CHAPITRE XU
Dimaoche 17 octobre. — Entrée triomphale à Tabora, où DODs séjoumorons quelque temps avant de nous diriger sur Kai-éma .
Il est encore d'usapo de lai^er ici, le pi^mier jour, aux hommes d'escorte, la licence de tirer autant de coupsde fusil qu'il leur reste de cartouches. Nos Askaris s'en donnent à cœur joie. Quant aux Arabes, ils gâchent une quantité increvable de poudre, tout danger ayant censément disparu du moment qu'ils mettent le pied sur lo lorriloire de importante station.
Nous sommes lofjés dans e tombé loué par nous au gouverneur arabe Abdallah bin Nassib. L'installation laisse à tiésirer sous le rapport des aises, mais il n'y a pas mieux.
Son plus grand désavantage consiste dans son éluignement de Kouyara, village dislaut d'une bonne lieue, oii sont établis le docteur Van (Ion Heuvel, le cai^ pilaine Popelin et M.
Roger.
Aussi ferons-nous on sorte de quitter Tabora le plus tôt possible. La Massika approche , du reste, et il nous sera déjà assez difficile de trouver encore des porteurs.
Un vaste jardin entoure notre habitation, jardin clôturé par une haie d'euphorbe, aux tiges toujours vertes et gonflées d'un suc vénéneux.
Nos soldats ont remisé leurs armes dans une des salles du tembé et se sont logés un peu partout, sans avoir besoin de produire de billets de logement aux habitants de Tabora, d'un caractère fort hospitalier.
Nous serons bien autrement incommodés ici que sous nos tentes de campagne. Les vieilles habitations arabes, d'un extérieur assez imposant, sont pleines de vermine. Les plafonds servent de refuge à des myriades de tiques africaines qui, la nuit, se laissant tomber sur les couchettes, provoquent, en se promenant sur notre épiderme, des démangeaisons insupportables et nous tiennent éveillés sous leurs cruelles piqûres. Il suffit qu'un de ces répugnants et gluants insectes, — de vide et de plat, bientôt gonflé de sang, — se pose sur vous, pour que vous soyez le lendemain couvert d'ampoules. Nous en avons déjà fait la cuisante expérience dans quelques tembés de l'intérieur. Il faut se tenir à quatre pour ne pas se gratter, ce qui ferait se former des plaies souvent dangereuses. I^es moustiques ne manquent pas non plus. Contre ces deux fléaux de tout village africain, le meilleur remède consiste en lotions de vinaigre.
Quelque peu confortable que se présente notre demeure, elle parait cependant un palais à M. de Leu, de plus en plus accablé et qui n'aspire qu'après un repos absolu. Nous prenons à son égard toutes les précautions dictées par l'expérience, et après l'avoir laissé sous bonne garde, nous nous disposons, M. Ramaeckers et moi ,à partir pour Kouyara ,oii le docteur Van den Heuvel nous attend pour dîner. M. Sergère se joint à nous et nous voilà, trottinant sur nos ânes, — je monte celui de notre pauvre camarade, — dans les larges sentiers serpentant à travers des enclos. Nos grooms nous accompagnent, seuls, courant devant les montures, car Askaris et porteurs sont allés à leurs affaires, c'est-à-dire à leurs plaisirs. Nous les entendons derrière les haies d'euphorbes, braillant, buvant à grandes lampées le Pombé brassé à leur intention, brûlant de la poudre, sonnant du clairon, du fifre et battant le tambour. Les gens ma-