‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 118 sur 232 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

vions hier, se découpant sur l'horizon lointain. Au bout de 5 1/2 heures de mai*che, nous campons sur un vaste plateau. L'eau qui sourd dos hauteui's est fraîche et limpide. Sur la route, toujours des crânes humains, décharnés par les fourmis et desséchés au soleil.

Mardi 23 novembre. — Quatre heures de marche, à peine, nous sépai^ent du village où Simba, Tavide et ambitieux chef de rOu-Savira a établi sa résidence.

Simba (le lion) est Moinangou, ou grand vassal du Sultan de rOu-Nyaniembé, son frère aîné, contre l'autorité duquel il conspii*e jalousement. On connaît son rôle dans l'affaire do Mpimboué, oii Carter et Cadenhcad ont perdu la vie. Se basant sur des griefs réels ou imaginaires, mais inspiré surtout par la soif de pillage qui domine la politique martiale de tous les monarques africaias,le rusé vieillard n'a pas hésité à s'allier à Mirambo pour accomplir, de concert avec lui, une œuvri» de dévastation et de carnage.

On ne pourrait cependant affirmer que les deux chefs aient trempé en quoi que ce soit dans le massacre de nos ft*ères d'armes. Comme il ressort de la lettre du capitaine Cambier, le Sultan de Mpimboué, en les for(;ant de camper dans son Boma, les associait fatalement à sa destinée, au cas d'une défaite, malheureusement probable, étant donné, surtout, leur ferme volonté de non-intervention. Reste à savoir si, moins scrupuleux, et préoccupés davantage de leur propre sûreté, ils n'auraient point fait pencher le sort des armes du côté de leur hôte, en jetant dans la balance l'appoint de leur escorte et de leur vaillance personnelle ? Mais il ne sert de rien de. revenir sur les faits accomplis. On prétend que les vainqueurs regrettent euxmêmes Terreur qui a fait prendre pour ennemis à leurs troupes indisciplinées une caravane inoffensive, victime de la neutralité même de ses chefs. La réception que nous fera Simba nous apprendra peut-être quelque chose à cet égard. Quoi qu'il en soit, nous croyons n'a voh' rien à craindre. La guerre est terminée et le Moinangou, gorgé de butin, ne s'exposerait pas imprudemment à un retour offensif, appuyé cette fois par Télémént arabe et le renfort des nouvelles caravanes commandées par les Européens, amis et protégés du Saïd Bargash.

Il est d* usage de se faire précéder d'un courrier auprès des

chefs bsiligérants de cette partie de l'Afrique centrale. Nous dépêchons deux de nos Askaris à Simba et donnons, dèsFaube, le signal du départ. Dans la plaine,en contre-bas, apparaît bientôt le village, entouré à perte de vue, de champs défrichés pour les semailles.

Le Boma, où nous entrons en bon ordre, est pour le moins aussi considérable que le Kouïkourou de Mdabourou, sur les ruines duquel nous avons campé avant de séjourner à Tabora. Une forte palissade entoure les constructions de toute nature où grouille une population nombreuse : tembés des Oua-Ngouanas (hommes libres de la côte), habitations à clôtures de tiges de maïs, huttes coniques des agriculteurs et des esclaves, etc. Encore exultant de récentes victoires, les habitants les célèbrent par de bruyantes réjouissances. Partout Ton boit, Ton festine. Ton danse, Ton bat du tambour. Et cependant, les travaux des champs viennent do commencer. Mais grâce aux dépouilles des vaincus, nos turbulents héros ont du pain sur la planche pour longtemps encore.

Un Nyampara vient au devant de la caravane et nous conduit dans la cour intérieure du grand tembé qui nous est réservé. Nous y empilons nos ballots et procédons à l'érection des tentes. Comme, depuis Igonda, la pluie n'a pas cessé de tombeis les piquets ne tiennent point dans le sol détrempé où nos pieds enfoncent à chaque pas.

Nous ne sommes occupés qu'à relever les tentes qui s'abattent sur nos têtes comme des capucins de cartes. Heureusement nos marchandises sont plus ou moins à l'abri, grâce aux bâches imperméables dont nous sommes munis.

— Nous avons à peine terminé notre installation, que des rumeurs confuses et un bruit de pas i)récipités annoncent la visite du Moinangou. Simba s'avance, revêtu de la chemise blanche empruntée aux Arabes et coiffé d'un petit turban. En guise de sceptre, il brandit une longue canne do jonc dont il se sert pour rosser libéralement les esclaves nègres qui se dispersent devant lui comme une volée de mouches dérangées dans leurs agapes.

Cesbrutahtés sont d'ailleurs purs badinages, à côté des moyens affreux auxquels certains sultans recourent pour soutenir leur prestige, et qui consistent en odieux sacrifices d'esclaves et de femmes massacrés, sans rime ni raison.

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