CHAPITRE XIII
vent point après coup leurs prétentions, différant en cela des Oua-Nyamouézis qu*on voit toujours la main ouverte et d'autant plus avides qu*on s*est montré plus libéral à leur égard. Malheureusement, ces derniers forment Télément principal de la classe populaire.
Peu de Oua-Djijis, qui ne se résignent pas facilement à quitter les bords du Lac, mais assez bien de Oua-Manyémas, Africains aux formes grêles, dont la réputation de cannibales contraste avec leur excessive douceur.
— J'ai dit que les Arabes formaient ici l'aristocratie dirigeante. Leurs habitations sont construites comme celle du Ouali, en briques d'argile séchées au soleil (Adobes). Leurs terrasses, en terre battue, légèrement inclinées, sont parfois surmontées d'un toit de chaume, disposé en vue de l'écoulement des eaux. Une grande porte de bois poli, ou ornée de sculptures, et des fenêtres grillagées, donnant de plein pied sur le Barza, «'ouvrent dans la façade principale. Ces dernières sont closes, le soir, au moyen de volets, les barreaux de bois restant à l'extérieur. Les sculptures des portes, d'un travail curieux et réellement antique, surchargées de détails et d'arabesques, excluant rigoureusement la représentation de la figure humaine, sont exécutées par des esclaves, dressés de père en fils à des métiers spéciaux. Quelques-unes, les plus somptueuses, ont été commandées à Zanzibar même, et sortent des ateliers du Saïd Bargash.
Le Barza, on le sait, est une espèce de terre-plein, élevé d'un pied au dessus du niveau du sol et abrité par la véranda de rigueur.
C'est là qu'ont lieu les réceptions, que se concluent les marchés et que s'agitent toutes les questions d'intérêt général ou particulier. On y mange, on y discute, on y savoure le café, bouilli dans son marc, on y commente les moindres actions du voisin, car les cancans sont plus goûtés ici que partout ailleurs. Littré, qui a cherché l'étymologie du mot dans les querelles scolastiques du moyen âge, a peut être eu tort de ne pas lui attribuer une origine ai*abe.
Tout autour de l'habitation seigneuriale, sont groupées les cases des hommes libres et des esclaves qui eii déj)endent. De vertes ceintures de bananiers, des buissons de grenadiers, aux fruits rougissants, des dattiers, plantés par couples, des coco-
tiers, en petit nombre, des manguiers touffus, des goyaviers et des citronniers font le charme principal de ces résidences, assez tristes à l'intérieur,, et aménagées principalement en vue d'échapper aux ardeurs d'un ciel implacable. L'aggloméré tout entier est protégé par une haie d'euphorbe, au printemps éternel, comme les gazons de Galypso. Dans tout l'Ou-Nyaniembé, l'euphorbe constitue en réalité, une barrière infranchissable. Ses tiges, serrées et droites, contiennent un suc laiteux, considéré comme mortel par les indigènes, qui en enduisent leurs flèches, avant d'aller à la chasse aux éléphants. Non seulement ils n'oseraient se risquer à aff*ronter ce terrible obstacle, mais on prétend que les termites eux-mêmes s'en écartent prudemment.
Des passages ménagés dans les haies, atteignant parfois une épaissem» de plusieurs mètres, donnent accès aux portes formées de deux montants entre lesquels de lourds barreaux de bois mobiles sont suspendus à une barre de fer. Le jour, on relève simplement ce grillage, pivotant autour de son axe et qui, la nuit, est rondu fixe par des traverses de sûreté.
— Sauf en ce qui concerne M. de Leu, dont la santé continue à nous inspirer les plus graves inquiétudes, les journées se succèdent tranquilles et pleines, pour nous, de réconfort. Nous avions bon besoin de cette halte pour oublier les fatigues, les privations et les angoisses du périlleux voyage qu'il nous faudra reprendre dans quelques jours.
De grand matm je suis sur pied. L'eau froide, ruisselant sur mes membres, apaise les insupportables démangeaisons de la nuit, car nous sommes littéralement mangés vivants par les insectes coalisés de cette terre par ti*op prolifique. J'endosse mon costume blanc, lavé de la veille, et, coiffe d'un feutre, oh s'enroule un léger turban, je me rends tout seul à Kouyara, chez le docteur Van den Heuvel, vers qui je me sens entraîné par une sympathie irrésistible. Je le confesse, en toute sincérité, son pain délicieux et ses sauces à l'oignon, faites dans toutes les règles de la cuisine flamande ne sont pas totalement étrangers à mes visites. Qu'on n'aille pas, pourtant, me croire plus gourmand que je ne le suis. Nos festins sont bien modestes, à côté de ceux qu'il m'est arrivé de bouder superbement jadis. Mais ils sont assaisonnés de cordiaux épanchements, de confidences i-écipro-