey dans la vieillesse un bonhomme,... Tout cela, ajoute-t-il^ a pour synonyme le mot rfiepe. *