CHAPITRE XIV
Tchiata nous assure de ses meilleurs sentiments et nous accorde l'autorisation de nous ravitailler à Tavenir, comme par le passé, sur son territoire.
Quelques Oua-Ngouanas se sont fixés à Kafissya, où ils occupent de petits tembés, à toits plats, flanqués de vérandas et do rindispensable Barza. Ces hommes libres, chasseurs d*éléphants, appartiennent à la troupe du fameux Matoumoula, dont le quartier général est au Boma de Simba. Us sont au nombre de plus de 300, répartis aux environs.
L'éléphant et le rhinocéros évitent Thomme, qui est obligé de les traquer dans leurs verts refuges. Nous avons bien relevé de leurs laisses sur les sentiers suivis par nous, mais sans en découvrir un seul sur notre passage.
La chasse à l'éléphant est un métier fructueux, mais dangereux par excellence. Elle réclame un apprentissage particulier et un sang-froid absolu, auxquels la croyance aux Daouas, ou amulettes, n'est pas étrangère. C'est en se prétendant invulnérable,que Matoumoula a su inspirer à ses chasseurs une confiance illimitée. Il est regrettable que nous n'ayons pas rencontré à Simba, cet homme extraordinaire, objet des plus merveilleuses légendes.
Les chasseurs d'éléphants dédaignent nos armes perfectionnées. Ils s'en tiennent à l'ancien fusil à silex qui leur permet d*employer plusieurs balles en fer de gros calibre.
Tchiata est le suzerain des villages de Katamba et de Karéma, régis par deux de ses grands vassaux, les Sultans Siranda et Kangoa. Ceux d'Ougoué et de Katakoi le reconnaissent comme Mouami, ou empereur de l'Ou-Kaouendi^ province qui, au dire des vieillards, aurait été jadis bien autrement peuplée et riche en bétail.
Aujourd'hui, bien que le sol y ait conservé une fertilité prodigieuse, la race aurait diminué de plus de moitié et se serait considérablement appauvrie . 4c Mousamouéra, TEsprit terrible du Lac, ajoutent les anciens, a voulu punir les Oua-Kaouendis. » De quel crime? Ils l'ignorent, peut-être, ou répugnent à en faire mention. La disparition singulière des troupeaux de buflies ne serait-elle pas due plutôt aux attaques de la mouche Tsétsé, actuellement disparue de ces parages ?
La réunion de quelques villages indépendants, régis par autant de Témis, ou rois assistés de leur conseils, forme le district de rOu-Kaouendi, placé sous l'autorité supérieure du plus ancien souverain.
En sa qualité de Mouami, Tchiata, titulaire actuel de la suzeraineté, marche appuyé sui* une grande canne terminée en forme de triangle, et ornée au sommet d'une tête grossièrement sculptée.
Après avoir pris congé du puissant monarque, dont l'Empire équivaudrait presque à l'étendue de la Belgique tout entière, nous retraversons le mtoni, hérissé de roseaux, et allons camper à l'ombre d'un massif de verts palmiers.
Il est 5 heures de l'après-midi, nos porteurs ne tiennent plus sur leurs jambes. A peine ont-ils installé nos tentes et pris quelques bouchées de nourriture, qu'ils s'endorment d'un sommeil de plomb, la tête sur leur ballot.