‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 102 sur 232 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ries ou posés se sont formésen groupes,fcstinant à frais communs. Quant aux jeunes gens, ils ont tiré chacun de son côté en qadte de quelque galante aubaine. Nous en voyons s'échapper des enokM, à la poursuite de grosses et noires dondons, fuyant nd ja/tce», moins farouches pourtant que Théroïne de TAorystis grec. Us les pourchassent avec de bruyants éclats de rire, les atteignent et, sans se soucier de notre présence, les enlacent de leurs bras nerveux. La joie éclate partout, et bien loin est le souvenir des jours de morne tristesse et de rudes privations. C'est que Tabora, comme Bagamoyo, Oudjiji et Nyangoué, est une des capitales de l'Afrique, un scyour de délices et d'exubérante licence.

Cependant, nous avons dépassé les derniers tembés arabes, sur le seuil desquels la population se presse pour nous voir défiler. Nos domestiques nous précèdent, arpentant la plaine au pas gymnastique.

Le vaste territoire de Tabora est presque entièrement circonscrit par de hautes montagnes. Du sommet de l'arête, reliant deux chaînas, nous voyons se dérouler le riant panorama au milieu duquel le village de Kouyara, célèbre par sa fertilité et ses ressources bovines, profile les silhouettes pointues do ses toits de chaume et les terrasses plates de ses tembés.

Une construction d'un nouveau genre a fait son apparition. C'est le réduit palissade des Oua-Tousis.

Leurs huttes, dépourvues d'auvent et percées d'une simi)le porte, ont l'apparence de véritables ruches d'abeilles. Les Oua- Tousis s'occupent spécialement de l'élève du bétail. Us so livrent à la fabrication du beurre, obtenu en agitant pendant plusieurs heures le lait dans de grosses calebasses, et vont le vendre au marché, ainsi que le lait frais ou caillé. Nous accordons, en passant, un coup d'œil curieux à l'un de ces chalets africains où grouiUe à l'étroit, — avec quelques je unes esclaves, commis à la gai*de des troupeaux, — toute la famille, composée du père, d'une ou deux femmes et d'une nichée d'enfants. Le costiune de ces femmes est fort différent, non seulement de celui adopté par le beau sexe de Tabora, mais encore de la toilette zanzibarite. Il se compose d'une peau de bœuf, assouplie au moyen d'huile de ricin ou de bouse de vache, et simplement nouée autour de la taille, laissant le buste à découvert. Ce vêtement, qui a un frou-frou pai*ticulier, ferait seul reconnaître

dans l'obscurité les femmes Oua-Tousis, siTodeur écœurante qui s'exhale de leur corps graissé à outrance ne trahissait encore mieux leur approche. Grandes et élancées, elles portent crânement sur la tête le Linndo rempli de beurre ou de lait, et exhibent avec orgueil, aux poignets et aux chevilles, de lourds bracelets de fer ou de cuivre.

Les hommes, également de haute stature, vont toujours armés de gaules qui leur permettent de se tenir des heures entières parchés sur xme jambe, comme des oiseaux aquatiques, au bord d'un marais. Ils ne se mélangent avec aucune autr^ race et ont conservé les traditions antiques des tribus pastorales. Leur nourriture, fort simple, se réduit au lait de leurs troupeaux, à quelques légumes verts, et exceptionnellement à quelque morceau de viande de boucherie.

Nous approchons du tombé du docteur Van den Heuvel que Férouzi nous signale avec admiration. Notre compatriote nous fait la réception la plus chaleureuse. C'est, comme on nous l'avait dépeint, un homme de stature robuste, ayant les cheveux et la barbe d'un blond pâle, ce qui le fait quelque peu ressembler à un Allemand. Ses allures, empreintes de rondeur et de bonhomie, l'ont rendu populaire auprès de la population arabe, mais moins assurément que ses talents en médecine, auxquels tous ont largement recours. Il s*est bien vite acclimaté à Kouyara, où il ne compte que des amis. Seuls, le gouverneur Abdallah bin Nassib et son frère, Scheik bin Nassib, ne lui plaisent guères, et pour cause. Depuis un an qu'il habke ici, malgré leurs promesses réitérées, il n'apu obtenir encore la concession de terrain qu'il sollicite du Grand Sultan Séki. Les rusés personnages font tout ce qu'ils peuvent pour l'empêcher de prendre quelque empire sur ce malheureux prince, abruti à plaisir, pour leur laisser, sans conteste, le gouvernement de cette magnifique région. Le cognac, tel est le philtre dont ils se servent pour avoir les coudées franches. Or, du cognac, il n'y en avait que dans les cals* ses du docteur Van den Heuvel. Chaque jour c'étaient de nouvelles demandes auxquelles notre compatriote tâchait de satisfaire afin d'obtenir la concession désirée. BouteiUe pai*^ bouteille, la provision tout entière y a passé; et Séki avait toujours froid et demandait en gémissant à se réchauffer à la dangereuse boisson. Si bien qu'aujouixl'hui, le but est en«^

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