CHAPITRE II
au manche ïacrusté d'ivoire ou de pierreries, s'enveloppent du Djoho de couleur et marchent chaussés de sandales. Les plus notables ne sortent jamais sans se faire précéder et suivre d'une nombreuse domesticité. A en juger par leur démarche fièi-e et solennelle, par leurs gestes sobres et imposants, on voit qu'ils ont la plus haute idé3 do la noblesse native de leur race et s'étudient k ne compromettre son prestige par aucune manifes-
tation familière extérieure. Leur étiquette vajusqu'à leur interdire de causer et de fumer en public. Chateaubriand les plaindrait encoi'e pour modèle de ses Abencéri-ages.
Les Beloutchis sont également en assez grand nombre à Zanzibar. Comme type ild se rapprochent beaucoup des Arabes dont, à peu de chose près, ils ont adopté le costume. Quelquesuns d'entre eux explorent le Continent Africain à la recherche de l'ivoire. Ce sont généralement de beaux hommes, à barbes noires et à physionomies cruelles, bons soldats, très énergiques mais malheureusement déterminés quémandem-s de Bakchichs.
A l'impitoyable poui'boire oriental s'arrête leur morgue. Leur fierté est celle du mendiant espagnol, répondant à celui qui lui dit de travailler : « Je vous demande l'aumône, mais non des conseils. » Le corps des irréguliers, à la solde du Saïd Bargash, est en grande partie composé de Beloutchis.
Hindis, Banians et Parsis, viennent des Indes orientales avec lesquelles Zanzibar entretient un courant d'affaires assez considérable. Ils sont sujets anglais et, de ce chef, sous la protection spéciale du Gouvernement Britannique.
L'Hindi, qui professe le culte musulman, porte la robe turque mais non la veste brodée, remplacée chez lui par une jaquette blanche, garnie sur le devant d'une infinité de boutons d'or formés de pièces d'une demi-livre sterling, auxquelles est soudé un œillet. Son turban de soie blanche, dorée ou argentée, se distinguo par une véritable magnificence. Il se chausse de babouches en cuir verni qu'il retire à la mosquée — comme les Arabes leurs sandales — ou en s' asseyant avec ces derniers sur le tapis de réception.
L^s Banians, eux (Baniani Gouzerati), croient à la métempsycose, brûlent leurs morts et ont conservé intrépidement les rites de leur secte idolâtrique. Même à Zanzibar, ils osent, une fois l'an, célébrer l'obscène fête du Linguam, décrite en termes voilés par tant de voyageurs. En co jour de saturnales, rappelant les sabbats et les messes noires du moyen âge, la prostitution et l'adultère bestial sont érigés en article de foi. Encore la brute fait-elle un choix dans ses amours farouches, mais ici tout est laissé au hasard. Un grand festin réunit les impies sectaires, festin dégénérant en orgie. Toutes les lumières sont éteintes et le mystère profané de la génération s'accomplit sans qu'une parole trahisse les fanatiques acteurs de cette scène immonde. Le croirait-on ? les enfants issus de ces unions inconscientes, revêtent un caractère sacré. Ils occupent, par la suite, des positions élevées dans la colonie baniane, en d'autres temps fidèle observatrice des lois de la pudeur.
Les Banians ne se nourrissent que de céréales, de légumes et de fruits, ce qui ne les empêche point d'être gras et bien portants. Ils vont les pieds chaussés de babouches à pointes recourbées et effilées, les jambes nues, le pagne attaché d'une façon particulière et le torse découvert ou drapé d'une chemise serrée à la