‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 123 sur 232 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

— Généralement, antilopes et gazelles s'écartent des S3ntiers suivis par les caravanes et il faut s'enfoncer dans les herbes pour en rencontrer. Mais au delà de TOugalla, ou elles vont par troupes nombreuses, il y en a de toute taille et de tout genre. Parmi les espèces les plus répanduas, je me contenterai de citer le Bara (Heleabagus arundina cervus), le Dondoro, le Korou ou Waterbok, le Kougouni (Haartebeest), le Mpofou (Eland), le Nyomba (Wildebeest) et le Palapala, ce dernier petit et d'une vraie élégance. Presque toutes constituent des gibiers excellents et dont nous sommes aussi friands que les indigènes.

Des troupeaux de buflles sillonnent les plaines et les bois avoisinants la Station de Karéma. On les voit errant en colonnes serrées, les génisses au centime, protégées par quelques grands taui*eaux, aux cornes redoutables, trottant en tête et en queue. Lorsqu'ils s'arrêtent pour bnîuter, c'est le multle tourné dans une seule et même direction. Un coup de fusil jette-t-il l'alarme parmi eux, sans se demander où est l'ennemi, ils partent à fond de train, piquant tout droit et balayant tout sur leur passage. Malheur au chasseur imi)i*udent qui les aurait abordés de front. Il serait broyé comme les arbres, déracinés et foulés aux pieds de la trombe vivante, bondissant sous l'aiguillon de la peur. On aiTêterait plutôt un ouragan que leur course indomptable, soulevant des tourbillons de poussière. Des beuglements plaintifs apprennent au chasseur si le coup a porté. Mais le buffle a la vie dure. Laissé en arrière par ses compagnons affolés, il se retourne contre l'ennemi, et souvent ne s'abat qu'au troisième ou au quatrième coup.

Ainsi que, dans les jungles ijulieunes, le tigre est suivi du paon, le buffle afiûcain a son compagnon dans la gent ailé;^. Au-dessus des troupeaux sauvages planent des bandes de Yangué-Yangués, ou hérons pique-l)onif, au plumage blanc, fourrageant dans les bouses laissées par les noirs ruminants.

Les intligènes affirment que ces oiseaux avertissent les buffles de l'approche des chasseurs. Le fait peut être exact. Mais ce qui est plus certain, c'est qu'on peut se lier aux YangiuW Yangués pour trahir à distance, par leui's cercles concentriques, la présenca de grands troupeaux.

— Les habitants du village, dans l'espoir de nous arracher

un Hongo illicite, ont retenu prisonnier un de nos hommes envoyé aux provisions. M. Popelin leur dépêche 4 Askaris, pour les menacer de sa colère. Si le captif ne nous est pas rendu immédiatement, nous donnerons l'assaut. La crainte l'emporte siu» la cupidité. Une demi-heure après, nous voyons revenir notre ambassade armée avec le Pagazi délivré.

— Partis à 6 heures du matin, à 11 1/2 heures, nous établissons notre campement près d'un petit étang formé par les pluies. Le chemin serpente dans les gorges étroites, entre des montagnes couvertes d'épaisses forêts. Scènorie admirable dont nos yeux ne se lassent point !

Roger vient encore de tuer une antilope, dont nous mangeons, au souper, les meilleurs morceaux.

— Nous touchons au terme de nos peines. Demain la caravane fera son entrée solennelle dans la Station Européenne de Karéma !

Au moment du départ, la pluie a cessé, remplacée par une bruine persistante. Depuis 6 heures jusqu'à 11 heures du matin, nous cheminons tantôt dans la vallée, tantôt dans la montagne. Arrivés sur un point élevé, nous apercevons tout à coup, au lointain, mais sur une faible étendue et voilée de brouillard, la masse grise du Tanganika.

La caravane avance péniblement, tout le monde est épuisé de fatigue. Seulement vers 3 heures de l'après-midi, nous débouchons des gorges de montagnes en vue du village de Kafissy a .

Situé au bord d'une rivière au lit profond, bien qu'encore médiocrement aUmenté, Kafissya s'étend dans une plaine, bordée au loin par une chaîne de montagnes peu élevée et où se dressent quelques groupes de grands palmiers, de l'espèce dite horassus.

Ces arbres, aux stipes élancés, couronnés d'un feuillage aigu et métallique, croissent surtout à proximité des cours d'eau et dans les plaines inondées en temps de Massika.

Les champs affectent ici une disposition différente de celles que nous avions remarquées précédemment. Ils sont divisés par lots délimités par des clôtures de joncs ou tiges de maïs. On n'y cultive point de sorgho, mais en revanche force maïs et haricots blancs, ou Koundés. Lors de l'arrivée de M. Cambier, l'arachide a été importée par les hommes de son escorte.

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