‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 110 sur 232 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ques, de souvenirs du pays et d'aspirations franchement patriotiques. Notre pauvre camarade do Lsu serait-il heureux de pouvoir s'associer à ces excursions matinales, coui*onnées par de bons et frugaux déjeuners ! Hélas ! il est bien malade I La fièvre ne le quitte plus I

De leur côté, la plupart de nos Askaris sont sur le flanc. Six jours de liesse les ont plus accablés que les redoutables épreuves du voyage. Les excès de Pombé, absorbé à pleines jarres, les indigestions de nourriture, gloutonnement empiffrée, les excursions galantes, brochant sur le tout, les rendraient inaptes au moindre service. Aucune discipline, du reste, à exiger d'eux, maintenant que leur premier engagement est expiré. Notre autorité, déjà méconnue en temps de marche, resterait sans résultat. Il faut résolument fermer les yeux et attendre que les malheureux en aient tout leur saoul. C'est à désespérer d'obtenir jamais rien de bon d'une pareille escorte !

A la démoralisation, fruit ordinaire d'une débauche effrénée, s'ajoutent, d'ailleurs, les causes de mécontentement déjà précédemment indiquées. Le contact des hommes du capitaine Popelin — ^qui, mieuxpayés que les nôtres, se montrent plus larges dans leurs (impenses, — ' entretient une exaspération sourde, se traduisant bientôt par de violentes réclamations. Il est certain que la différence de cinq dollars, à un dollar et quart par mois et par homme, doit leur sembler exorbitante. A plusieurs reprises, notre chef a reçu la visite de députations chargées de lui exposer de trop justes griefs, mais aussi d'inacceptables prétentions. Ce n'est pas moins de quarante dollars que nos Askaris réclament aujourd'hui pour la différence, en nous menaçant de retourner à la côte si satisfaction no leur est pas donnée. En réalité, ce n*est point de nous qu'ils se plaignent, mais de Séwa qui les a engagés à des prix dérisoires. Ils reconnaissent que nous les avons toujours traités avec bonté et justice et que s'ils se voient obligés de nous quitter, ce sera à regret. Leurs allées et venues ne laissent pas que dénoua causer de la tablature, ainsi qu'à M. Sergère, fort ennuyé de ce qui arrive. En effet, notre ami s'est fié aveuglément à son associé, et ne connait pas même les actes d'engagement écrits en Indou.

€ Le défaut capital de notre expédilion, écrit M. Ramaec •

kers au bureau do l'Association, consiste en ce que nous n'avons pas engagé nous-mêmes nos soldats, mais avons dû passer par des intermédiaires qui, au lieu de fournir aux voyageurs des hommes honnêtes, engagent à vil prix la lie de la population de Bagamoyo. Ceux-ci, esclaves, pour la plupart, abandonnent sans vergogne les caravanes qu'ils sont chargés d'escorter. Tout leur point d'honneur se réduit à les suivre, jusqu'à épuisement des avances reçues. Ils se considèrent comme absolument dégagés du moment qu'ils ont passé un nombre de mois, suffisant pour représenter, à raison de 5 dollars par mois, la totalité des arrhes d'engagement. »

D'un autre côté , le prix des Pagazis s'est anormalement majoré depuis 3 ans. Lorsque M. Cambier a pu s'en procurer, de Zanzibar à Tabora, pour 4 à 6 piastres par homme, le capitaine Popelin a dû les payer, à raison de 20 piastres, pour le même voyage, et on nous en a réclamé 36 ! Pour peu que les expéditions augmentent. Dieu sait où cela s'arrêtera !

— Nous avons reçu la visite d'un Anglais, M. Liechtfield, missionnaire de' la Church Missionàry Society et desservant la Station d'Ouyouï. Il nous est arrivé de l'Ou-Ganda où il s'est rendu par le Nil. Le docteur Van den Heuvel est bien connu des Européens groupés autour de Tabora, ou établis dans l'Ou- Ganda, dans rOu-Goué ou à Oudjiji. Fort aimé des Arabes, auxquels il prodigue ses soins, il sert d'intermédiaire et d'arbitre entre eux et les voyageurs, en destination de Zanzibar,qui viennent refaire à Tabora leur pacotille d'étoffes, de perles et d'autres articles d'échange courant. La raison de sa popularité réside dans la façon équitable dont il sait faire répartir les achats. Ne favorisant aucun marchand, il les intéresse tous au maintien de relations aussi amicales que fructueuses. La Station, ou plutôt la Maison Belge du docteur, est hospitalière, en Afrique^ à tous les étrangers, comme notre Patrie l'est en Europe. Et cet éloge ne se trouve pas que sous ma plume. Les nombreux voyageurs, reconnaissants de son accueil et de ses services désintéressés, sont unanimes à proclamer un dévouement devenu proverbial.

— Ce matin, 25 octobre, en me levant, j'ai trouvé mon pauvre boy Daïmo, étendu mort à quelques pas de mon lit sur la natte qu'il occupait près de la porte du tembé. Il a succombé pendant

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