‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 100 sur 232 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

dans les caravanes cheminant de conserve. Mais un de nos hommes vient encore d*être blessé d*ime balle reçue dans le flanc. Il ne passera pas la nuit. Un autre a été fi^appé d'un coup de lance, heureusement sans gravité. Nous ne poussons point Tenquête plus loin, de crainte d'apprendre bien d'autres excès, provoqués par l'implacable soif.

Nous faisons des marches forcées de 8 à 9 lieues. M. de Leu et moi, nous grelottons la flëvre. Quant à MM. Popelin, Ramaeckers et Roger, ils sont en parfaite santé et nous réconfortent de leur mieux.

— Le 9, pendant la soirée, nous avons établi notre campement au bord du lac Tchaïa, déjà desi>éché en partie, et transformé en marécage où, pompée par les hautes herbes, l'eau devient de plus en plus croupie et infecte. Des hippopotames et des rhinocéros occupent les profondeurs humides, dont ils défendent l'accès. Nous sommes à l'endroit où l'abbé Debaise et l'infortuné Pem'ose ont campé avant d'être attaqués par les bandits africains. Le lendemain', nous dépassons celui où l'ingéniem* anglais a été tué avec 6 de ses hommes, après avoir opposé une résistance héroïque à ses féroces agresseurs. Des débris de caisses, de malles et de vaisselle, se voient encore dans la jungle.

Nos gens, un peu remontés par la perspective de la fin prochaine de leurs souffrances, nous racontent, comme une excellente farce^ que les pillards, après s'être partagé le butin, et avoir dévoré les provisions de bouche de la caravane, s'attaquèrent aux Daouas, trouvés dans la boite aux médicaments et aux produits chimiques des caisses de photographie, pris par eux pour du sucre, ou poui* des liqueurs fortes. Tous ceux qui participèrent à cet imprudent régal expirèrent, paraît-il, dans les plus atroces soufirances, portant assez providentiellement la peine de leurs méfaits. Les autres, croyant à quelque sortilège, prirent la fuite, d'où les nombreux vestiges de marchandises, de batterie de cuisine et d'instruments, abandonnés dans la vallée. Dans l'après-midi du 11, nous arrivons à Itoura, situé aux confins du Mgonda Mkali. L'horrible marche est terminée et la joie éclate sur tous les visages. L'eau ruisselle, imbibe les vêtements desséchés et bientât humecte à larges traits nos gorges arides. Les Âskaris, malgré notre défense, tirent force coups de

fusil, annonçant aux indigènes qu'une caravane est arrivée et désire acheter des vivres. Aussitôt boa nombre d'hommes et de femmes arrivent, portant sur leurs tètes du sorgho, du maïs, des patates et des volailles. Festin sur toute la ligne et amples libations de Pombé !

Le lendemain est consacré au repos.

Tout le monde en a grand besoin .

Nos Askaris ne sont pas contents. Ceux du capitaine Popelin leur ont dit qu'ils étaient engagés à raison de 60 dollars par an. Or, Séwa n'en donne que 20 à ses hommes. De là, force réclamations, qui ne nous regardent point, et des menaces de désertion qui nous importent beaucoup. Nous aurions mieux fait d'engager notre escorte nous-mêmes, et le capitaine Ramaeckers est lo premier aie reconnaître. Bonne leçon pour l'avenir.

Mercredi 13. — La caravane est repartie ce matin, et, après la traversée de quelques forêts, au sol rocailleux, s'est établie au bord d*un Mtoni, petite rivière située à 7 lieues et demie d'Itoura. Le jour suivant, nous campons à Roubouga, distant de huit lieues à peu près, et le surlendemain à Kigoua (4 lieues). Ces deux dernières localités ne sont plus habitées.

— Le samedi, nous déjeunons pèrs du Mtoni, situé à 5 lieues plus loin, et l'après-midi vers 3 heures, la tête de la caravane opère son entrée à Kasoé, premier village de l'Ou-Nyamouézi. Kasoé est gouverné par un Moinangou (membre de la famille royale) du Mtémi Séki, Grand Sultan de cet important et riche territoire, et dont le Kouïkourou s'élève à une lieue de marche de Tabora .

tJn vieil Arabe, de mœurs hospitalières, habite le Borna. Il est venu à notre rencontre et nous a invités à nous asseoir sur son Barza, pour nous y régaler de confitures et de café.

Depuis plusieurs jours, la fièvre n'a pas quitté notre camarade de Leu, incapable d'absorber aucune nouiTiture. A diverses reprises, il est tombé de son âne. Comme ses fprces l'abandonnaient complètement, je suis resté auprès de lui et l'ai couché sous un arbre, en lui disant de prendre quelque repos. Au bout d'une couple d'heures, il s'est déclaré un peu mieux, et nous avons pu rejoindre le camp à la tombéo de la nuit.

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