‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 104 sur 232 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Cet aggloméré parait assez coDsidérable, vu le grand nombre de ses cases, bordant des rues plus larges et mieux entretenuesqae partout ailleurs. Au centre, s'élève le Palais du Sultan. Sous les largos auvents des pi-incipaux tombés, sont remisés d'énormes tambours de guerre, larges de plus d'un mètre sur on mètre et demi de hauteur, et recouverts de peaux de zèbre, de vacbe ou de lion.

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|D«MLa de 0. Vahuse.;

Nous pénétrons dans la cour intérieure de l'habitation, occupée parle Ouali(Gouvemeur).Gett6 construction, déjà ancienne, est bâtie en briques grossières séchéos aux feux dévorants du Scdeil.

Abdallah bin Nassib, vieillard maigre, droit et osseux, jouit parmi ses soldats d'une grande popularité, due tout entière au butin qu'il leur a permis de foirj sur les Oua-Zaramos et les Oa-Sagaras, soumis par lui, uominalcmant, au Sultan do Zanzi* fcar. Enotmii juré de Mirambo, dont il contient l'ardeur conque-

rante, il est le seul chef que n'affronte point volontiers le Bonaparte noir. Sa qualité de Ouali de TOu-Nyaniembé le rendrait en butte aux orgueilleux empiétements des autres grands personnages arabes — impatients de tout pouvoir délégué à un de leurs égaux, — s*ils ne le craignaient à Tégal du feu. Le farouche vieillard jouit, en effet, auprès d'eux, d'une réputation terrifiante. A en croire les bruits sinistres qui circulent, Abdallah bin Nassib n'hésiterait pas à mettre au service de ses rancunes et de se5 intérêts les procédés shnplificateurs de l'ancienne famille des Borgia. Tout lui serait bon pour se débarrasser d'un élément hostile, et l'art des Locuste et des Brinvilliers jouerait un rôle providentiel dans ses préparations culinaires.

Sous le porche du Tombé, s'étale en espalier une longue chaîne de condamnés frappés par la justice du Ouali. Les malheureux, le cou pris dans un carcan, ainsi que les forçats de Zanzibar, montrent ou affectent la même indifférence pour leur sort présent. On dirait des bœufs couchés dans leur étable. La soumission au châtiment, même immédiat, constitue un trait typique des races orientales et barbares.

Le dialogue habituel s'engage :

— « Sabalgheirl » Que Dieu vous accorde une bonne journée. — 4c YambOy Yambo sana! > Il va bien, il va bien. — « Karib! Karïb! » Approchez. Le Gouverneur, redoublant do gestes engageants, nous conduit dans une place ayant quelque prétention à la décoration européenne. Pour la première fois, depuis bien longtemps, nous trouvons de vraies chaises, sur lesquelles on nous invite à prendre place. Aux murailles, dont le ciment s'effrite, brillent des miroirs accrochés au milieu de tout un arsenal de guerre consistant en fusils de tous les systèmes, depuis le fusil à mèche arabe, à canon long et à crosse damasquinée, jusqu'au Winchester d'importation récente. Dans le fond, un grand lit se dresse, recouvert d'une courtepointe multicolore en soie de Mascate.

Comme chez le Scheik, la table est servie à notre intention et, bon gré mal gré, il nous y faut faire honnçm\ Ce n'est pas que nous craignions quelque traîtrise. Le Gouverneur n'a aucune raison de nous en vouloir et le ôrman de son Souverain doit nous protéger suffisamment contre ses rubriques. Mais manger à de si proches intervalles paraîtrait imprudent dans les climats les plus

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