‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 111 sur 232 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

la nuit, et sans que je m'en apperçusse, à un accès de fièvre typhoïde. Déjà, depuis la traversée du Mgonda Mkali, Daïmo se plaignait de violents maux de tête. II avait commis l'imprudence, après s'être rasé à la façon musulmane, d'aller, sans turban dans le Pori. Un coup de Soleil fut le résultat fatal de cet incroyable manque de précautions. Le repos absolu l'eût remis, peut-être, mais il fallait marcker, marcher toujours. Je voulus le soigner; défiant à l'excès, il jetait les médicaments que je lui ordonnais de prendre. Toutefois, nous étions loin de nous douter, en le voyant s'abstenir, à Tabora, dos plaisirs bruyants de ses compagnons de route, qu'il couvât bel et bien une fièvre muqueuse. Daïmo, d'ailleurs, s'était toujours montré sobre et réservée. Ce n'est qu'au dernier moment, que la vérité m'a été révélée par le docteur Van den Heuvel, et lorsqu'il était trop tard.

Je perds en lui un brave et digne garçon, assez simple d'esprit, à la vérité, et peu actif, mais obligeant et d'une honnêteté absolue. La faiblesse réelle de sa constitution le rendait inapte à me rendre tous les services pour lesquels je l'avais engagé, mais je lui dois de parler actuellement le Ki-Souahili avec assez de facilité pour être compris de toutes les peuplades que je rencontrerai désormais jusqu'au lac Tanganika. Daïmo avait su se faire aimer de tout le monde, et l'annonce de sa mort a causé parmi nos hommes une certaine impression. Je l'ai fait enterrer dans la montagne, roulé dans une pièce d'étoffe blanche, avec toutes les cérémonies prescrites par la religion musulmane.

— Cependant l'époque de notre départ approche, et les préparatifs, déjà décrits à Bagamoyo, vont se représenter. Le nombre de nos Askaris, fort au départ de 200 hommes, est réduit aujourd'hui à celui de 109, grâce aux désertions et à la terrible dysenterie, provoquée par des excès de toute nature. Nos différends non encore aplanis, il est à craindre qu'ils ne nous abandonnent en masse, malgré l'augmentation de solde que leur propose M. Sergère. Un seul nous reste fidèle, notre cuisinier Réhani. Le gouverneur, chez lequel ils ont été se plaindre, les menace de les mettre à la chaîne, s'ils ne reprennent volontairement leur service.

Mais le capitaine Ramaeckers ne se soucie point de devoir à la force, des services qui pourraient lui faire défection à un

moment donné. Il nous faut des hommes sûrs pour garder la Station qui nous est échue. Prenant un parti radical, notre chef d'expédition congédie tout son personnel et prie M. Sergère de lui recruter une nouvelle escorte dans Tune des caravanes envoyées de la côte, à notre secours, par M. Greffulhe. Quoique pilus ancien on grade que le capitaine Popelin, il se met sous ses ordres et me prie de faire de même jusqu'à Karéma. Quant au pauvre de Leu, il n'est pas question pour lui de nous accompagner. Le docteur Van den Heuvel se charge de l'héberger jusqu'à guérison complète, si son état, malheureusement très grave, permet encore de conserver quelque espoir de salut!

Sef bin Rachid, l'homme de confiance de M. Sergère, a engagé, en nombre suffisant, des porteurs qui, suivant l'usage, choisissent leurs fardeaux respectifs, étalés dans la cour du docteur.

Pour les deux caravanes réunies, leur nombre se monte à plus de 300.

— D'après les avis reçus, la route de Tabora est libre aujourd'hui. Le calme a succédé à la tempête, et les tribus belligérantes sont rentrées, jusqu'à nouvel ordre, dans les villages; les vainqueurs pour jouir de leur butin, les vaincus pour se refaire de leurs pertes. Mirambo et Simba ont fait des prises énormes et pour quelque temps ne bougeront plus. Il est vrai que ce dernier se tient à cheval sur notre passage. Nous en serons quittes poiu* lui payer un tribut plus élevé.

Mardi, 2 novembre. — Juste au moment de partir, la fièvre me reprend, mais sans grand caractère de malignité. Nous tâcherons d'avoir raison de cette importune et déjà ancienne visiteuse. MM. Ramaeckers, Popelin et Roger se portent, eux, à merveille. Les deux derniers ont pris l'avance. Depuis hier, ils campent à Mganga, village situé à deux lieues, à peu près, de Tabora.

Nos adieux sont pénibles, car nous laissons derrière nous un excellent camarade que, peut-être, nous ne reverrons plus. M. de Leu semble avoir conscience de son état. Plongé dans une prostration complète, il répond d'un air sombre au prochain rendez-vous que nous lui assignons, le cœur serré, quoique le visage souriant.

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