‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 121 sur 232 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

celui auquel nous avons renoncé à Tabora. Les semailles venant seulement de commencer, nos hommes craignent de manquer de nourriture. Les histoires de carnage et les bravades qu'ils ont entendues à Simba ne doivent pas être étrangères, non plus, aux malaises, aux appréhensions, je dirai même à la panique qui s*est emparée d'eux. Jeux de chats, pleurs de souris.

n est a heures, lorsque nous nous arrêtons au bord d'un ravin où bruissent les eaux limpides d'un ruisseau que la Massika convertira bientôt on torrent.

Au campement, les chaouris recommencent. Les esprits fei^ mentent et l'insubordination fait des progrès. Il faut encore nous débattre contre d'incessantes demandes d'augmentation de salaire. Le capitaine PopeHn, moins longanimeque M. Ramaeckers, dissipe les rassemblements par la force. Il prétend que si nous avions le malheur de céder à des exigences injustes, nous no viendrions plus à bout de nos porteui*s.

J'ai toujours la fièvre. Quand donc pourrons-nous, établis à poste fixe, goûter enfin un repos chèrement acheté ?

— Aujourd'hui, 26 novembre, nous avons eu à traverser une petite rivière fangeuse et embarrassée de roseaux. Gela nous a pris une bonne heure. Les deux ânes qui nous restent, y compris celui de Roger, ont failli être engloutis par la vase et il a fallu les efforts les plus énergiques pour les tirer de ce mauvais pas.

Il pleut toujours à torrents.

Les caisses de munitions, contenant nos cartouches, prennent Teau trop facilement et nous en avons perdu beaucoup de ce chef. Généralement, au passage des rivièi*es ou dans les terrains inondés, d'une traversée scabreuse, celles qui tombent à l'eau sont bel et bien perdues, quciud on ne s'avise point de les ouvrir immédiatement pour faire sécher leur contenu. J'estime que ce défaut est imputable aux grands écrous qui traversent les dites caisses de part en part, sous prétexte de solidité, et dont la soudure ne tarde pas à sauter. Il faut se garder de faire porter à nu les boîtes de zinc sujettes à d'inévitables détérioi*ations. Il serait facile, cependant, pour parer aux déformations et aux déchirures, de les consolider par un revêtement de voliges légères ou par un treillis en bois. Les enveloppes de caoutchouc.

pour objets d'usage courant, sont aussi d'une excellente précaution qu'il serait bon d'étendre aux articles de merceries, de leur nature très sensibles à l'humidité.

La marche est aussi fatigante que le paysage grandiose et fécond en surprises. Ce ne sont que montagnes boisées, cimes capricieusement découpées sur l'horizon où roulent de sombres nuages gonflés de pluie, roches bizarement taillées par ce grand artiste qu'on appelle la Nature, gorges imposantes et ravins déjà inondés.

Nous dépassons trois villages du district de Kaloungou, récemment saccagé par Simba et Mirambo. Le dernier est déjà réoccupé par ses anciens habitants qui, pendant les hostilités, s'étaient réfugiés dans le Pori. Ils se sont mis aussitôt à cultiver leurs champs fertiles. Ces gen?, inoffensifs et laborieux en veulent mortellement à Simba qui a appelé Mirambo dans le pays, et lui attribuent l'entière responsabilité des désastres de la guerre.

— Toujours les Chaouris. Les porteurs engagés chez Simba refusent le satini blanc qu'ils étaient convenus d'accepter. Ils réclament du kaniki bleu, étoflfe plus chère et que nous possédons en quantité moindre.

— Plus de fièvre ! C'est d'un pas joyeux que je fournis la traite de 3 1/2 heures qui nous sépare de la limite extrême de Kaloimgou, où nous campons le jour suivant. A mesure que nous nous rapprochons de Karéma, les réclamations de nos porteurs deviennent moins âpres. En leur tenant tête, nous avons adopté le meilleur système à leur égard.

— Etape de 4 heures, jusqu'au village de Ohanda, situé dans l'Ou-Kaouendi, et à proximité duquel nous plantons nos tentes, après avoir traversé, ayant de l'eau jusqu'à mi-jambe, une petite rivière, aux berges plates. Nous n'apercevons point (race d'habitations. Le village est établi au centre d'un épais taillis, impénétrable au regard. Il a été respecté par Mirambo, moyennant un tribut et l'engagement d'une stricte neutralité. Nos hommes obtiennent la permission de foun*ager, mais contre paiement de dix dotis de Mérikani, abandonnés par le capitaine Popelin.

Page 1