‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 12 sur 232 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Les costumes de Zanzibar. — La ville. — Arabes, Beloutchis, Hindis, Parsis et Banians. — La fête du Linguam. — Deux juifs pour un Banian. — Missions. — La population indigèna — Hommes libres et esclaves. — Ag:ences de porteurs et de soldats. — Les Ona-Somalis, — Police et justice saidialet. — Les forçats à la chaîne. — Tribulations d*un chef de musique. — Réception chez Saïd Bargash. — Un souverain, ami du Progrès. — La flotte impériale. — Force militaire. — Computs arabe et indigène. — Les sai^ns. — L'heure de la prière. — Bamboula. — L'heure, i/* y ou please / — A la voile pour Bagamoyo.

En flânant par les rues, j'ai pris quelques notes sur les costumes portés par la population composite de cet étrange et pittoresque milieu.

Le vêtement des esclaves et des hommes libres, de condition peu aisée, se compose d'une simple draperie de cotonnade blanche ou bleue, appelée Ngouo, et serrée autour des hanches au moyen d'un nœud tordu replié sous l'étoffe.

Les femmes du peuple se parent du Kisouto, large pièce de calicot bleu, à bandes ou à fleurs multicolores, serrée fortement sous les aisselles de façon à comprimer tout le haut du buste. Cette disposition a pour effet de rabattre les seins, bientôt ballants, selon la mode nègre. Pour coiffure, elles ont TOukaya en calicot bleu, fixé par une mentonnière de laine, de couleur claire, remontant jusqu'au-dessus des oreilles. L'Oukaya retombe sur le dos en deux longues banderoles flottant au vent, qui m'ont fait songer involontairement au suivez-moi^ jeune homme, arboré, il y a quelques années, par nos élégantes.

Rien de nouveau sous le Soleil ! A mesure que l'on remonte l'échelle sociale, le vêtement se complique et devient même d'un réel apparat. Zanzibar a ses lions comme Londres et Paris et la hiérarchie de fortune suit ici, sinon des lois, du moins des traditions somptuaires. J3 me contenterai de décrire l'équipement d'un homme libre en tenue de gala. C'est le Kikoï, consistant en une brasse de toile blanche, enrichie d'une bordure à dessins colorés, portée sous le Kanzou, espèce do chemise d'une pro-

prêté immaculée. Elle est serrée par une ceinture où, à Timitation des Arabes, quelques Zanzibarites huppés portent le Djembia, long poignai^d à lame plate et recourbée, autour duquel s'enroule une élégante écharpe dont une extrémité est rejetée sur Tépaule. Le buste reste emprisonné dans un Kisibao, veste orientale brodée d'or fin, et un ample Djoho, manteau de drap noir, bleu, rouge ou brun, recouvre le tout. LeKilemmba, ou turban, entoure le foz rouge écarlate, nommé Kofia, et, comme chaussure, la sandale, chère aux sectateiu's de l'Islam, n'a pas changé de forme depuis l'hégire de Mahomet.

Les femmes, ou filles d'Arabes, conune les négresses esclaves ou Sourias, peuplant les harems des fonctionnaires et des marchands, ont conservé la chemise de couleui*s voyantes, le Soroualé, étroit pantalon de soie unie et le Barako, espèce de coiffure, terminée, sur le devant, en forme de masque. Quand elles vont, le soir, en corps à la promenade, précédées de pages porte-lanternes, elles s'enveloppent d'un grand châle de soie, jeté sur la tête et drapant à la fois le dos et la poitrine. Leurs sandales, munies de semelles de bois, à hauts talons, se rapprochent des guétas japonais, avec cette différence qu'elles sont armées sur le devant d'une cheville, maintenue entre le premier et le second orteil.

— La ville de Zanzibar se divise en quartiers étendus, désignés sous le nom générique de Mitas et dont une partie s'étage sur la péninsule, reliée par une étroite langue de terre à l'ile du Mnazi Modjia (palmier solitaire) but de promenade et de récréation. Ces deux agglomérations d'indigènes, d'acclimatés et d'étrangers ne réunissent pas une population moindre de 90,000 habitants, parmi lesquels les Arabes de Mascate et du golfe Persique ont le haut du pavé. (Pavé est mis ici par euphémisme, car de mémoire de natif, aucun dallage n'a jamais recouvert le sol calcaire, converti en temps de pluie, grâce aux ordures semées à profusion, en effroyables cloaques).

Riches ou pauvres, ces Arabes forment la classe aristocratique de l'île. Les premiei^s sont généralement d'anciens marchands d'esclaves qui, bien que la traite soit abolie en principe, sont restés paisiblement en possession de leur bétail noir, dont il leur est seulement interdit de trafiquer. Us portent le turban de rigueur, la longue chemise blanche, à la ceinture, le Djembia,

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