CHAPITRE XIII
Mganga^ petit village tout agricole, est assis aux pieds d'une roche qui l'abrite contre le vent d'Ouest. C'est là que nous i*etrouvons nos amis et que nous campons avec notre nouvelle escorte.
DeMganga à Mtimousi, situé dans la direction du Sud-Ouest, et où nous nous transportons le lendemain, il n'y a guères qu'une couple de lieues. La fécondité du sol si» maintient et des campagnes en fiûche se déroulent à nos regards.
— L'incorrigible race africaine recommence à faire des siennes. Nos porteurs prétendent recevoir leur Posho en étoffes comme les soldats de l'escorte. Pourtant, il entrait dans nos conditions qu'ils seraient nourris au Kibaba (à la mesure). Ils refusent de partager la gamelle fourra^^M) par leur Nyampara. Nous devions nous attendre à quelque prétexte de retour. En effet, ils nous abandonnent pour aller réclamer auprès de M. Sergère.
Nous campons dans le village. M. Roger, notre pourvoyeur de venaison, rapporte deux pintades qui figurent au repas du soir. Il a tiré aussi un animal assez curieux appelé par les naturalistes CaUBear, ou chat-civette. Grand destructeur de petit gibier, ce fauve se tient do préférence dans les endroits rocheux. Il a le poil noir et long. Un de nos Askaris obtient la permission de le dépouiller. La fourrure du Cal-bear, étendue et séchée au Soleil, est portée en sautoir, sur le dos, par les chasseurs indigènes.
— Au point du jour Sef bin Rashid nous ramène nos déserteurs, qui ont visiblement passé la nuit inter pocula, La caravane se remet en marche et dépasse successivement les villages de Kasséghéra, de Mayolé, de Koi-Mrabou, d'Igonda, de Ndizia, de Msimbili, de Kakoma et de Kisinndé, situés dans la direction du Sud-Ouest. Nos divers campements n'offrent giièrcs' de particularités dignes d'être rapportées. Ce sont toujours les mêmes et fastidieuses étapes, couronnées de haltes fécondes en renaissants labeurs. La fièvre, qui ne me quitte pas, me laisse assez insensible aux beautés du paysage. J'admire pourtant les gi*andes forêts de miombos, arbres d'une belle venue, espacés entre eux d'une dizaine de mètres, et dont le feuillage naissant nous offre un abri précieux contre les ailleurs du jour.
Aux entours des villages, établis dans des éclaircies artificielles, les troncs sont coupés à hauteur d'un mètre, pour ne pas entraver la maturité des céréales, semées partout à profusion. Les déraciner coûterait aux indigènes une peine et un temps qu'ils ne se soucient point d'y consacrer.
Le Miombo est un arbre éminemment utile dans ces parages. Sa seconde écorce, fortement battue, sur l'arbre même, sert à faire des sacs d'une certaine résistance. On les obtient en détachant cette écorce du tronc scié, et en nouant, au moyen d'une corde, l'extrémité inférieure du cylindre. Elle entre aussi dans la confection d'étoffes grossières, en usage dans beaucoup de localités. A l'état natui^e, c'est-à-dire non battue, cette écorce donne des linndos, boîtes rondes assez semblables à nos cartons de modes, et de première nécessité en Afrique. On y remise les étoffes, les perles, les aliments, tous les objets qu'il s'agit de préserver des ravages des insectes, ou qu'il importe de pouvoir transporter facilement à la première alerte. Renversés, le fond en l'air, et supportés par trois ou quatre poteaux, ces linndos servent la nuit de colombiers, à des myriades de pigeons blancs et gris.
— La première pluie est tombée à Igonda, nous apportant un soulagement général. Quelles délices de sentir ruisseler sur tout le corps ces ondées rafraîchissantes ! Il nous semble recevoir les humide» caresses delà mère-patrie, autrefois calomniée par nous. L'Africain, lui aussi, salue la pluie avec bonheur, et lorsqu'elle tarde, accable le sorcier du village do ses malédictions.
Tout le personnel indigène est aux champs, car le printemps africain, la féconde Massika va commencer. La houe fonctionne et retourne la terre avide de s'abreuver aux pleurs des sombres nuées.
Des teintes plus vives éclatent sur le feuillage et la nature a revêtu un aspect de radieuse jeunesse. Les oiseaux, eux aussi, ont de nouvelles parures. Muets, pendant l'époque de la mue, ils reprennent leur ramage et leur gazouillis.
Les villages de l'Ou-Nyamouézi s'étalent en polygones irréguliers, délimités par des murailles de torchis percées de meurtrières et surmontées d'un toit plat. De l'extérieur, nous remarquons les greniers à provisions recouverts de chaume et montés sur de jeunes arbres ébranchés et écorcés.