CHAPITRE XIII
Inutile de dire que nous nous séparons du docteur Van don HeuTel dans les termes les plus chaleureux. Nous lui rocommaadona encore notre malade et, aprj>s l'avoir remercié avec
effufflon do son hospilalilû ft du ses excelk'nts offîws, nous i-epi-enons résolument notre marclie Ji travers l'Afrique centrait;. M. Sorgèi-o qui s'établit à Tabora, nous souliaite un heureux voyage.
— Deux nouveaux boys nous accuiiipagnont, l-V'radji il Sa-
dallah, choisis dans la petite escorte de M. Popelin. Féradji, attaché au service particulier de M. Ramaeckers, est robuste et bien découplé. Laconique mais ponctuel, il rendra à son maître de meilleurs services que Férouzi, son prédécesseur, qu'il a fallu remplacer. Féradji, comme notre nouveau chef d*escorte, a servi sur mer et, par conséquent, possède l'esprit de discipline que M. Popelin, du reste, a eu l'art d'inspirer à tous ses hommes.
Sadallah qui m'est échu en partage, maigre comme un clou et marqué de la petite vérole, tranche avec Féradji par une loquacité toute africaine. Il a également fait son apprentissage sur les daous saïdiaux. Souple, et employant volontiers la flatterie, il a pour défaut capital un amour immodéré du Pombé, dédaigné par le sobre Féradji. Tous deux sont unis par la Fraternité du Sang.
On sait comment se passe cette cérémonie, déjà tant de fois décrite par les voyageurs. Une légère incision à la poitrine, faite par les témoins, quelques gouttes de sang recueillies sur une feuille verte et versées sur la- tête du frère d'élection, qui parfois va même jusqu'à les avaler, il n'en faut davantage pour sceller une union indestructible, comportant un dévouement absolu. Des réjouissances et des coups de fusil accompagnent l'échange des serments de fidélité.
Cette fraternité, toutefois, ne confère pas des droits égaux. Comme dans tout, en Orient et en Afrique, la supériorité de l'âge l'emporte, pour se transformer en tutelle, parfois sévère.
Ainsi, Féradji, en sa qualité d'aîné, exerce sui* mon boy une autorité vigilante. Ce dernier, néglige-t-il son service ou fait-il abus de boisson, son grand frère sait le rappeler à l'ordre à grand coups de kourbach, acceptés en toute humilité. En revanche, Sadallah, a-t-il quelque droit à faire valoir, ou se trouve t-il engagé dans une contestation où il a le bon bout, son protecteur prend fait et cause pour lui et n'a de repos que lorsqu'il est parvenu à lui faire rendre justice.
— Toute la zone que nous traversons apparaît fertile et bien cultivée. L'épaisse forêt, qui s'y étendait autrefois, a été transformée en chamba, ou terre cultivée. Nous foulons un sol rouge et crevassé, aux sentiers encaissés entre des berges plantées de verts taillis.