‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 11 sur 232 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

caractère, est aussi peu attrayant que possible. Ce ne sont partout que ruelles étroites, d'une largeur de deux mètres, au plus, ce qui contribue, il est vrai, à y entretenir une fraîcheur relative mais, par contre , gêne le renouvellement de Tair respirable, vicié par des émanations putrides et littéralement infecté. La rue est ici le grand réceptacle à immondices que les brise? de mer, les eaux pluviales et les feux dévorants du Soleil sont seuls chargés de disperser, de laver ou de calciner. On marche sur un lit de matières animales et végétales en pleine fermentation. Ecorces de fruits, aliments gâtés, intestins de volailles, détritus de poissons, déchets de toute nature, sans compter les excréments humains, forment une boue visqueuse dont rindigène n'a pas seulement Fair de soupçonner l'écœurante et dangereuse pestilence. C'est surtout dans les quartiers où sont emmagasinées les provisions de requin séché, que l'atmosphère est intolérable. Le Zan-Sybarito — pardon du calemboui*, — consomme dans un état très avancé de putréfaction ce dernier produit dont les parfums combinés du hareng saur, de notre plie sèche, du vieux roquefort et du fromage de Hervé ne pourraient offrir qu'un faible équivalent.

Le requin constitue le mets favori des indigènes. Plus il est faisandé et plus il leur semble exquis !

Le voisinage de la mer, et de la lagune empestée coupant la ville en deux sections, rend l'eau excessivement malsaine. Aussi les femmes libres ou esclaves, ne sont-elles guère employées qu'à se rendre aux puits creusés aux environs et à en revenir, portant sur la tète, à la façon des canéphores antiques, de grands vaisseaux remplis d'un liquide frais et potable.

Les habitations, de style arabe moderne, — rappelant de très loin les Alhambras et les Alcazars de l'Espagne moresque, — consistent en vastes constructions, à plusieurs étages, à toits plats et à cours intérieures, bâties en pierres calcaires. Un crépis, à la chaux, recouvre les murailles, aveuglant le regard européen, encore peu aguerri contre son ardente réverbération. Quant aux planchers, ils sont simplement couverts de nattes. L'ameublement, plus que sommaire des chambres, se borne généralement à des lits de repos.

Les huttes des indigènes, se rapprochant par leur forme rectangulaire et leurs toits de chaume inclinés, des demeures de nos campagnards^ sont en simple torchis. On les démolirait

aisément à coups de pied. Aucune issue n'y est ménagée pour la fumée, qui s'évade comme elle peut, par la porte, ordinairement ouverte. Le nègre ne vit pas chez lui, d'ailleurs. C'est sous l'auvent de sa demeure, supporté par quelques piliers de bois brut, qu'il mange et qu'il travaille. On ly voit S3 livrer aux métiers faciles mis à la portée de son intelligence. Il y dort encore plus volontiers pendant les ardeurs du jour.

Les habitants de l'intérieur de l'île, parsemée de villages et de maisons de campagne appartenant aux Arab3s fortunés, se livrent presque exclusivement à l'exploitation du cocotier , croissant ici en abondance et constituant une source intarissable de revenus. En effet, un seul individu de cetteprécieuse et admirable essence tropicale, ne rapporte, parvenu à l'âge de 7 ans, pas moins de 5 francs, chaque année, et ne nécessite aucune culture.

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