‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 108 sur 232 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

MarouBgous» tribus habitant la côte occidentale du lac Tanganika. Chaque année, de grandes caravanes se rendent dans rOu-Emba dont les Sultans, — comme ce grand-duc de Hesse, flétri par Schiller, — battent volontiers monnaie au moyen de leurs sujets, assimillés à un vil bétail. Là-bas, un homme conçu dans les soufirances et dans les larmes, et péniblement arrivé à Tâge adulte, ne vaut guère qu'un ou deux dotis par tête, ou quelques rangs de perles. Mais la servitude arabe lui semble encore préférable au sort rigoureux qui lui est fait sur les terres de son féroce tyran.

Sitôt qu*un convoi d'esclaves est revenu de l'intérieur, le chef d*escorte se rend chez le Scheik, et les notables arabes, rassemblés en conseil, discutent les prix au-dessous desquels on ne pourra vendre. Ceci pour éviter toute dépréciation de la marchandise noire et parer aux désastreux effets de la concurrence. Ce syndicat fonctionne, d'ailleurs, au su et au vu de tout le monde, éludant commodément les prohibitions arrachées au gouvernement de Zanzibar.

Généralement, le prix d'un homme valide ou d'une femme adulte est, à Tabora, de 30 à 40 piastres (150 à 200 francs). Celui d'un enfant varie de 10 à 15 piastres. L'article de luxe, vivement disputé, c'est la Souria ou esclave de harem, souvent d*une beauté réelle, — bien entendu en faisant abstraction de nos idées d'Europe qui, de plus en plus, se modifient chez nous. — Il en est qui montent jusqu'à 200 et .*i00 dollars.

Comme on le voit, il y a un joli écart entre les prix d'achat et de détail. Les femmes du Manyéma et de l'Ou-Ganda sont fort recherchées pour leur structure. Beaucoup d'entre elles ont le nez droit et d'une certaine finesse. Dans leur pays elles portent entière leur longue cheveluro, que la stupide mode arabe fait tomber, sous prétexte d'hygiène. Ce sont les Caucasiennes des musulmans de Zanzibar, qui les parent à qui mieux mieux.

La cote dûment fixée, les courtiers promènent de maison en maison leur personnel, qui les suit complaisamment. Ils agissent, du reste, de même pour l'ivoire, les étoffes et les perles dont le déchet, seulement, se vend au Soko de Tabora. Ce marché, le premier depuis Bagamoyo, égal en importance à ceux d'Oudjiji et de Nyangoué, se tient sur une grande place, située près de la source de Tchemtchem, qui a donné son premier nom au

village. Quelques misérables auTenl» de paille, supportés par des piliers de bois brut, abritent les oljets d6 consommatiou cultivés dans les champs fertiles, s*étendant autour de la localité : riz, moutama, ou sorgho, maïs^ arachides, sésame» manioc, cannes à sucre, fèves et haricots. On y trouve même du froment, mais en moindre proportion. Ce dernier, d'excellente qualité, et demandé seulement par les Arabes, est obtenu au moyen d'un ingénieux système d'irrigation. Tous les jours, le marché est fourni de viande de boucherie fraîche, de beurre et de fruits. La population indigène y achète ses étoffes de couleur, des perles, des bracelets et des ornements grossiers, dédaignés par l'élément arabe, ou revendu par lui, en détail, à bénéfices usuraires.

Comme j'ai eu, je crois, l'occasion de le dire, Tabora constitue le véritable nœud de communication d'où partent et où convergent, dans tous les sens, d'activés caravanes. C'est le seul point de jonction de la côte avec l'intérieur. On s'y rend pour s'approvisionner de l'Ou-Ganda, au Nord, d'Oudjijiet deKaréma à l'Ouest, au Sud de l'Ou-Rori et du lac Nyassa (route uniquement suivie par les Arabes), et de l'Est de Zanzibar, via Bagamoyo.

— C'est ici que, de temps immémorial, on engage des porteurs et des ouvriers, introuvables partout ailleurs qu'à la côte, les autres peuplades, Oua-Sagaras, Oua-Gogos, Oua-Tatourous, Oua-Embas, Oua-Kaouendis, etc., etc., n'étant guères moins que voyageuses. Tout homme, assez ambitieux pour quitter son village et en quête d'un salaire relativement élevé, accourt à Tchemtchem. Delà une population aussi nombreuse que variée, et se distinguant par des tatouages caractéristiques. On y rencontre le Mganda, fièrement drapé dans son haillon d'étoffe jaune en écorce battue, à côté du Msoukouma, médecin, agriculteur ou forgeron. De toutes les tribus, représentées par leurs éléments les plus vivaces, c'est cette dernière que j'apprécie davantage sous le rapport moral. Ses hommes, bons travailleurs et d'une parfaite égalité d'humeur, semblent avoir conscience de la dignité humaine, presque toujours i*emplacée ici par une bouffonne vanité. Bien moins quémandeurs, aussi, quo la plupart des autres peuplades. Lorsqu'ils ont débattu et accepté librement le prix d'un marché ou d'un travail, ils n'élè-

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