‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 114 sur 232 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les habitations sont munies de linndos de toutes dimensions. II y en a d'énormes. Par les portes, en clayonnage, des huttes, nous voyons les lits indigènes, bas et étroits, formés de peaux de vaches tendues sur un cadre de bois que supportent quatre pieds mobiles ou fichés dans la terre battue. Quelques ustensiles de cuisine et des calebasses complètent ce primitif ameublement.

Mercredi 7 novembre. — Enfin la fièvre m'a quitté ! Partis deKisinndé, vers 6 heures du matin, nous arrivons avant midi à une eau courante, baptisée simplement par les naturels du nom de mtoni (rivière). C'est TOugalla, affluent du Malagarazi qui se jette à son tour dans le lac Tanganika. Assez importante, surtout en temps- de Massika, elle n'offre en ce moment qu'une eau parfois stagnante, coupée à gué en certains endroits.

Aux environs de notre campement, la rivière atteint une assez grande profondeur. Hippopotames et crocodiles s'y ébattent fraternellement. L'aspect du terrain a complètement changé. Une végétation luxuriante et sauvage envahit les abords des eaux, dont les racines goulues semblent contribuer à épuiser les renaissants trésors. C'est bien la nature africaine, dans sa farouche et imposante exubérance. Les éclaircies n'offrent plus l'aridité morne du Pori, mais de grasses prairies naturelles, aux hautes herbes fourmillant de gibier. Roger pourtant n'a abattu qu'un Hèvre. Notre Nemrod s'est attardé à la chasse aux hippopotames. Il a réussi à en blesser un, prouesse stérile à laquelle nous eussions préféré quelque chose de plus comestible.

Le soir, nos hommes nous apportent une douzaine d'œufs de crocodiles. Nous les cassons et voyons les jeunes sauriens, prématurément an*achés à lem' coque, détaler d'instinct vers la rivière.

— Du mtoni à Kambagoussia, situé à l'Ouest-Sud-Est, il n'y a que quatre heures de marche, "tout en forêt.

La population du village a pris les armes pour nous recevoir. Cette défiance est légitimée par des déprédations dont une grande caravane, en destination de l'Ou-Fipa, s'est rendue coupable. Mais nos allures pacifiques et nos assurances d'amitié ont bientôt humanisé les indigènes qui, malgré le peu de provisions dont ils disposent, consentent à nous fournir le Posho nécessaire

à nos porteurs. Nous trouvons même à remplacer parmi eux, neuf hommes qui ont définitivement déserté.

Nous passons toute la journée du lendemain à Kambagoussia, où nous sommes fort importunés par les abeilles. Lours bourdonnants essaims s'abattent sur le village même, se posant partout, sur les huttes, sur nos tentes, dans nos plats de riz sucrés au miel, dont avec quelque justice, elles semblent revendiquer leur part. Elles se promènent sur nos mains et sur notre visage. Et il faut bien se garder de les écarter par des gestes trop brusques si on ne veut s*exposer à les voh^ se rassembler en corps d'armée pour vous larder de leurs aiguillons.

— Nos nouveaux porteurs ne constituent pas précisément la fine fleur de la population indigène. Non seulement, il faut toujours être sur leurs talons pour les faire marcher, mais tous les expédients leur sont bons pour s'alléger la tâche. Plus les étapes sont courtes, et plus ils se montrent récalcitrants. A peine ^venions nous de quitter Kambagoussia, distant de deux lieues de Kingamalilo, que j'aperçois un do nos gombozis, à la vérité assez lourdement chargé, qui s'est cavalièrement emparé d'un de noe ânes et l'a enfourché, ayant toujours sur l'épaulo ses deux caisses de conserves, équilibrées aux extrémités d'une forte nervui*e de palme. Le pauvre animal, — c'est de l'âne que je parle, — plie et trébuche sous ce poids exorbitant, et sans aucun doute serait bientôt fourbu si je ne mettais fin à son sui)plice. Sommé de reprendre son rang, le gombozi se rebiffe. Je suis obligé de le faire descendre de force, en le menaçant de lui couper son Posho.

— Désormais, sur la route, nous éviterons de camper dans les villages mêmes, décidément hostiles aux caravanes. Arabes et Beloutchis ont laissé dans ces régions une réputation détestable qui s'étend aux voyageurs européens. Les habitants craignent qu'entrés dans les bomas, nous n'en profitions pour les piller et toutes nos protestations ne serviraient de rien. Trop de misérables aventuriers, restés inconnus et impunis, ont abusé de leui* crédulité et, sans vei*ser une goutte de sang, ni dépensé une once de marchandises, traité les malheureux indigènes en peuple conquis. Quelque isolés qu'ils soient, ces actes de brigandage font le plus grand tort au commerce, dans le centre de l'Afri-

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