CHAPITRE Xn
Les trois sentiers. — Bibûanda, — Ligne de faîte de TOcëan Indien et du Tanganika. — Les Tongoe africains. — La fournaise. — Citadelles des fourmis.
— On se tue pour boire de la fange. — Doubles étapes. — Lac Tchaïa,
— L'assassinat de Fingénieur Penrose. — Festin mortel. — Itoura, — La An du PorL — De Teau en abondance. — Mécontentement des Askaris. — Le Mtoni. — Roubouffa, — Kasoé, premier village de l'Ou-Nyamouézi. — Pauvre de Len ! — - Tabora. — Mousquetades. — Notre teml)é. — Kovgara.
— AoTTStis. — Les Oua-Tousis. — Cold cream ou l)eurre rance. — Mœurs pastorales. — Le docteur Van den Heuvcl. — Mauvaise volonté des fonctionnaires arabes. — Du cognac ! — Trio de Flamands. — Du vrai pain ! — Sheik bin Nassib. — Repas aratw. — Kéfaleik ! — Le Kouïkourou. — Chez le OouTemeur. ^ Un Borgia africain. -^ IHs in idem, — Journée de Oamache. •- Séid a froid I — L*obusier portugais. — Présents.
7 soptembre. — Partis à 2 heures 20 du malin, nous
avons exécuté une marche rapide à travers le désert. Trois
sentiers parallèles traversent le Mgonda Mkali dans toute sa
longueur, ne s'écartant guères de plus d'une vingtaine de
BaètPBs. Les femmes et les enfants, les porteurs lourdement
chargés, ont pris celui du milieu. Ceux de droite et de
?*uche sont suivis par les Pagazis, moins embarrassés de
*^jfages, les soldats du Gouverneur de Tabora, les Askaris
^* par nous-mêmes, faisant bonne garde.
Ûans le Porî, on ne bat jamais le tambour afin do ne
P^^ éveiller la dangereuse attention des Rougas-Rougas,
^ï^chant en force ou en groupes isolés.
^-ï est neuf heures et demi lorsque nous campons dans le
^0 de Bibisanda. C'est entre Moalé et ce village aban-
,^^^é que se trouve la ligne de faîte des deux versants
^ l'Océan Indien et du lac Tanganika. Nous allons entrer
^ ^ ^ le bassin de ce dernier. Il est à supposer que le
f^l^garazi, affluent du lac Tanganika, prend sa source dans
* environs. Sur ce point, l'altitude atteint 1430 mètres au-
®^s^us du niveau de la mer.
^--•e vaste désert^dont la traversée exige actuellement six jours
marche forcée, était autrefois peuplé et cultivé. Mais ses
Tozx
Dombi'eux villages ont tous disparu pendant l'implacable guerre faite par Mirambo aux tribus de cette région.
Rien de farouche comme un Tongo africain. Dans les champs abandonnés, ensemencéâ autrefois de millet, de maïs, de patates douces et d'arachides, la végétation, livréeà elle-même, forme un lacis inextricable de céréales, de lianes, d'épines et de cucurbitacés, qui a envahi les pihei-s, restés debout, des anciennes huttes et les toits à demi effondrés. Tel, le lierre escalade, disloque et recouvre les restes des burgs d'Alsace et du pays rhénan. Tout cela forme une masse confuse, oii bourdonnent des myriades d'insectes complétant l'œuvre de destruction. Mais que dis-je ! La nature qui reprend ses droits, en effaçant les traces de l'activité humaine, est ici d'une exubérance prodigieuse, et c'est la Vie elle-même qui chante sur le Néant.
— Pendant quatre jours encore, nous avons à affronter 1m| horreurs de cet interminable Pori. Le triple sentier-serpento sm cessivement à travers des plaines — inondées au temps de ] Massika, mais dont l'argile desséchée et abrupte rend notr marche difficile et embarrassée, — des forêts de Miombos, dégât nis de tout ombrage, des fourrés épineux bordant la route ( empiétant sur elle. De temps k autre, entre les branches flétrie nous apercevons les exhaussements de terre argileuse, surmoi tés de véritables cheminées, ménagés par les fourmis géantes è occupant souvent une étendue considérable. Des amas de broia sailles et de lianes encadrent souvent les citadelles des voraci termites. Puis, c'est une pente raide qu'il faut gravir sous b rayons accablants du Soleil à son zénith. Nos pas faiblissen! notre gorgese sèche, nos yeuxs'injectent de sang. Seul, denoud l'invulnérable Roger a conservé sa vaillance et sa belle bumeui Ce qui l'ennuie, c'est qu'il ne peut chasser, sous peine d'attii-al à nos trousses tous les pillards du désert, Quand, eu&ii, noqf redescenions dans une vallée' où nous espérons trouver do l'eatitl l'espoir renaît, la marche s'accélère. Arrivés à l'étape, où nous ne trouvons ordinairement qu'une mare fangeuse, nous nous précipitons, en nous bousculant, pour boire à longs traits une boue nauséabonde. Nos hommes se la disputent avec fureur. Qne de rixes, de coups de fusil, de meurtres même, nous sommes obligés délaisser impunis! Aucune discipline ne tiendrait devant de pareilles tortures. Ne nous inquiétons point de ce qui se passe