CHAPITRE XV
tendront à 1000 brasses autour du point sur lequel ils construiront leur premier établissement.
« Cet acte a été dressé, étant présents Matoumoula, Cambier, sujet du Sultan des Belges, Alimasi et Mounié, écrivain, chez Simba, le vendredi, 5 du mois de Ramazan, Tannée 1298 de Tliégh-e. »
Toutefois 09 mode de procéder est loin d'ôtre général, comme il appert de la note jointe par le capitaine Cambier à cette pièce importante, et dont je demanderai également la permission de donner la teneur :
« Il est tout à fait en dehors des coutumes locales de dresser des actes écrits, en matière de cession de terrain. Tout territoire inoccupé est à la discrétion du premier venu qui s'y établit avec Tassentiment du Sultan. L'occupation vaut possession, et ce droit n'est primé que par celui de la force devant lequel tout s'incline ici.
« Le plus puissant des Sultans d'une contrée reçoit les tributs volontaires des Sultans plus faibles, établis dans son voisinage et, en vertu de ces tributs, s'engage à ne pas porter la guerre chez eux. Mais ceux-ci doivent, par contre, l'assister dans toutes ses expéditions martiales.
< Tel ne sera point le cas pour nous. Matoumoula no prélèvera pas de tribut en règle, bien que se déclarant prêt à accepter avec reconnaissance les présents que nous daignerons fui offrir. Pour gouverne, il m'a dit no posséder qu'une centaine de fusils, distribués entre son personnel, toujours en chasse, par groupes déterminés. Mais nous n'aurons point non plus à prendre fait et cause dans ses querelles particulières. D'ailleurs, lorsque nos constructions seront terminées, nous serons assez forts pour résister à n'importe quelle attaque, les populations limitrophes étant des plus craintives et fort mal armées. »
Mais cette digression rétrospective estpeut-iHro un peu longue. Revenons-en à notre récit.
Après avoir dépassé le village, nous traversons, en ayant de l'eau jusqu'à la ceinture, une petite rivière bordêo de joncs. Il nous reste à gravir une montagne pour eutrer dans notre nouveau domaine. La caravane marche on bon ordre, ranimée par la perspective d'un repos prochain ; les tambours battent, les
clairons, réveillés par des lèvres inexpérimentées, frappent Tair d'appels déchirants, coupés parla note gaie de notre fifre de campagne. M. Popelin ayant pris les devants, c'est maître Roger qui tient la file dont je surveille réglementairement l'arrièregarde.
Parvenu au point culminant de la montée, je m'étais assis un instant sur un bloc de schiste rouge, pour attendre et presser les derniers traînards, lorsque je vois s'avancer vers moi un Européen, aux traits amaigris et hàlés. Dieu soit loué ! C'est le capitaine Cambier, encore un peu faible, mais suffisamment remis, pourtant, du mal cruel qui avait failli le mener aux portes du tombeau. Il me serait impossible de décrire la joie, l'effusion, l'admiration et le respect avec lesquels je serre la main de notre doyen sur la terre africaine. Sans lui, pour nous guider et nous soutenir, tout m'aurait semblé irrévocablement perdu ! Et l'espoir ébranlé me revient avec un courage plus ferme qu'au départ.
Le caiDiitaino Cambier est jeune encore. J'ignore exactement son âge, mais à mon appréciation il ne doit avoir guères plus de 36 à 38 ans. Bien que relevant à peine de maladie et ébranlé encore par de cruelles épreuves, il n'a certainement rien perdu de sa première et intrépide confiance dans l'œuvre, aujourd'hui en voie de consolidation. « L'adversité est un creuset où s'épurent les grands caractères. Les petits, seuls, s'y évaporent. » Gomme Antée, notre compatriote semble avoir repris des forces en touchant la terre, et c'est rassuré sur l'avenir de sa Statiofi, qu'il pourra reprendre le chemin de la Patrie.
Petit, et d'apparence peu robuste, le capitaine commande l'attention par sa physionomie tout en calme profondeur. Le front large et haut semble indiquer une volonté de fer et une patience opiniâtre. L'œil pénétrant et résolu accuse la vigilance et le sang-froid. Le nez, d'une coupe hardie et fortement accentué, tranche sur d'épaisses mousjtaches et une barbe d'un blond châtain. Il y a dans ce type énergique à la fois du pionnier et du soldat, et il répond bien à l'idée que je m'en étais faite d'après les lettres, lues à Bruxelles, au bureau de l'Association.
Parti en 1877, comme lieutenant, sous les ordres du capitaine Crespel, avec le docteur Maes et l'Autrichien Marne, M.