CHAPITRE XV
Sur les cailloux. — Villagre indigène de Kart^ma, — Politesses en trois la np^ues
— Kangoa et son Suzerain t h parft6«5. —Concession de la Station (leKarénm.
— Une précieuse alliance. — Fanfares à l'avant-garde. — Le capitaine Canibier. — L^homme et ses œuvres. — Le Tanganika, — Changement à vue.
— Le Fort LëopoldL — Réception à grand orchestre. — Les bâtiments, les magasins etc. — Fondations du bâtiment central. — Panorama. — Al&issement des eaux du Lac — Le Daou. — Récapitulation. — Carillon I — Notre salle ^ manger. — Le Camhi des porteurs*. — En liesse ! — Le serpent. — Luciillas dîne chez Lucullus ! — Au pays ! Au Roi î A TAssociation ! — Sur 1»» Barza ! — Les difficultés du début. — Bonne nuit !
Samedi 4 décembre. — A sept heures, seulement, nous nous remettons en route dans la direction du Sud. A la plaine de Kafissya a succédé une chaîne de montagnes peu élevées, au sol rouge et semé de rocailles qui rendent la marche pénible et même dangereuse.
Malgré les durs calus protégeant les pieds de nos hommes, plusieurs se blessent, et tous souffrent cruellement. Le cuir de nos chaussures se déchire et nos empeignes entaillées menacent ruine. Il nous faut gravir avec précaution le sentier, large à peine de 30 centimètres, et profondément creusé par les eaux pluviales dévalées des hauteurs. Enfin nous descendons dans la Boga de Karéma, couverte de hautes herbes et de matétés, grands roseaux de cinq ou six mètres de hauteur, aux feuilles tranchantes comme des lames de sabres. Nous nous y engageons résolument, au grand dam de notre épiderme, et traversons la rivière, aux bords de laquelle est établi le village indigène de Karéma.
Sur l'autre rive s'étendent des champs coupés de clôtures de joncs, comme ceux de Kafissya et que la population agricole achève d'ensemencer de maïs.
— Ya^nbo^ Yambo sana ! — Ouangal ouka ! — Maholo Gogo, Kasinndé ! Ces salutations amicales en Ki-Souhahili, en Ki-Nyamouézi et enKi-Kaouendi, — ce dernier dialecte parlé dans la localité môme, — se croisent sur notre passage, trahis-
sant le caractère composite de la population, attirée vers cette région depuis rétablissement d'une station européenne. Elles infirment aussi, quelque peu, la fâcheuse renommée prêtée par Stanley aux indigènes, en prouvant, tout au moins, que depuis son dernier voyage, les mœurs se sont considérablement adoucies.
Le village de Karéma, moins étendu que celui de Kafissya, est construit d'après le même système de défense. Ses fortifications consistent en un parapet à palissade et en un fossé planté de ronces, de broussailles et de lianes. Trois portes, couronnées d'une shamba, où des sentinelles sont placées en vigies, donnent accès au Boma. De ces postes d'observation, on voit tout ce qui se passe dans la plaine. Le passage de gros gibier ou les approches de maraudeurs peuvent être immédiatement signalés.
C'est ici que gouverne le Sultan Kangoa, membre d'une ancienne famille régnante et remplaçant un prince, détrôné, il y a quelques années,par Matoumoula, le chef redouté des chasseurs d'éléphants,dont l'influence s'étend encore ouvertement sur toute la contrée. Ce dernier. Suzerain in partibus, prélève encore à Karéma un tribut annuel qui lui est fidèlement payé. C'est de lui que le capitaine Cambier a obtenu sa concession par un traité en règle, transmis au siège de l'Association Internationale Africaine, et dont il ne semblera pas sans intérêt de connaître la traduction Httérale du Ki-Souhahili , en français. Ce morceau caractéristique donnera au lecteur une idée des transactions foncières conclues entre princes de l'Afrique centrale et chefs de stations européennes.
« Moi, Matoumoula, originaire de Kiloa, propriétaire, par droit de conquête j et depuis 5 ans, du territoire de Karéma, je donne au Sultan des Belges et à ses sujets la partie qu'ils choisiront — sur le dit territoire à moi appartenant — pour y bâtir et y cultiver.
« Je m'interdis à moi-même et interdis à mes successeurs le droit de les en chasser par la suite, ou de les molester. S'ils sont attaqués, je les défendrai par les armes et s'ils succombent nous mourrons ensemble .
« Le Sultan des Belges et ses sujets auront souveraineté absolue sur la portion de territoire cédée et dont les limites s'é-